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« Le Cid », dans toute sa splendeur

Coup de coeur, Les critiques, Paris, Théâtre
Denis Podalydès met en scène Le Cid de Corneille avec Benjamin Lavernhe à la Comédie-Française
Denis Podalydès met en scène Le Cid de Corneille avec Benjamin Lavernhe à la Comédie-Française

Photo Jean-Louis Fernandez

Denis Podalydès et la troupe de la Comédie-Française livrent une version dépouillée et intense du Cid de Corneille. Au-delà de ses répliques patrimoniales, la pièce y apparaît comme le chef d’œuvre d’une parole théâtrale à la fois maîtrisée et enfiévrée, jusqu’à l’ivresse.

Le classique des classiques. Le Cid de Corneille. « Rodrigue as-tu du cœur ? », « Va, je ne te hais point » et autre « La valeur n’attend point le nombre des années ». La Comédie-Française a confié ce monument de la littérature dramatique française à des piliers de son institution. À la demande d’Éric Ruf, Denis Podalydès en conçoit la mise en scène et distribue le rôle-titre à Benjamin Lavernhe, certainement le plus célèbre de ses acteurs depuis le départ de Laurent Laffite. Si, en raison de travaux, le spectacle ne peut s’installer en salle Richelieu, il a trouvé refuge au Théâtre de la Porte Saint-Martin, qui, question étroitesse des sièges et place restreinte pour les jambes, n’a rien à envier à la légendaire salle de la place Colette. L’événement n’en reste pas moins XXL, lui, et, disons-le tout de suite, à la hauteur des attentes qu’il a générées.

Cela démarre pourtant doucement. On révise son classique. Podalydès a décidé de la jouer sobre, costumes de Christian Lacroix y compris, néanmoins très beaux. La scénographie d’Éric Ruf fait descendre des cintres un grand moucharabieh lorsqu’on se trouve chez Chimène. Les piliers et un plateau de bois brun encadrent le tout. L’alexandrin cornélien se déclame dans son rythme et sa solennité originels. On se place dans les rails, on cherche ses repères. Pas de facéties, semble-nous dire Denis Podalydès, mais le plein sens des répliques qui s’enchaînent, déjà concrètes et passionnées. Le père de Chimène soufflette celui de Rodrigue à qui l’on vient de confier le rôle de gouverneur du Prince de Castille. Le cycle infernal des dettes d’honneur est lancé. La musique nous rappelle l’origine méditerranéenne de l’action.

Sur son « Va, je ne te hais point », Suliane Brahim, extraordinaire Chimène qui monte en puissance tout du long, ne la joue point litote. Toute en force de caractère, celle qui aime malgré elle, ne subira rien, et tentera de concilier l’inconciliable, de marier jusqu’au dernier moment l’amour et l’honneur, embarrassée par l’un comme par l’autre. Au prix de circonvolutions, de pirouettes qui confinent à la mauvaise foi, elle clame haut et fort les passions qui la ravagent, mais ne prend aucune des portes de sortie qui s’offrent à elle. Son père l’a bien mérité, énonce pourtant le roi, incarné par un Bakary Sangaré tout en bienveillance malicieuse. Et de son côté, Rodrigue ne se soustrait pas non plus aux codes d’honneur. Oscillant entre sens du sacrifice, vanité tragique et constance inébranlable dans son amour, ce bras armé qui se révèle de plus en plus invincible apparaît comme le jouet des querelles de son père et de son royaume qu’il a le malheur, par sa bravoure, de régler à leur avantage. Toutes ces histoires d’honneur héritées d’un passé chevaleresque embarrassent en réalité les nouvelles générations qui s’y plient pourtant.

Petit à petit, on s’aperçoit que du classique, on ne se souvenait pas exactement. Qu’on n’avait peut-être jamais saisi combien les personnages soumis aux dilemmes – Rodrigue, Chimène et l’Infante, qui aime Rodrigue, mais ne peut pas l’épouser du fait de son rang – s’enfièvrent des impasses dans lesquelles ils se trouvent, et cherchent dans la parole et la logique qu’ils tournent et retournent dans tous les sens des issues qui disparaissent aussitôt qu’elles se font jour, jusqu’à atteindre une certaine ivresse. La mise en scène de Denis Podalydès et l’interprétation mêlant sobriété et fièvre intérieure, dépouillement classique et fantaisie baroque, sincérité et jubilation intense semblent rendre au classique toutes ses couleurs d’origine, qu’on n’avait dans les salles de classe jamais vues aussi éclatantes et contrastées. C’est, au fur et à mesure, ces impasses dans lesquelles ils se retrouvent enfermés qui paraissent attirer les personnages comme des soleils brûlants, ce plaisir d’une parole qui n’en finit pas de tourner sur elle-même qui les envoûte, ce grand manège du théâtre qui s’enroule et s’emballe autour de la fausse raideur des classiques alexandrins qui rend Le Cid si unique et inoubliable, tragique dans ses passions et comique dans ses excès. Et cette version magistralement menée en condense finalement les fluides contraires et les exprime comme rarement.

Eric Demey – www.sceneweb.fr

Le Cid
de Pierre Corneille
Mise en scène Denis Podalydès
Avec Christian Gonon, Bakary Sangaré, Suliane Brahim, Benjamin Lavernhe, Didier Sandre, Jennifer Decker, Danièle Lebrun , Clément Bresson, Marie Oppert, Adrien Simion, Chahna Grevoz, Hippolyte Orillard
Scénographie Éric Ruf
Costumes Christian Lacroix
Lumières Bertrand Couderc
Conception sonore Bernard Valléry
Coiffures et maquillages Véronique Soulier-Nguyen
Assistanat la mise en scène Alison Hornus, Sarah Cohen
Assistanat aux costumes Jean-Philippe Pons, Jennifer Morangier, Kali Thommes
Assistanat à la scénographie Audrey Caume
Assistanat au son Chadoh Dick
Réalisation du décor et des costumes Ateliers de la Comédie-Française

Avec le généreux soutiens d’Aline Foriel-Destezet

Durée : 2h30

Théâtre de la Porte Saint-Martin, Paris, dans le cadre de la programmation hors les murs de la Comédie-Française
du 26 mars au 17 mai 2026

31 mars 2026/par Eric Demey
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1 réponse
  1. raymond cazes
    raymond cazes dit :
    9 avril 2026 à 23 h 59 min

    Tout à fait d’accord. Un régal.

    Répondre

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