Accessible dès trois ans, Magnéééétique (face A) explore avec inventivité la K7 audio comme matériau physique et sonore.
En 2021, les Nouveaux Ballets du Nord-Pas-de-Calais – compagnie à l’intitulé faussement ronflant et volontairement fantaisiste – présentaient au Totem, à Avignon, Dadaaa. Un spectacle s’aventurant dans l’univers de ce mouvement artistique et travaillant avec les matières utilisées par la peintre, sculptrice et danseuse suisse Sophie Taeuber-Arp. Revenant cette année dans le Festival Off, l’équipe emmenée par la chorégraphe et metteuse en scène Amélie Poirier y présente cette fois deux spectacles – toujours à destination du jeune public –, jouant par le diptyque avec l’objet dont ils se saisissent. Car c’est à la K7 audio que s’intéresse cette fois-ci la compagnie, imaginant deux faces – la A et la B – pour deux échappées à destination de différentes tranches d’âge. Un objet, par ailleurs, qui a un fort potentiel mythologique – au sens des Mythologies du sémiologue, linguiste et écrivain Roland Barthes –, la K7 ayant inspiré d’autres spectacles, notamment celui du collectif suisse BPM.
La K7 audio, on l’a oublié, on n’y pense pas ou plus, a été le premier support de diffusion et d’enregistrement musical permettant au tout-venant, en plus d’écouter de la musique, de réaliser soi-même ses propres compilations, de concevoir son archivage – de musiques comme de paroles, de compositions connues comme de voix de ses proches ou de célébrités. Et puis, à l’heure de la dématérialisation à tout crin, l’on imagine à quel point cet objet peut susciter de la curiosité chez de jeunes personnes. Car, plus que le CD ou le vinyle, il y a dans la cassette une matérialisation spécifique du sonore, à travers cette bande magnétique qui s’enroule et se déroule à l’infini, s’enraye dans le lecteur, capte et réfléchit la lumière.
Toutes ces déclinaisons et ce que cet objet éveille comme possible de manipulations et d’expérimentations, l’équipe des Nouveaux Ballets va s’en saisir dans Magnéééétique (face A). À l’image de ce « éééé » répété de l’intitulé, sorte de clin d’œil joueur et ludique – aux accents dada –, Magnéééétique (face A) explore dans un spectacle où se tressent danse, manipulation d’objets et théâtre la K7 non seulement comme objet, mais aussi comme support sonore. Sur un plateau aux couleurs chaudes et occupé de lecteurs cassettes à l’avant-scène, de K7 disposées tout au long de la scène (comme des dominos), le duo de comédiennes-danseuses évolue. Vêtues de tenues de sport aux accents un brin vintage, dont les couleurs font rebond d’une tenue à l’autre, Laure Desplan et Adeline Fontaine (en alternance avec Céline Lefèvre) vont passer par une multitude d’états. Manipulant, déplaçant, jouant avec les K7 et les bandes magnétiques, dansant avec ou s’enregistrant pour s’écouter, s’en servant pour se costumer, le tandem travaille la reprise, la variation, la modulation.
Toutes ces situations et inventions déployées sont autant de façons pour les deux personnages de lier différents types de relations : soutenu par une création lumières accompagnant l’atmosphère de chaque séquence, le duo s’affronte, s’épaule, se jauge, se soutient. À l’expérimentation et à l’utilisation de tout ce que permet la K7 s’adjoint ainsi une palette de situations d’interaction sociale et, donc, d’émotions. Dans ce qui se déplie ainsi comme un petit laboratoire de tentatives et de jeu, de propositions travaillées par la curiosité et d’essais ludiques, les deux interprètes parviennent aussi à nous inclure, par des adresses du regard, aussi bien entre elles que vers nous. Destiné au plus jeune âge, ce Magnéééétique (face A) déjoue l’écueil du poussiéreux et de la fascination pour cet objet désormais totalement vintage et imagine une tonique exploration de la K7, aussi scintillante que drôle.
caroline châtelet – www.sceneweb.fr
Magnéééétique (face A)
Conception et mise en scène Amélie Poirier
Avec Laure Desplan, Céline Lefévre en alternance avec Adeline Fontaine, accompagnées d’Audrey Robin
Scénographie Philémon Vanorlé
Éclairagiste Henri-Emmanuel Doublier
Collaboration artistique et régie générale Audrey Robin
Costumes et collaboration artistique Vaïssa Favereau-Forestier
Accompagnement sonore Mariane Berthault
Créations sonores finales David Bultel
Regards complices Aude Denis, Lyly Chartiez-Mignauw
Stagiaire-assistante mise en scène Marie Nowak du Conservatoire d’Art Dramatique de QuébecProduction Les Nouveaux Ballets du Nord-Pas de Calais
Coproduction La Minoterie – Scène conventionnée jeune public de Dijon ; Le Volcan, Scène nationale du Havre ; Le Gymnase CDCN Roubaix Hauts-de-France ; Le 9.9 Bis, Scène musiques actuelles de Oignies ; La TRIBU (région PACA) ; Points Communs, Scène nationale de Cergy-Pontoise
Avec le soutien de Culture Commune – Scène nationale du bassin minier (dans le cadre d’un projet DRAC et ARS), du Vivat – Scène conventionnée Théâtre et danse d’Armentières, du Bâteau Feu – Scène nationale de Dunkerque, du Théâtre à la coque – Centre National de la marionnette d’Hennebont, du Département du Pas-de-Calais, de la Région Hauts-de-France, de la DRAC Hauts-de-France (aide au conventionnement) et de l’ADAMIDurée : 30 minutes
À partir de 3 ansThéâtre du Train Bleu, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 4 au 13 juillet 2026, à 9h30 (relâche le 10)Pôle International de la Marionnette, Charleville-Mézières, dans le cadre du festival Temps d’M
les 19 et 20 septembreThéâtre Monsigny, Boulogne-sur-Mer
les 8 et 10 octobreCentre Culturel Georges Brassens, Saint-Martin-Boulogne
les 9 et 10 octobreThéâtre des Quatre Saisons, Gradignan
les 11 et 12 novembreThéâtre de Noyon, Scène conventionnée
du 18 au 21 novembreLes Salins, Scène nationale de Martigues
du 1er au 5 février 2027Le 9.9 bis, Oignies
les 4 et 5 avril



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