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Adèle Haenel : « Le théâtre me redresse, me donne du courage et de la joie aussi »

À la une, Théâtre
Adèle Haenel photo AFP Joël Saget
Adèle Haenel photo AFP Joël Saget

photo AFP Joël Saget

Le premier livre d’Adèle Haenel, Viser juste, aurait pu être le manifeste d’une pionnière du mouvement MeToo ou le témoignage d’une enfant victime d’agression sexuelle mais la comédienne et militante a choisi une autre voie, hybride et littéraire, pour s’attaquer au « mur du déni ». 

Auprès de l’AFP, l’actrice de 37 ans, qui a quitté le cinéma pour en dénoncer la duplicité, dit avoir voulu « slalomer » entre les genres littéraires et dans sa biographie pour retrouver du sens et réclamer la « dignité ». « Ce livre, c’est tout un chemin pour reprendre ses esprits quand on a été complètement embrouillée, massacrée », explique-t-elle.

Mi-avril, le réalisateur Christophe Ruggia qui lui a fait subir des attouchements entre ses 12 et 14 ans a été condamné en appel, épilogue d’un éprouvant combat judiciaire. Adèle Haenel n’a toutefois pas écrit Viser juste (Ed. L’Arche) pour « clôturer quelque chose » mais pour mener l’enquête sur « la disparition de l’enfant » qu’elle était et sur « la construction du silence ».

« Ce qu’on fait de sa propre vie, de sa propre âme, ce à quoi on décide d’accorder de l’importance, c’est ça qui m’intéresse », dit à l’AFP celle qui a travaillé à ce projet littéraire pendant trois ans avec la metteuse en scène de théâtre Gisèle Vienne.

En 2020, quelques mois après avoir porté plainte contre son agresseur, Adèle Haenel avait quitté avec fracas la cérémonie des César et le cinéma, indignée de la récompense attribuée à Roman Polanski. Dans son livre, le cinéaste n’est jamais nommé mais désigné comme « l’homme-ayant-reconnu-avoir-eu-un-rapport-sexuel-illégal-avec-une- enfant-de-13-ans-et-qui-a-été-par-la-suite-accusé-de-viol-par-de-nombreuses-femmes ».

« Prendre la parole sur les violences sexuelles a été cette ligne rouge très claire, un dernier pas avant de sauter vers je ne sais pas quoi en tout cas hors du monde que je connaissais », écrit-elle dans Viser juste, ajoutant plus tard : « Une fois de l’autre côté, j’ai eu envie de rire face à la taille de l’arnaque. Oui le prix à payer est grand mais ce qui est plus stupéfiant encore, c’est la force que cela m’a donnée ».

« Alignement »

Pour accomplir ce « saut périlleux », Adèle Haenel a toutefois aussi dû livrer bataille contre elle-même. « La répression existe mais un des premiers outils du maintien de l’ordre, c’est de nous maintenir dans la peur et la tristesse. C’est le premier mur », indique-t-elle.

Aujourd’hui, le cinéma ne l’intéresse plus trop, elle, la comédienne doublement césarisée qui a tourné avec Céline Sciamma (Naissance des pieuvres, Portrait d’une jeune fille en feu), Thomas Cailley (Les combattants) ou Pierre Salvadori (En liberté).

Il lui est par ailleurs difficilement concevable de retravailler dans une industrie sur laquelle l’extrême droite prend, selon elle, « la mainmise » sous l’influence de Vincent Bolloré. Et dans laquelle les femmes sont soumises à une « date de péremption ».

« Mon personnage principal pendant ces années a été celui de la jeune première », écrit-elle dans son livre. « Les grands hommes du cinéma ont arraché ce costume à celles avant moi qui avaient eu le mauvais goût de dépasser la trentaine – probablement ils leur ont craché à la gueule au passage ».

C’est dans le théâtre public, actuellement fragilisé par les coupes budgétaires, qu’elle dit avoir trouvé un « alignement entre forme artistique, réflexion philosophique et engagement politique ».

« C’est ça qui me redresse, me donne du courage et de la joie aussi », affirme Adèle Haenel, qui avait lu sur scène en 2025 des textes de la militante féministe Monique Wittig.

Après avoir arrêté le cinéma, Adèle Haenel juge que son travail artistique s’est « approfondi » en même temps qu’il est sorti des radars médiatiques. « Bien sûr j’ai quitté cette industrie », observe-t-elle, « mais je n’ai pas disparu de ma propre vie ».

AFP – Jérémy Tordjman

20 août 2026/par AFP
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