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« Ici sont les dragons – Deuxième époque » : les archives parlantes d’Ariane Mnouchkine

À la une, Paris, Théâtre
Ariane Mnouchkine crée Ici sont les dragons - Deuxième Époque au Théâtre du Soleil
Ariane Mnouchkine crée Ici sont les dragons - Deuxième Époque au Théâtre du Soleil

Photo Vahid Amanpour

Si la patronne du Théâtre du Soleil s’entête à user d’un théâtre masqué dopé au playback, qui prive une nouvelle fois ses comédiennes et comédiens de toute latitude de jeu, le second volet de sa tétralogie historique en terrain totalitaire se révèle, dans son approche intellectuelle et les échos qu’il cultive avec le présent, beaucoup plus fin et réflexif que le premier.

À défaut de changer totalement son fusil d’épaule, ce qui n’est pas franchement le genre de la maison, Ariane Mnouchkine aurait-elle, à tout le moins, mis de l’eau dans son vin ? C’est, en tout cas, l’impression que la Deuxième Époque de sa tétralogie Ici sont les dragons – dont le troisième volet est annoncé pour début 2027 et le quatrième, que l’artiste ne mettra pas elle-même en scène, selon sa note d’intention, pour la fin de cette même année – laisse au sortir tant elle s’éloigne des rivages partiels, partiaux et simplistes contre lesquels son premier volet s’était fracassé, avant de sombrer. Arrimée en 1917, la Première Époque prenait pour cible la révolution russe que, au long d’une collection de tableaux un peu trop biberonnés aux thèses du contesté et contestable Livre noir du communisme de l’historien Stéphane Courtois – à nouveau présent ici comme conseiller historique –, Ariane Mnouchkine identifiait comme le berceau de notre mal contemporain, à commencer par celui de la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie en février 2022. Superficielle, cette fresque se fourvoyait à force de vouloir faire la leçon, et laissait aux spectatrices et spectateurs bien peu de place pour penser par eux-mêmes, cornaqués qu’ils étaient par cette vision politico-politique, qui relevait plus du travail d’une procureure de l’Histoire, qui jugerait, du haut de tout son recul et dans un élan éminemment manichéen, qui sont les bons et, surtout, les méchants, que d’une femme de théâtre-historienne dont le rôle serait de donner, à partir des faits, et non de leur interprétation pré-mâchée, matière à penser pour aujourd’hui. Qu’elle soit consciente ou non de ces écueils passés, force est de constater qu’Ariane Mnouchkine penche, cette fois, du second côté, en entretenant avec les archives historiques qu’elle convoque un rapport autrement plus réflexif.

Débarrassée, ou presque, et c’est heureux, de Cornelia, cette metteuse en scène qui, en guise de prologue et à intervalles réguliers, mettait en abyme – souvent à grand renfort de fausse naïveté – l’acte de création mnouchkinien, la patronne du Théâtre du Soleil reprend là où elle s’était arrêtée, durant l’année 1918 où, alors que les Américains viennent de poser le pied en Europe et peu avant qu’il soit victime d’une tentative d’assassinat, Lénine fait la paix avec les Allemands à Brest-Litovsk pour permettre au régime bolchévique de se concentrer sur son front intérieur. S’ensuit une collection de 36 tableaux qui, unis sous la bannière Choc et mensonges, déroule, comme autant de morceaux choisis, la grande Histoire, soviétique, mais pas seulement. Élargissant la focale, Ariane Mnouchkine ausculte plus largement la montée des totalitarismes, du stalinisme comme du nazisme, jusqu’à l’accession au pouvoir d’Hitler en 1933. De la Conférence de la paix de Paris, qui, en 1919, inflige des sanctions humiliantes aux vaincus à la préfiguration de l’impuissante Société des Nations, des dissensions tactiques à la tête du pouvoir soviétique, notamment entre Trotski et Staline, aux répercussions de la mort de Lénine, de la répression sanglante des marins de Kronstadt aux tout premiers succès électoraux du NSDAP, du Congrès de Tours qui, en France, acte la scission entre socialistes et communistes à l’attitude – un peu trop héroïsée – de Boulgakov face à la censure, en passant par un discours d’Oswald Mosley, le fondateur de la British Union of Fascists, la collectivisation forcée qui, en URSS, à la fin des années 1920, débouche sur l’Holodomor ou encore les inquiétudes d’un Winston Churchill qui, contrairement à une large partie de la classe politique britannique, s’engage vigoureusement contre l’Allemagne nazie.

Ces événements, plus ou moins célèbres, plus ou moins connus de toutes et tous, Ariane Mnouchkine les donne à voir, une nouvelle fois, comme on tournerait les pages d’un livre d’Histoire. Grâce à ce sens du rythme qu’on lui connaît, elle enchaîne les tableaux avec une fluidité toujours aussi précise, passant d’un bout à l’autre du monde en un claquement de doigts, usant de son savoir-faire scénographique remarquable d’artisanat où, grâce à quelques accessoires bien choisis, elle donne à voir, sans jamais ciller, un fragment de notre histoire commune. Comme elle l’avait fait lors de sa Première Époque, la metteuse en scène fait le choix du jeu masqué qui, parce qu’il est mieux maîtrisé – mais aussi, sans doute, parce que nous nous y sommes habitués –, semble ici moins grotesque et grossier, et donne même parfois à l’ensemble des allures de bande dessinée. Dopé au playback pré-enregistré, qui permet aux actrices et acteurs cosmopolites de la troupe du Théâtre du Soleil de donner l’illusion qu’ils manient (presque) toutes les langues, du russe à l’allemand, en passant par l’anglais, le français et même le japonais, ce parti-pris les prive toutefois, de nouveau, et on ne peut que le regretter, de toute latitude de jeu et de toute singularité, les conduisant, de nouveau, à agiter les bras en bougeant plus ou moins adroitement les lèvres lorsqu’elles sont à vue. Comme si toutes et tous étaient réduits au statut de pantins théâtraux.

Reste que, si elle perd un peu l’Ukraine de vue et ne peut s’empêcher quelques interprétations biaisées et discutables de certains événements historiques – telles la tentative d’assassinat de Lénine, décrite comme la manipulation d’une chochotte, ou l’attitude dépeinte de façon unilatéralement positive de Boulgakov –, Ariane Mnouchkine entretient, cette fois, un rapport beaucoup plus direct, et franc, à l’archive, qu’elle n’hésite pas convoquer dans son plus simple appareil pour mieux la réactiver. En donnant simplement corps aux mots du Président Wilson, à ceux de Léon Blum lors du Congrès de Tours, à ceux de la correspondante du New York Times à Berlin, Dorothy Thompson, et même à ceux de Lénine, Churchill, Mosley ou Hitler, pour ne citer qu’eux, elle laisse aux spectatrices et spectateurs l’espace de pensée nécessaire pour faire leur propre miel à partir de ce qu’ils voient, et offrent à sa pièce ses moments intellectuellement les plus stimulants. Au lieu de faire la leçon, comme elle avait pu s’en satisfaire dans son premier volet, et en dépit du côté parfois ex nihilo des faits convoqués, Ariane Mnouchkine donne alors du grain à moudre pour décortiquer la subtilité de l’usage de la propagande – théorisée par Goebbels et Hitler, bien conscients qu’il faut parler aux émotions plutôt qu’à la raison, et appliquée par le régime soviétique lorsque décision est prise d’embaumer le corps de Lénine –, la complicité de ces élites économiques, financières, politiques et médiatiques qui ont fait la courte échelle à Hitler – et auxquels l’historien Johann Chapoutot a récemment consacré un brillant essai, Les Irresponsables –, mais aussi, et peut-être surtout, pour laisser se former des échos pour le mois troublant avec notre temps. Dans l’interventionnisme américain d’un Wilson qui, parti isolationniste, s’y résout, dans la scission de deux gauches françaises qui s’accusent respectivement de trahison et de violence, dans l’extrême droite qui, pour accéder aux commandes et briser le plafond de verre, se range à l’union (provisoire et calculée) des droites, dans la transposition américaine de la montée du nazisme réalisée par Dorothy Thompson, dans le réarmement général européen, dans l’impuissance de la SDN, comment ne pas voir notre présent surgir du passé ? Déroutante, cette expérience l’est d’autant plus qu’elle émane de notre propre responsabilité intellectuelle, qui, aussi aiguillée soit-elle – car les choix historiques ne sont jamais neutres –, est, pour cette fois, en partie débarrassée d’un discours pré-digéré.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Ici sont les dragons – Deuxième Époque – 1918-1933 : Choc et mensonges
Une création collective du Théâtre du Soleil, en harmonie avec Hélène Cixous
Direction Ariane Mnouchkine
Avec Hélène Cinque en alternance avec Dominique Jambert, Andrea Marchant Fernandez, Judit Jancsó, Aline Borsari, Alice Milléquant, Vincent Martin, Hanna Kuzina, Ève Doe Bruce, Elise Salmon, Jean Schabel, Seear Kohi, Duccio Bellugi-Vannuccini, Astrid Grant, Ariane Hime, Nolan Berruyer, Xevi Ribas, Agustin Letelier, Vijayan Panikkaveettil, Tomaz Nogueira da Gama, Mitia Zloto, Victor Gazeau, Andrea Formantel Riquelme, David Stanley, Pamela Marin Munoz, Maurice Durozier, Shaghayegh Beheshti, Vincent Mangado, Clémence Fougea, Ya-Hui Liang, Marilou Poujardieu, et les voix de Ira Verbitskaya, Clémence Fougea, Reiichi Sato, Hanna Kuzina, Charlotte Krenz, Amoto Taniguchi, Judit Jancsó, Iori Onoguchi, Arman Saribekyan, Egor Morozov, Artem Bannikov, Sacha Bourdo, Artem Tokmakov, David Stanley, Vincent Martin, Johannes Oliver Hamm, Philipp Weissert, Ciaran Creswell, Vincent Mangado, Brontis Jodorowsky, Hao-Yang Wu, Maurice Durozier, Alexandre Zloto, Yuriy Zavalnyouk, Rainer Sievert, Ciaran Cresswell, Martin Vaughan Lewis, Onochi Seietsu
Musique Clémence Fougea
Son Thérèse Spirli, assistée de Mila Lecornu
Images Diane Hequet
Lumières Virginie Le Coënt, Noémie Pupier, assistées de Lila Meynard
Peintures Elena Ant, assistée de Hanna Stepanchenko
Soies Ysabel de Maisonneuve
Masques Erhard Stiefel, assisté de Simona Vera Grassano
Masques et accessoires Xevi Ribas, Miguel Nogueira, Lola Seiler, Sibylle Pavageau, assistés de Léo Dalric
Figurines Miguel Nogueira
Costumes Marie-Hélène Bouvet, Barbara Gassier, Nathalie Thomas, Annie Tran, Elisabeth Cerqueira, avec l’aide de Fanny Copéré, Zoé Lenglare, Patricio Luengo, Andréa Millerand, Chloé Bucas
Perruques et coiffures Jean-Sébastien Merle
Décors David Cohen Buizard, Naweed Kohi, Reza Rajabi, Aref Bahunar, Pablo Canon-Rozain, Noël Chainbaux, Olivier Ros avec l’aide de Martin Claude, Clément Vernerey, Pierre Mathis-Aide, Chloé Combes
Effets spéciaux Astrid Grant, avec l’aide de Nolan Berruyer, Ève Doe Bruce, Judit Jancsó, Hanna Kuzina, Alice Milléquant, Marilou Poujardieu
Conseils historiques Galia Ackerman, Stéphane Courtois
Archiviste Dominique Hambert
Traduction des archives Johannes Oliver Hamm, Rainer Sievert, Philipp Weissert
Assistant à la mise en scène Alexandre Zloto
Surtitrage Manon Ricou
Régie générale Aline Borsari, assistée de Seear Kohi
Régie images Diane Hequet, en alternance avec Axel Caudal et Pierre Lupone

Production Théâtre du Soleil
Coproduction TNP – Villeurbanne
Avec le soutien exceptionnel, à l’occasion de la célébration des 60 ans du Théâtre du Soleil, de la Région Île-de-France, du Ministère de la Culture et de la Ville de Paris

Durée : 3h10 (entracte compris)

Théâtre du Soleil, Paris
à partir du 12 mars 2026

20 mars 2026/par Vincent Bouquet
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