Il y a eu le roman puis le film et voici maintenant la pièce de théâtre. La Tresse déploie son intrigue à ramifications sur la scène du Théâtre de la Renaissance dans une mise en scène au cordeau, toute en rythme et fluidité, de Johanna Boyé. Présente au plateau, l’autrice, Laetitia Colombani, interagit avec un quatuor de comédiennes aussi épatantes qu’attachantes.
Le roman est un best-seller international. Vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde, traduit en quarante langues, auréolé d’une vingtaine de prix, La Tresse est un phénomène qui dépasse le milieu littéraire puisque l’autrice elle-même en a réalisé l’adaptation cinématographique en 2023. En voici désormais la version théâtrale dont la mise en scène a été confiée à Johanna Boyé, rompue aux transpositions scéniques d’œuvres romanesques. Après L’Invention de nos vies, Les Gens de Bilbao naissent où ils veulent et Orgueil et préjugés… ou presque !, la metteuse en scène plusieurs fois moliérisée s’empare de cette narration en éventail qui tisse entre elles trois histoires sur trois continents jusqu’à leur bouleversant point d’intersection final. Défi de taille donc puisque le roman alterne trois contextes très différents autour de trois protagonistes féminines aux enjeux de vie on ne peut plus éloignés.
La première se passe en Inde et débute à Badlapur aux côtés d’une intouchable qui se bat pour sortir sa fille de la misère et de sa condition d’esclave et lui offrir la possibilité d’aller à l’école. La deuxième se passe en Sicile, à Palerme, dans un atelier familial de confection de perruques ébranlé par l’accident du patron, plongé dans le coma. La troisième se passe à Montréal auprès d’une avocate féroce, mère de trois enfants, fière de sa réussite professionnelle, droguée au boulot et à sa vie chronométrée. Trois femmes de générations différentes bientôt confrontées à des épreuves imprévues, trois battantes que le roman suit avec empathie, tressant les lignes de sa fiction dans l’alternance de chaque destin. Si le livre s’engloutit d’une traite avec gourmandise, le spectacle file avec la même rapidité ses scènes sous haute tension émotionnelle et nous balade d’un pays à l’autre sans temps mort.
Seulement cinq comédiennes se partagent tous les rôles et leur prestation à chacune est remarquable. Laetitia Colombani elle-même apparaît en pointillé dans son propre rôle d’écrivaine, narratrice intervenant sporadiquement comme pour nous rappeler, toujours, la nature romanesque de ce qui nous est conté malgré son ancrage dans des us et coutumes existants, des traditions séculaires autant que des réalités culturelles, économiques et sociales. Les autres, Blanche Leleu, Marina Pangos, Magali Caillol et Lara Tavella, sont ébouriffantes de caméléonisme et composent une choralité de personnages croqués avec allant qui se glissent à merveille dans les costumes d’Alice Touvet, indissociables de la galerie de silhouettes esquissées. A leurs côtés, fil conducteur toujours présent, en mouvement, interagissant avec les comédiennes à bon escient, Laurent Guillet (en alternance avec Jean-François Prigent) distille à la guitare électrique un environnement musical adapté à chaque branche de l’intrigue, cultivant les clins d’œil aux folklores tout en reliant entre eux les trois récits.
Dans une scénographie de rideaux de lianes qui permet des entrées et sorties fluides et rapides, des apparitions d’accessoires « comme par magie » ainsi que des projections vidéo d’images-paysages qui proposent des horizons et offrent un arrière-plan évocateur de tableaux floutés, à mi-chemin entre photographies et peintures, les interprètes redoublent de rapidité et de dynamisme à passer d’un rôle à l’autre et mènent tambour battant cette histoire haletante qui avance comme une course contre la montre. A la mise en scène, Johanna Boyé a le sens du timing, du détail qui attrape, qu’il soit visuel ou sonore, et une direction de jeu sûre et précise. On retrouve là son goût évident pour un théâtre choral, les actrices tout terrain et les sujets intenses qui viennent rappeler la puissance féminine. Le spectacle rend grâce à l’émotion du roman autant qu’à son rythme et lui offre une nouvelle vie scénique en hommage au courage des femmes.
Marie Plantin – www.sceneweb.fr
La Tresse
texte et adaptation de Laetitia Colombani
mise en scène Johanna Boyé
Avec
Magali Caillol,
Laetitia Colombani,
Laurent Guillet ou Jean-François Prigent, Blanche Leleu,
Marina Pangos,
Lara Tavella
Assistante mise en scène : Pauline Devinat
Scénographie : Caroline Mexme
Création lumières : Cyril Manetta
Création musique : Mehdi Bourayou et Laurent Guillet
Costumes : Alice Touvet
Perruques : Julie Poulain
Vidéo : Benoît Lahoz
Chorégraphie : Johan Nus
Production : La Française de théâtreDurée : 1h20
Spectacle créé à Anthéa, Antibes
Depuis le 25 septembre 2026
Théâtre de La Renaissance, Paris
Jeudi au samedi à 19h
Dimanche à 17h




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