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« Cruel Trop Tard » : viser le cœur et fendre l’air

Coup de coeur, Les critiques, Paris, Théâtre
Cruel Trop Tard de Tsirihaka Harrivel
Cruel Trop Tard de Tsirihaka Harrivel

Photo Makoto C. Ôkubo

Quatre ans après La Dimension d’après, Tsirihaka Harrivel revient avec un nouvel ovni qui lui ressemble et frappe fort. C’est dans le cadre de la programmation du Festival Séquence Danse au Centquatre que l’on découvre cette petite forme uppercut et tranchante, tendue comme un arc, qui cultive avec humour la métaphore pour approcher nos tragédies existentielles. Cruel Trop Tard est une expérience inédite, une énigme scénique aussi archaïque que futuriste.

C’est l’histoire d’un geste qui se répète, toujours le même et pourtant toujours un autre. Temps cyclique. C’est l’histoire d’une flèche qui fend l’air à 200 km/h. Tempus fugit. C’est l’histoire d’un double face à face. Un western dont il ne resterait que la trace, la distance, la confrontation des regards, le temps suspendu. C’est une question de timing. Avec Cruel Trop Tard, Tsirihaka Harrivel invente la performance éclair, ou la tragédie miniature : 35 minutes d’un rituel sous haute tension qui cloue le public divisé le long d’une travée franche. Déjà, dès l’entrée, en fond sonore, une version instrumentale de Bachelorette, tube inégalable de Björk, fourbit son ambiance anxiogène sur cette tranchée lapidaire qui réverbère sa blancheur sous des néons verts. De part et d’autre, sont déroulés deux scotchs de chantier au message invisible mais clair : interdiction de traverser sous peine de mort. Notre voisin nous glisse : « On dirait une scène de crime. » Bien vu. C’est une performance sur la corde qui se jouera dans un geste aussi épuré que celui de l’archère qui tend son bras vers le matelas dressé, à l’opposé. Et la flèche, à plusieurs reprises, de s’y planter sans ciller. Cible atteinte. Cœur transpercé.

Derrière la froideur apparente du dispositif, il y a ce texte en voix off, écrit à quatre mains par Tsirihaka Harrivel et sa complice de longue date, Vimala Pons, et l’on reconnaît dans ce récit énigmatique et elliptique leur patte unique. C’est un mélange serré de phrases terre à terre souvent concises et d’observations à teneur existentielle. Surtout, dans le montage entre la partition physique, visuelle, et la voix off, textuelle, se créé un dialogue métaphorique qui ouvre dans l’esprit des dimensions insoupçonnées. Et les mots retentissent en nous tandis que nous tentons vainement de suivre le trajet de la flèche qui fuse à une vitesse vertigineuse. « Ô temps ! suspends ton vol ». De sa propulsion à son point de collision, il nous est impossible de percevoir les deux. Il faut faire un choix. Regarder le départ ou bien l’arrivée car la rapidité du vol est telle que notre tête n’a pas le temps d’embrasser sa totalité. L’expérience est saisissante. Chaque tir, dans la sidération qu’il procure, dans le soulèvement du diaphragme qu’il génère, nous impacte par ricochet. La cible est atteinte, c’est nous. Par procuration.

Face à l’archère Caroline Ducrest, visage impassible et déterminé, geste lent d’une précision extrême, corps musclé et ciselé, la performeuse et danseuse Charlotte Le Hir tient tête, aussi souple et mobile que la troisième dan de kyūdō – pratique japonaise de tir à l’arc – est contenue dans sa sphère, impressionnante de maîtrise et d’ancrage. L’une est alignée, l’autre ne tient pas en place, apparaît et disparaît dans la fumée qui s’invite, à la fois insaisissable et exposée. Elle trace un chemin qui avance et recule, tourne sur elle-même, se transforme comme dans un rêve, empile les actions comme les objets sur une composition musicale insolite et pénétrante signée Tsirihaka Harrivel. Car l’artiste est multi-casquettes. Il vient du cirque, certes, mais aussi de cette chute dramatique survenue lors d’une représentation de Grande en 2017, comme il vient de la musique qu’il bricole en autodidacte en parallèle. Jamais convenu dans ses explorations, toujours dans l’expérimentation, Tsirihaka Harrivel combine sur scène les disciplines qui l’habitent dans des performances protéiformes et déroutantes. Cruel Trop Tard ne déroge pas à son ADN, première étape resserrée d’une ambition plus développée, préambule d’une prochaine création prévue pour 2027, soit dix ans pile après son accident.

Et à ce mouvement vertical vertigineux qui a tranché sa vie en deux, ce nouvel opus oppose le mouvement horizontal fulgurant de la flèche qui fend l’espace. La mort en ligne de mire, toujours, pour mieux la tenir en joue sûrement. Ce faisant, Tsirihaka Harrivel convoque en souterrain les origines militaires et martiales du cirque – une intuition née alors qu’il était en résidence à la Villa Kujoyama, au Japon – et son lien étroit avec la prise de risque, tandis que la combinaison de ces deux corps au plateau, dans l’intensité qui circule, fait résonner la gravité de l’être autant que son insoutenable légèreté. Et la flèche de flotter avant de s’encastrer, les ballons de se balancer avant de crever, la fumée de nous émerveiller avant d’asphyxier l’atmosphère, tout et son contraire, le poids des choses, des vies, et nos apesanteurs, la fugacité de l’instant, l’éternelle échappée du présent. Tsirihaka Harrivel invente la vanité de demain, il tisse un poème scénique qui nous prend à rebours du sens, mais fait sensation, assurément, dans une scène finale radicale qui signe la rencontre de la fille et de la flèche dans un ultime geste de reprise en main de son destin.

Marie Plantin – www.sceneweb.fr

Cruel Trop Tard
Conception, mise en scène et composition Tsirihaka Harrivel
Collaboration artistique Vimala Pons
Texte Tsirihaka Harrivel, Vimala Pons
Avec Caroline Ducrest (archère), Charlotte Le Hir (performance)
Régie générale François Boulet
Création et régie lumière Alice Panziera
Régie plateau et régie son Thomas Laigle
Mise en espace François Boulet, Tsirihaka Harrivel, Alice Panziera
Construction Emilie Braun

Production TOUT ÇA / QUE ÇA
Coproduction Ménagerie de verre ; La Villa Kujoyama, dans le cadre du programme post-résidence avec le soutien de l’Institut français, de l’Institut français du Japon et de la Fondation Bettencourt Schueller ; Le Lieu Unique, Nantes
Avec le soutien de la Fondation BNP Paribas et de la Ville de Paris – Aide à la résidence laboratoire dans le domaine du spectacle vivant
Accueil en résidences Ménagerie de verre

Durée : 35 minutes

Vu en avril 2026 au Centquatre-Paris, dans le cadre du Festival Séquence Danse Paris

3 avril 2026/par Marie Plantin
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