© Damien Serani
Présentée au théâtre des Doms durant le festival d’Avignon, Ce que le ventre dit poursuit sa route cette saison. Dans cette performance poétique, les deux artistes Lisette Lombé et Marc Nammour embarquent le public avec leur écriture respective directe et ancrée, aux accents balançant entre trivialité et lyrisme.
Imaginé et interprété par la poétesse, écrivaine et performeuse Lisette Lombé (désignée poétesse nationale de Belgique en 2024-26) évoluant selon sa propre formule entre « belgitude et congolitude », et par le rappeur, poète et comédien d’origine libanaise Marc Nammour, Ce que le ventre dit a quelque chose du « droit au but ». Cela autant dans son apparence formelle, dans ce qu’il énonce, que dans ce qu’il produit comme effet immédiat chez les spectateur.ices. Ce que le ventre dit, d’abord, c’est une rencontre : celle entre Lombé et Nammour, qui découvrent leur travail mutuel en octobre 2024, lors d’une soirée poésie à la Gaité lyrique, à Paris. S’ensuit un échange, une correspondance dont ce spectacle mi-concert littéraire, mi-performance poétique est autant le prolongement que le condensé. Et c’est peu de dire, à découvrir ce spectacle, qu’il y a une évidence dans l’accointance entre leur langue, leur propos, comme leurs convictions et leur intensité à les porter.
Mais reprenons. En scène de bout en bout, le duo – accompagné par la présence et les arrangements musicaux et l’interprétation de Jérôme Boivin– incarne ses textes face au public. Elle, robe rouge, lui, pantalon et t-shirt noir, s’attellent chacun leur tour à un même thème. Ainsi, c’est tout ce que leur « ventre porte » qu’iels envisagent, affrontent et nous disent : le racisme subi dès le plus jeune âge, le lien complexe avec leur pays d’origine, la maladie de leur père respectif, leur enfant, leur émancipation par leur art, leur traversée du désert émotionnel, etc.
Soutenu par la musique électro percussive, aux beats efficaces signée par Marc Nammour, le tout n’a rien de la déploration, bien au contraire. Toutes les épreuves sont ici converties en luttes, pensées comme des lieux où résister. Avec leur côté revendicatif et leur vitalité fondamentale, les textes (qu’ils soient d’elle ou de lui) retournent comme un gant les assignations, font fi des violences de domination pour revendiquer le refus des oppressions. Et la forme économe, où la modestie signale ici le souci d’aller à l’essentiel en ne s’embarrassant d’aucune afféteries ou effets superflus, agit comme un amplificateur des enjeux abordés.
L’on se dit que c’est un spectacle dont la force est sa sincérité, sa façon de ne pas tricher et de, pour les deux artistes, tout aborder depuis là où elle et il sont. Il y a, ainsi, parfois un petit côté « daronnerie » dans l’écriture, les punchlines, les phrasés, ou dans, par exemple, les regards portés sur leur enfant. Mais ceci étant posé avec franchise et sans aucun jugement, ce qui transparaît est une tendresse infinie, ainsi qu’une mise au travail de la question de la transmission – abordée autrement dans le lien avec leurs origines et leur père. Se dépliant comme une conversation ininterrompue entre les deux artistes, une confrontation sensible de leur sensibilité et écriture respective, l’ensemble offre une petite bombe dont l’énergie se dégage méthodiquement et progressivement. L’une de ses qualités est de ne pas laisser le public extérieur et de, crescendo, sans tricher là encore, construire une énergie commune. Qui par sa clôture avec un impeccable « Siamo tutti antifascisti » rappelle l’essentiel : outre des expériences de vie, ce qui rapproche et anime ces deux là, c’est bien la nécessité d’une pensée et d’une action politiques.
caroline châtelet – www.sceneweb.fr
Ce que le ventre dit
Texte et voix : Lisette Lombé
Musique, texte et voix : Marc Nammour
Claviers et Machines : Jérôme Boivin
Régie son : Olivier Bergeret
Création Lumière : Grégoire Pineau
Production déléguée : la Canaille-Emmanuelle Sagnier
Coproduction : La Maison Poème (Bruxelles) La Machinerie (Vénissieux), les Scènes du Golfe (Vannes) et le soutien de la Cité internationale de la langue française (Villers-Cotterêts)
Soutiens : SPEDIDAM au titre de l’aide au spectacle musical et du Centre national de la musique (CNM).
Remerciements : L-Slam-absl.
Marc Nammour est artiste associé au Grand Ensemble des Quinconces-L’Espal Scène Nationale du Mans et au Méta, Centre Dramatique National Poitiers
Durée : 1h
Vu dans le Off en juillet 2026 au Théâtre des Doms
Le 6 octobre 2026
Le Grand R3 décembre 2026
Théâtre de Châtillon (dans le cadre du festival Tous les bruits du monde)du 13 au 16 janvier 2027
CentQuatre, Paris11 juin 2027
Centre Culturel de Huy
en ouverture de La Place du Livre




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