Portée par la Maison des Jonglages, Scène conventionnée de La Courneuve, la 13ème édition de la Rencontre des Jonglages devait avoir lieu du 1er avril au 17 mai 2020 dans 11 lieux d’Île-de-France. Dans l’attente de son report, un rendez-vous en ligne s’est tenu le 26 avril. Aussi riche en inventions qu’en humour, cet événement virtuel témoigne de la vitalité d’une discipline. Et entretient le désir des retrouvailles.
Présentation de la Rencontre des Jonglages online par Guy Waerenburgh
Dès les premiers jours de confinement, nous avons fait l’expérience de lectures théâtrales par téléphone. Nous avons commencé à suivre sur la plateforme Agora-Off le Festival des Arts Confinés, qui ne cesse de s’enrichir de nouvelles œuvres, et sommes devenus accros de certains journaux de confinement. Parmi tous les lieux qui ont mis en place une veille artistique pour l’occasion, nous avons eu le temps de développer nos préférences, tout en restant à l’affut des nouveautés qui ne cessent d’éclore. À moins qu’on ne soit resté complètement indifférent, voire hostile à toutes ces démarches, considérant que la seule réaction digne et intelligente dans le contexte est le silence, la réflexion. Diffusée en direct le 26 avril 2020 sur la plateforme Twitch.tv, la Rencontre des jonglages online avait de quoi plaire aux uns et autres. Une vingtaine d’artistes au programme de la 13ème édition de la Rencontre des Jonglages y sont intervenus avec des propositions inédites. Non pour remplacer le rendez-vous, reporté à l’automne, mais pour en nourrir l’attente.
La rencontre des jonglages bricolés
La performance confinée de Neta Oren et Eric Longequel
« Cette année les massues et les balles danseront avec des céramiques, inviteront des bambous et des cordes pour des rocks endiablés, et les Yokaï, ces espiègles créatures tissées au crochet, nous entraîneront dans des valses à quatre pattes », nous promettait l’équipe de la Maison des Jonglages dans l’édito de son programme. Les balles, les massues et les cordes sont en effet au rendez-vous en ligne. Aux côtés d’objets plus inattendus, tels que les cercles de beurre ou de cire d’abeille – la question fait débat dans le chat, où de nombreux spectateurs commentent en direct la Rencontre – manipulés avec grâce par Kolja Huneck sur son toit, où il a dû monter plusieurs soirs de suite pour réaliser sa vidéo. Ou encore la pâte à modeler utilisée par Fabrizio Solinas raconter sa création Little Garden dans une vidéo en stop motion très réussie. Technique également utilisée par Neta Oren et Éric Longequel pour présenter l’un des numéros de leur création en cours, Unplugged. En confinement, le jonglage se raconte autant qu’il se fait. Il se bricole, dans le manque mais aussi dans la joie.
En attendant la ville et les chapiteaux
La grande diversité des formes présentées témoigne de l’ouverture du jonglage à d’autres disciplines et modes d’expression. Elle dit la maturité d’un art qui a conquis son autonomie, qui sait désormais se penser par lui-même, indépendamment des autres disciplines circassiennes. Privés de la ville, des salles et chapiteaux où il devait se déployer, où il se redéploiera bientôt, les jongleurs en profitent soit pour revenir à l’essence de leur pratique, soit pour expérimenter de nouvelles directions. En toute simplicité. Dans l’appartement d’une voisine, avec pour unique spectatrice sa petite fille assise sous une cheminée, Morgan Cosquer de la Cie Endogène danse au sol avec une seule balle avec une élégance rare, fort appréciée du public en ligne qui ne tarit ni d’éloges ni d’applaudissements virtuels.
En guise de conclusion, par Guy et Nikita Waerenburgh
On retient aussi la performance des flamands Alexander Vantournhout et Emmi Väisänen : une chorégraphie de mains « en hommage à la distanciation sociale » qui, nous apprend Éric Longequel, devait au départ figurer dans le spectacle Screws mais en a finalement été retirée. La Rencontre online a ses exclusivités ! Elle a aussi ses moments d’émotion, comme la danse en solitaire de Cyrille Humen, près d’un écran qui diffuse la vidéo de son compagnon Van Kim Tran, atteint du maudit virus qui nous retient chez nous. Le rendez-vous en ligne est enfin l’occasion pour l’équipe de donner de ses nouvelles aux spectateurs. L’arrivée de Vincent Berhault à la tête du lieu a ainsi été célébrée par un travail d’archive à la hauteur de la situation. De même que le départ de la chargée de communication Léa Callu et du chargé d’ateliers Hervé Paugam. Le mot de la fin est le même que celui du début : « Ceci n’est pas un festival ». Ce à quoi nous pouvons ajouter : ceci n’est pas une critique.
Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr
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