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À Épidaure, la mise en scène mythique de « Médée » ressuscitée 65 ans après le triomphe de Maria Callas

À la une, Opéra
Anna Pirozzi dans Medea version 2026 présentée à Épidaure
Anna Pirozzi dans Medea version 2026 présentée à Épidaure

Photo Aris Messinis / AFP

De flamboyants costumes semblables à ceux de 1961, une mise en scène reconstituée grâce aux cahiers et photos de l’époque : Médée, l’opéra qui valut un triomphe à Maria Callas, a été ressuscité samedi soir dans le théâtre antique grec d’Épidaure.

Lors d’une représentation unique samedi soir, à guichet fermé, l’Opéra national de Grèce revient pour la première fois depuis 65 ans dans cet amphithéâtre du IVe siècle avant Jésus-Christ, à 200 kilomètres d’Athènes, réputé pour son exceptionnelle acoustique. Cette tragédie lyrique qui voit Médée, figure de la mythologie grecque éperdue de fureur et de désespoir, tuer ses enfants, ouvre l’édition 2026 du Festival d’Athènes et d’Épidaure.

Et c’est la mezzo-soprano italienne Anna Pirozzi qui interprète le rôle-titre de Médée de Luigi Cherubini, inspiré de la tragédie d’Euripide et tiré à l’époque de l’oubli grâce à Maria Callas. La chanteuse lyrique marche ainsi dans les pas de la diva assoluta dans cette production légendaire qui, en 1961, dans ce même site archéologique, avait « suscité un immense enthousiasme » bien au-delà de la Grèce, rappelle le directeur artistique de l’Opéra national de Grèce, Giorgos Koumendakis. « Je ne veux pas copier, je ne veux pas imiter Maria Callas, a confié Anna Pirozzi. J’adore […] comment elle interprète le rôle. J’ai pris quelques gestes qu’elle a fait en 1961 car je pense qu’ils sont très dramatiques ».

Gestes dramatiques

« Maria Callas et Anna Pirozzi ont la même vérité dans le chant, dans le jeu, renchérit le metteur en scène Panaghis Pagoulatos. Mais ce n’est pas du tout la même personnalité, ce n’est pas du tout la même voix ». Cette époustouflante reconstitution s’inscrit dans la thématique de l’année de l’institution grecque, « de l’héritage du passé à l’opéra de l’avenir ».

Des décors aux costumes en passant par la lumière, chaque détail de ce travail de recherches titanesque a été pensé pour restituer le plus fidèlement la production de 1961. « La principale difficulté était de parvenir à saisir l’esthétique de l’époque et à la faire entrer dans le présent sans qu’elle ne paraisse […] décalée », a expliqué Giorgos Koumendakis.

Les équipes artistiques, qui ont travaillé durant trois ans sur ce projet unique, se sont servies des cahiers du metteur en scène grec de l’époque, Alexis Minotis, et des dessins de son compatriote, Yannis Tsarouchis, qui en réalisa les costumes et les décors. Nous disposions ainsi de notes « sur les chœurs, sur la chorégraphie, sur les figurants, mais pas sur les solistes », selon Panaghis Pagoulatos, qui est également directeur de casting de l’Opéra national de Grèce.

Photographies

MEDEA en 1961 photo Greek National Opera Archive

Photo Greek National Opera Archive

Autre difficulté que souligne Giorgios Koumendakis : « Il n’existe absolument aucun enregistrement vidéo de l’époque. Nous ne disposons que de photographies en noir et blanc pour reconstituer les décors. » Chaque pierre de la scène du théâtre, parmi les mieux préservés du monde antique, a dû être recouverte par un caisson en bois pour les protéger.

Pour les costumes, d’une richesse exceptionnelle, les équipes se sont appuyées sur les quelque 150 tenues conservées depuis 1961. Le baryton Tassis Christoyannis, qui interprète Créon, le roi de Corinthe, porte lui le costume de 1961. « Si l’on regarde les costumes [de l’époque] à la lumière du soleil, les couleurs sont incroyables, s’exclame Tota Pritsa, cheffe costumière. Le plus difficile, ce fut les étoffes car certaines ne sont plus fabriquées aujourd’hui, comme par exemple le jersey de soie. » Et certains tissus ont dû être teints ou lavés de multiples fois afin de leur donner la patine d’antan.

Sur la scène d’Épidaure, en cette soirée tiède et étoilée, « les costumes anciens et nouveaux se mélangent mais même moi, je ne peux pas les distinguer ! », résume Panaghis Pagoulatos. Le site archéologique accueille également une exposition consacrée aux représentations des 6 et 13 août 1961. Pour la représentation de samedi soir, seul le nombre de figurants a dû être revu à la baisse. « À l’époque, ils avaient eu recours à des jeunes qui faisaient leur service militaire donc il y avait un monde fou sur scène, sourit Panaghis Pagoulatos. Mais aujourd’hui, on ne peut pas aller dans les casernes et dire : ‘Allez hop, on va jouer ce soir au théâtre !’».

Yannick Pasquet © Agence France-Presse

Medea
de Luigi Cherubini

Production historique de 1961
Mise en scène Alexis Minotis
Décors et costumes Yannis Tsarouchis
Chorégraphie Maria Hors

Version réinventée de la production historique de 1961
Direction artistique Giorgos Koumendakis
Chef d’orchestre Jacques Lacombe
Mise en scène Panaghis Pagoulatos
Avec Anna Pirozzi, Danae Kontora, Alisa Kolosova, Jean-François Borras, Tassis Christoyannis, Yannis Stamatakis, Emily Tsimidaki, Irena Athanasiou
Orchestre et Choeur de l’Opéra national de Grèce
Scénographie Lili Pezanou
Conception des costumes Tota Pritsa
Conception des lumières Christos Tziogkas
Chef des chœurs Agathangelos Georgakatos

21 juin 2026/par AFP
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