(LA)HORDE met en scène pour le Ballet national de Marseille un conte post-apocalyptique, où un nouveau monde naît des abysses. Production pop à la scénographie imposante et à la danse physique, Après moi le déluge fantasme une post-humanité plus collaborative et reliée au vivant, où leur esthétique célèbre toujours autant la force.
Leur danse pop, dynamique et instagrammable fait le tour du monde. La compagnie (LA)HORDE, à la tête du Ballet national de Marseille depuis 2019, s’est érigée en référence cool de la danse contemporaine jusqu’à chorégraphier pour la superstar Rosalía. Le collectif pluridisciplinaire, réunissant Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel, investigue depuis les années 2010 les danses qui circulent sur Internet, en s’inspirant notamment de la culture club et des jeux vidéo. Ses spectacles mettent souvent en scène une jeunesse combattante, présentée comme rebelle, avec une forte présence de la musique, comme dans son tube Room with a view (2020) en partenariat avec le DJ et producteur d’électro Rone. Avec Après le déluge, le trio investit de nouveau la thématique post-apocalyptique dans une scénographie monumentale, pour mettre en scène la renaissance du monde.
Quand le public entre dans la salle, les treize danseuses et danseurs du Ballet de Marseille sont déjà sur scène, vêtus de joggings, de débardeurs Hello Kitty ou de pantalons camouflage. Statiques, ils et elles prennent des poses, éparpillés sur la scène. Certains tombent. Une gaze sépare les performeurs du public, créant une distance, un sentiment d’irréel. Quand le spectacle commence, un public fictif applaudit, les interprètes saluent. Une caméra postée en haut de la scène a enregistré les spectateurs et spectatrices dans la salle, dont l’arrivée est diffusée à l’envers. Les danseurs aussi rembobinent un précédent spectacle, probablement Age of content (2023), ciblant une partie largement inspirée de leur collaboration avec Lucinda Childs, où résonnent les notes de The Grid de Philip Glass. La performance est virtuose, exécutée avec précision. Après l’emprunt et le réemploi, (LA)HORDE innove avec l’autocitation.
Commence alors leur descente aux enfers, dans un monde souterrain inquiétant – de manière très littérale, puisque les interprètes plongent dans le trou creusé dans le plateau amovible. C’est le début d’une transformation qui verra émerger un nouveau monde et une humanité hybride. Dans cette fable futuriste, les références s’accumulent : celles au film d’horreur found footage, façon Le Projet Blair Witch (1999), avec ces gros plans sur les visages et ces sourires figés démoniaques qui s’affichent sur un grand écran derrière eux ; et d’autres, plus mythologiques, avec le baptême de l’une des interprètes dans ce qui pourrait être les vestiges de bains romains, performé par des créatures aux masques ridés effrayants. La batterie puissante d’une bande son métal résonne, qui se révèle plus loin être un remix du tube Chop Suey! (2001) du groupe américain System of a Down. Sur cet ensemble foisonnant, la danse précise et intense privilégie les gestes amples, vifs, sensuels, avec des soli fulgurants et des unissons rares. Les rythmes rock favorisent des gestes explosifs, où surgissent quelques headbang. Une figure revient régulièrement : la ronde où les danseurs passent les uns à côté des autres, se frôlent et entrent en contact. Une forme chorégraphique qui incarne bien la collaboration et le collectif d’où pourrait naître ce nouveau monde.
Mais dans ce jeu de références et de symboles, quelque chose entre en dissonance avec le discours affiché. Que disent les corps surperformants des interprètes ? Que produisent leur beauté canonique et leur gestuelle lisse, qui parvient à faire cohabiter sensualité et violence ? Cette exposition de la danse puissante, dans un écrin très fashion, incarnée par une jeunesse gonflée à bloc, prête à en découdre, est-elle vraiment subversive ? Après moi, le déluge véhicule, peut-être malgré elle, un éloge de la force, qui désamorce son propos. Malgré son ambition affichée de raconter l’émergence d’une humanité davantage reliée au vivant – les interprètes réapparaissent en créatures hybrides, affublés de pattes d’éléphant et de queues touffues – et collaborative, elle demeure le reflet d’un monde de l’image, de la performance et de la force.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr
Après moi, le déluge
Conception, mise en scène (LA)HORDE — Marine Brutti, Jonathan Debrouwer, Arthur Harel
Chorégraphie (LA)HORDE en collaboration avec les danseur·euses et les répétiteur·ices du Ballet national de Marseille
Avec Isaia Badaoui, Arno Brys, Isla Clarke, Titouan Crozier, Nathan Gombert, Jonatan Myhre Jørgensen, Dana Pajarillaga, Kevin Pajarillaga, Layne Paradis Willis, Gabriella Sibeko, Eden Solomon, Elena Valls Garcia, Luca Völkel
Assistante artistique Nadia El Hakim
Collaborateurices artistiques chorégraphie Valentina Pace, Jacquelyn Elder, Angel Martinez Hernandez, Julien Monty
Regard extérieur Alain Damasio
Scénographie Julien Peissel en collaboration avec (LA)HORDE
Ingénierie Hervé Cherblanc
Conseillers techniques scénographie Rémi d’Apolito, Julien Parra, Sébastien Mathé
Coordination artistique Nadia El Hakim
Musique originale Pierre Aviat
Création lumière Eric Wurtz en collaboration avec Gaspard Juan
Conception costumes Salomé Poloudenny en collaboration avec (LA)HORDE
Réalisation costumes Studio Salomé Poloudenny
Cheffe d’atelier Sandra Pomponio
Assistante costumes Agathe Palthey
Construction décor les ateliers de la Comédie de Genève, Sud Side les ateliers spectaculaires/Marseille
Constructeurs de la Comédie de Genève Yannick Bouchex, Hugo Bertrand, Balthazar Boisseau, Janju Bozon, Wondimu Bussy
Peintres-sculpteur·ice·s Osman El Hakim, Myriam Valet, Sandrine Boutin, Soliman El Hakim
Peintre du tapis Cristian Zurita
Réalisation coque caméra Marius Perraud
Visuel d’arrière-plan Felix Keslassy
Atelier SFX CLSFX Atelier 69
Spatialisation sonore Mélodie Souquet
Réalisation perruques Camille de Mena
Coordination d’intimité Julie De Bohan – ICIE
Conseil acrobatique Nin Khelifa
Coaching vocal Melody LouledjianProduction Ballet national de Marseille
Coproduction La Comédie de Genève, Théâtre de la Ville-Paris – Chaillot Théâtre national de la Danse, Charleroi Danse, centre chorégraphique de Wallonie-Bruxelles (Belgique), Sadler’s Wells Londres (Royaume-Uni), Agora, Cité Internationale de la Danse | Montpellier Danse + CCN Occitanie, Festspielhaus St.Pölten (Autriche), Maison de la Danse de Lyon, La Comédie de Clermont-Ferrand, scène nationale, Théâtre de Lorient, Centre dramatique national, TAP Scène nationale de Grand Poitiers, Internationaal Theater Amsterdam, Théâtre des Salins Scène nationale de Martigues, International Summerfestival Kampnagel Hambourg (Allemagne), Teatro Municipal do Porto (Portugal), Madrid en Danza, Mercat des les Flors (Espagne)
Avec le soutien de Dance Reflections by Van Cleef & Arpels et d’ASICS
Accueils en résidence Théâtre des Salins – Scène nationale de Martigues
Avec le soutien de Lieux Publics – CNAREP (Centre national des arts de la rue et de l’espace public) & Pôle européen de productionLe CCN Ballet national de Marseille – direction (LA)HORDE reçoit le soutien du ministère de la Culture / Direction générale de la création artistique, de la DRAC Paca, de la Ville de Marseille.
Durée : 1h10
Agora, Cité Internationale de la Danse, dans le cadre de Montpellier Danse
les 30 juin et 1er juillet 2026La Criée – Théâtre National de Marseille, dans le cadre du Festival de Marseille
du 5 au 8 juilletKampnagel, Hambourg (Allemagne), dans le cadre du Internationales Sommerfestival
du 12 au 15 aoûtTanz im August, Berlin (Allemagne)
du 20 au 22 aoûtThéâtre de la Ville – Paris, avec Chaillot Théâtre National de la Danse
du 5 au 12 septembreFestival Romaeuropa, Rome (Italie)
du 1er au 4 octobreMercat de les Flors, Casa de la Dansa, Barcelone (Espagne)
du 9 au 11 octobreCentral La Louvière, avec Charleroi Danse (Belgique)
du 6 au 8 novembreDeSingel, Anvers
du 13 au 15 novembreGrand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
les 10 et 11 décembreMC2: Grenoble
du 11 au 13 mars 2027Maison de la Danse de Lyon
du 19 au 24 marsThéâtre de Lorient, CDN
les 4 et 5 maiLa Comédie de Clermont-Ferrand, Scène nationale
du 26 au 28 mai





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