Au Théâtre de l’Atelier, Charles Berling met en scène une pièce inédite de Lars Norén qui s’offre comme un jeu de destruction de couples aussi badin que vain. C’est si simple l’amour formera un diptyque avec Lost and Found présenté en juin.
Vrombissement de moteur au loin ; crissement de pneus sur le gravier ; portes qui claquent ; rires qui fusent. Quatre joyeux lurons rentrent surexcités d’une représentation théâtrale pour poursuivre en beauté la soirée. Alma et Robert forment un couple sans enfant depuis une vingtaine d’années et viennent de s’illustrer sur scène sous les yeux de leurs amis comblés. Ils reçoivent dans le chic et chaleureux salon de leur maison reculée où abondent les bouteilles d’alcool. « Bienvenue en enfer ! », lance l’un des deux hôtes aux convives. C’est bel et bien cet enfer annoncé que vont vivre les personnages qui s’entredéchirent à loisir, mais aussi les spectateurs – parmi eux, une poignée de gens placée sur scène dans une inhabituelle proximité avec les comédiens – qui, deux heures durant, assistent à une longue joute verbale qu’ils se prennent de plein fouet. Parfois drôle et mordante jusqu’à l’inconfort, l’incessante dispute est aussi déplaisante et ennuyeuse. Autant de hargne et d’aigreur déversées, d’égos satisfaits et en même temps frustrés, exhibés par des figures d’une méchante médiocrité, irritent et lassent bien davantage qu’ils ne parviennent à amuser.
Décédé en 2021, le dramaturge suédois a signé une œuvre copieuse, mais inégale dans laquelle il a souvent fait montre d’un regard cru, impitoyable, sur l’âme humaine. Issue d’un cycle de quatorze Pièces de mort écrites entre 1989 et 1995, C’est si simple l’amour rappelle un autre et plus fameux titre, Démons, dont plusieurs versions, notamment celle de Thomas Ostermeier en 2010, ont connu un grand succès. D’une manière similaire, sont réunis deux couples à huis clos tandis que le chaos éclate. Au fil d’une longue nuit pluvieuse, les pensées et les langues se délient en omettant le respect des règles élémentaires de la conversation et de la sociabilité. La situation glisse alors dans des abîmes de violence physique et psychique pour dresser le constat, aussi ironique que défaitiste, de la dureté, voire de l’impossibilité d’aimer.
Malgré son sens de la répartie, le texte poussif ne parvient pas à véritablement convaincre de sa nécessité. Redondantes et gratuites, les répliques s’apparentent à des piques ordurières et assassines, systématiquement truffées de vulgaires « putain », « bordel », ou de cet adverbe « foutrement » insupportablement intempestif, d’apostrophes insultantes (« con », « conne », « ta gueule », « ta chatte ») balancées à tout bout de champ. S’ajoutent quelques dispensables blagues tantôt graveleuses, tantôt douteuses. Heureusement, les acteurs empoignent leur partition avec un certain brio et une belle vivacité, sans forcément chercher la justesse, le naturel ou la profondeur, puisqu’ils débitent le texte à toute vitesse et le poussent vers un état d’ivresse euphorique. Charles Berling et Bérengère Warluzel sont, chacun dans leur registre, deux histrions névrotiques torturés à souhait. Bien que secondaire, Hedda passe pour le personnage le plus intéressant et le plus attachant de la soirée, surtout campée par Caroline Proust, qui lui prête une géniale petite folie ravageuse derrière laquelle se dévoile une fine clairvoyance sensible. Alain Fromager complète la distribution en Jonas, époux taciturne et faussement effacé, car il joue un rôle clé dans le dénouement. Au moins, le quatuor a l’air de se régaler à faire du plateau de théâtre un terrain de jeu et de massacre.
Christophe Candoni – www.sceneweb.fr
C’est si simple l’amour
de Lars Norén
Traduction Aino Höglund, Amélie Wendling
Adaptation Alain Fromager, Amélie Wendling
Mise en scène Charles Berling
Avec Charles Berling, Alain Fromager, Caroline Proust, Bérengère Warluzel
Collaboration artistique Christiane Cohendy, Amélie Wendling
Scénographie Charles Berling, Marco Giusti
Costumes Bernadette Villard
Création lumières Marco Giusti
Design meuble Zoé Lepetitdidier, Yann PrummelProduction Châteauvallon-Liberté, scène nationale
Coproduction Théâtre National de Nice –TNNDurée : 2h
Théâtre de l’Atelier, Paris
du 21 mai au 1er juillet 2026


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