nora chipaumire dans punk photo Jesús Robisco
Ses performances percutantes et militantes mêlent danse, musique, chant et arts plastiques. La chorégraphe nora chipaumire investit cet automne la Ménagerie de Verre pour une « carte noire », programmée dans le cadre du Festival d’Automne. C’est l’occasion de revenir sur une carrière riche, guidée par le partage et l’anticonformisme.
Parcours nomade
Elle s’est formée à travers le monde et distille désormais son art sur presque tous les continents. Née à Mutare, au Zimbabwe, en 1965, nora chipaumire vit entre les États-Unis, Berlin et Harare. Elle suit d’abord des études de droit, puis déménage aux États-Unis dans les années 1990 et intègre un cursus de danse au Mills College à Oakland, en Californie, en 2000. Son entrée dans la compagnie Urban Bush Women, trois ans plus tard, et sa rencontre avec les danseuses afro-américaines qui la composent marquent le début de sa carrière chorégraphique. Elle crée à ce moment-là le solo qui initie sa recherche artistique : Chimurenga.
Plus loin que la danse
Chorégraphe ? Pas tout à fait. Plutôt que de parler de danse, nora chipaumire préfère le terme live art pour décrire sa pratique. L’histoire des corps et des possibilités d’émancipation se dessine dans ses spectacles, souvent transdisciplinaires, puisqu’ils traversent les catégories en alliant arts plastiques, musique, chant, film et art du mouvement. L’installation Dambudzo (2024) en est la preuve. En traversant plusieurs espaces séparés par de grandes bâches en plastique coloré et translucide ainsi que par des murs en carton, le public pénétrait dans une reconstitution de shebeen, bar informel installé dans des habitations privées au Zimbabwe, que la chorégraphe présente comme un espace révolutionnaire.
Libérer des oppressions
Décoloniser les imaginaires, les pratiques artistiques et les scènes semble être au programme de nora chipaumire, qui cherche également à exploser les normes patriarcales. Dans Portrait of myself as my father (2016) — où elle envoyait un uppercut à la virilité sur un ring de boxe — et dans #PUNK (2018), elle faisait tonner une rage punk inspirée de ses icônes féminines, comme Patti Smith et Grace Jones. Ses spectacles, écrins pour libérer les corps noirs, démontent au passage le cliché d’un art africain ancré dans des traditions figées. Une manière de décentrer l’Occident, partant souvent de ses expériences personnelles, portée par une joie subversive et une énergie sans limite.
Le partage, une manière première
Invitée à l’international pour dispenser des cours et des ateliers, la chorégraphe a développé un projet de recherche intitulé nhaka. Pédagogie centrée sur le partage, elle compte y inventer une danse contemporaine africaine, nourrie par l’histoire des corps et les imaginaires afro-descendants, dont le vocabulaire et les bases seraient décorrélés des influences occidentales dominantes. Elle a notamment enseigné à l’École des Sables de Toubab Dialaw, au Sénégal, pilotée par Germaine Acogny, mais pas seulement.
NhereraHUB, un lieu à soi
En 2022, la chorégraphe fonde nhereraHUB à Harare, au Zimbabwe. Conçu comme un bastion de résistance artistique, cet espace de résidence entend faire une place aux idées vues comme « marginales » ou « orphelines » (« nherera » signifiant orphelin) et leur permettre de se rassembler, de s’épanouir et de grandir. Studio de travail pour elle et ses équipes, nhereraHUB est aussi conçu comme un lieu ouvert aux créateurs internationaux pour inventer ensemble de nouveaux mondes. À la Ménagerie de Verre, où elle dévoile une « carte noire », elle recrée avec ses acolytes un fragment de cette utopie. C’est l’occasion pour le public parisien de découvrir la singularité et la richesse de son travail.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr

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