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Les « Chroniques » primitives de Peeping Tom

Danse, Les critiques, Luxembourg, Moyen, Paris, Théâtre
Chroniques de Peeping Tom
Chroniques de Peeping Tom

Photo Virginia Rota

Sous la double direction de Gabriela Carrizo et Raphaëlle Latini, le collectif belge Peeping Tom, qui achève sa longue tournée française à La Villette, à Paris, imagine un univers scénique à la croisée des mondes et des époques qui, s’il éblouit esthétiquement et techniquement, peut donner l’impression de s’égarer dans sa dramaturgie foisonnante et labyrinthique.

Il flotte sur la dernière création de Peeping Tom, Chroniques, comme un parfum de changement d’ère. Si Gabriela Carrizo, la co-fondatrice, avec Franck Chartier, du collectif belge, est toujours aux commandes de ce dernier-né – dont elle partage la co-réalisation avec Raphaëlle Latini, qui était jusqu’ici uniquement créditée à la conception et/ou à la dramaturgie sonore de certains spectacles de la troupe –, l’artiste, pourtant habituée à travailler avec une bande de fidèles, s’est entourée d’une toute nouvelle distribution d’acteurs-danseurs, composée de Simon Bus, Seungwoo Park, Charlie Skuy, Boston Gallacher et Balder Hansen. La présence de ces co-créateurs, car il en va ainsi du statut des interprètes chez Peeping Tom, au sang neuf pourrait-elle expliquer, ou à tout le moins avoir encouragé, un autre tournant radical opéré par la compagnie, cette migration vers un espace indéfinissable, à l’extrême opposé de ceux qu’elle a su créer depuis 25 ans ? Car, contrairement au bateau pris dans les glaces de S 62° 58’, W 60° 39’ ou à la maison de retraite de Vader, pour ne citer qu’eux, l’environnement de Chroniques ne ressemble à rien de connu. Avec ses gros rochers posés au sol, son immense toile peinte en fond de scène et un beau bureau classique trônant à cour, l’espace imaginé par Amber et Edith Vandenhoeck semble se jouer des frontières spatio-temporelles et s’inscrire à la lisière de bien des territoires et des époques, à cheval, et tout en même temps, sous des parallèles occidentaux et orientaux, sous des latitudes tempérées et tropicales, à l’âge de pierre et dans l’Amérique des années 1950, à la période médiévale et aux temps modernes, en bordure de jungle et dans des ruelles malfamées.

Cet environnement composite, qui, avec juste ce qu’il faut d’étrangeté, paraît entrelacer les différents âges de l’humanité tout en réinvestissant un état de nature aussi chimérique que primitif, n’est rendu possible que par un ensemble d’accessoires et de costumes qui, individuellement ou assemblés, symbolisent les époques, les figures et les mondes autant qu’elles les font se frictionner, voire entrer en collision – tel ce chapel de fer orientalisé qui, grâce à sa teinte dorée, se transforme en Voyager Golden Record tournoyant sur lui-même. Car, bien avant de décrire une construction, ou même une tentative de construction, en bonne et due forme, Chroniques s’attache à dépeindre des entreprises de perturbation aux facteurs multiples, qui obligent ceux qui y sont soumis à lutter, parfois contre eux-mêmes, pour (re)trouver un semblant d’équilibre, toujours précaire. Importé par cette malle qui, une fois descendue du plafond et ouverte, paraît diffuser un effluve invisible qui fait dérailler les hommes, le climat perturbateur se matérialise, comme toujours chez Peeping Tom, par l’intermédiaire des corps, soumis à des forces extérieures, qui en prendraient magiquement le contrôle, ou à des objets aux pouvoirs irradiants, capables, à l’instar de ce pistolet, de guider les gestes et l’esprit de ceux qui osent s’en emparer. Dès lors, les individus en présence, s’ils tentent d’apprivoiser leur environnement et leurs relations aux autres, à l’image d’hommes, pour certains, pas entièrement socialisés, ne sont pas tout à fait maîtres ni de leur comportement ni de leurs actions, et peuvent même parfois se retrouver pris dans le piège qui leur est tendu, ivres d’un nouveau pouvoir, d’une nouvelle puissance technique, qui leur donne, par exemple, le droit de vie et de mort sur autrui – ce dont ils ne se gênent pas pour user et abuser.

Enrobée par une belle composition sonore organique, toujours signée Raphaëlle Latini, où les bruits de jungle primaire et de ses animaux en tous genres se mêlent aux grondements sourds peut-être hérités d’une certaine urbanité, cette traversée de Peeping Tom impressionne une nouvelle fois par sa capacité esthétique à mobiliser l’ensemble des leviers scéniques à sa disposition – des lumières aux éléments de décor, en passant par les sons et les costumes – pour façonner un monde riche et étonnant de pluralité où les cinq interprètes s’illustrent, tant par leur présence que par leur élégance, aussi à l’aise pour se contorsionner lorsqu’une main solitaire les y oblige que pour jouer un Al Capone d’opérette. Car, si le fond de l’air est menaçant, si des confréries secrètes, des gangs et autres sorciers inquiètent, si l’instabilité des hommes et de leur environnement peut, en un claquement de doigts, les pousser à faire volte-face, quelques soupçons d’humour se glissent çà et là à intervalles réguliers, avec plus ou moins de force symbolique, tel ce Sisyphe qui, écrasé par son rocher, se voit martyrisé, au lieu d’être sauvé, par une religieuse et un chevalier, reconnaissables à la cornette et au camail d’armure dont ils sont coiffés. Précises dans leur réalisation et intrigantes, au moins temporairement, dans leur manière de multiplier les références pour mieux les faire s’entrechoquer, ces Chroniques n’en restent pas moins souvent obscures, voire en manque de souffle dramaturgique, incapables, en cohérence avec le titre qui les désignent, de tisser un fil narratif linéaire, qui constitue pourtant, bien souvent, l’une des clefs du succès de Peeping Tom. Si ce déficit de linéarité n’est, évidemment, pas un problème en lui-même et si chacune et chacun peut ainsi piocher certaines références pour tricoter sa propre lecture, le collectif paraît parfois naviguer à vue et patiner dans le magma qu’il a lui-même créé, jusqu’à pousser à une rêverie qui dépasse le cadre théâtral.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Chroniques
Mise en scène Gabriela Carrizo, en co-réalisation avec Raphaëlle Latini
Création et interprétation Simon Bus, Seungwoo Park, Charlie Skuy, Boston Gallacher, Balder Hansen
Assistante artistique Helena Casas
Composition sonore Raphaëlle Latini
Scénographie Amber Vandenhoeck
Assistante scénographie Edith Vandenhoeck
Création lumière Bram Geldhof
Création costumes Jana Roos, Yi-Chun Liu, Boston Gallacher
Conseil artistique Eurudike de Beul, Horacio Camerlingo
Création technique Filip Timmerman
Assistance technique Clement Michaux
Ingénieur du son Jo Heijens
Collaboration spéciale Lolo y Sosaku
Stagiaires Laura Capdevila Millet, Ivo Hendriksen
Peinture en arrière-plan Seungwoo Park

Production Peeping Tom, Théâtre National de Nice – CDN Nice Côte d’Azur
Coproduction ExtraPôle Provence-Alpes-Côte d’Azur, Festival d’Avignon, Festival de Marseille, Théâtre National de Nice -CDN Nice Côte d’Azur, Théâtre National de Marseille La Criée – CDN, Les Théâtres Aix-Marseille, anthéa – Antipolis Théâtre d’Antibes, Châteauvallon-Liberté – SN et la Friche la Belle de Mai – Théâtre Les Salins SN Martigues, KVS – Koninklijke Vlaamse Schouwburg Brussels, Tanz Köln Cologne Festival Aperto/Fondazione I Teatri in Reggio Emilia, Teatre Nacional de Catalunya Barcelona, Torinodanza Festival/Teatro Stabile di Torino – Teatro Nazionale Torino, Le Vilar Louvain-la-Neuve, Centro Danza Matadero Madrid, FOG Triennale Milano Performing Arts festival, La Villette Paris, schrit_tmacher Nederland | PLT, Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Emilia Romagna Teatro ERT / Teatro Nazionale
Avec le soutien d’ExtraPôle, du Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge, du ministère de la Culture / DRAC PACA, de la Région SUD PACA et du Département des Alpes Maritimes

Durée : 1h15

La Villette, Paris
du 2 au 8 avril 2026

CSS Teatro stabile di innovazione, Udine (Italie)
les 14 et 15 avril

Les Théâtres de la Ville de Luxembourg
du 28 au 30 avril

Kobenhavn Danse, Copenhague (Danemark)
du 21 au 23 mai

Teatre Nacional de Catalunya, Barcelone (Espagne)
du 4 au 14 juin

STUK, Louvain (Belgique)
les 2 et 3 octobre

Zaventem (Belgique)
le 19 octobre

Centro Danza Matadero, Madrid (Espagne)
du 12 au 15 novembre

6 avril 2026/par Vincent Bouquet
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