Après une formation au Conservatoire de Bordeaux, Victoria Quesnel intègre l’École du Nord, à Lille, où elle travaille sous la direction de Stuart Seide. Depuis 2010, elle fait partie du collectif Si Vous Pouviez Lécher Mon Coeur avec lequel elle crée Gênes 01 de Fausto Paravidino, Tristesse Animal Noir d’Anja Hilling, Les Particules Élémentaires de Michel Houellebecq, 2666 de Roberto Bolaño, Joueurs, Mao 2, Les Noms de Don Delillo, Le Passé de Leonid Andreïev et Extinction d’après Thomas Bernhard et Arthur Schnitzler, mis en scène par Julien Gosselin, qu’elle retrouve à Avignon, dans la Cour d’honneur, pour Maldoror.
Avez-vous le trac lors des soirs de première ?
Oui, énormément, mais la nature de ce trac a un peu changé avec le temps. Plus jeune, j’avais des sentiments très violents d’impossibilité ; maintenant, je suis plutôt tracassée à l’idée de ne pas parvenir à être simplement dans le travail. La peur d’être traversée par d’autres questions moins intéressantes, mais incontrôlables les soirs de première quand on dévoile un spectacle.
Comment passez-vous votre journée avant un soir de première ?
J’essaie de vivre ma journée le plus normalement possible, que la représentation du soir en soit la continuité, mais, évidemment, c’est compliqué. Alors, j’arrive trop tôt au théâtre et j’erre un peu. Mais je pense qu’être sur place me rassure.
Avez-vous des habitudes avant d’entrer en scène ? Des superstitions ?
Je mange beaucoup. Cela parait fou pour d’autres acteurs, et c’est vrai que ce ne sont pas mes repas préférés, mais j’ai très peur de la baisse d’énergie, de la sensation de faiblesse. Et je fais aussi des italiennes, tout le temps. J’ai l’impression de devoir me remettre le texte dans le corps avant de jouer, comme pour poser des bases qui vont créer plus de libertés pendant le jeu.
Première fois où vous vous êtes dit « Je veux faire ce métier » ?
J’ai toujours fait du théâtre. Toute petite, j’adorais les spectacles de fin d’année, je me sentais heureuse sur scène. Adolescente, cela m’intéressait moins. Mais c’est en rentrant au Conservatoire de Bordeaux, à 19 ans, parce que le théâtre me manquait, et en rencontrant des gens qui voulaient faire ce métier qu’il est devenu évident pour moi de les suivre.
Premier bide ?
Je me rappelle d’un jeune public dans lequel je jouais en sortant de l’école. Le père Noël était entré dans la salle pendant le spectacle, et nous n’étions plus rien. Mais nous avons fini vaillamment.
Première ovation ?
La première du spectacle Les Particules Élémentaires mis en scène par Julien Gosselin, au Festival d’Avignon, en 2013. Nous étions terrifiés et tellement fiers.
Premier fou rire ?
Ce n’est sans doute pas le premier, mais il fait partie des mémorables. Pendant le spectacle Le Passé, j’étais hissée avec un baudrier pour avoir l’air de léviter à la fin du spectacle. Et, lors d’une représentation, j’ai été « montée à l’envers ». J’entends encore le rire irrépressible de toute l’équipe, personne n’arrivait à se retenir. C’était un peu humiliant, mais j’ai tellement ri que j’ai fini par l’oublier.
Premières larmes en tant que spectatrice ?
J’étais au lycée et j’ai vu Forêts de Wajdi Mouawad. Ça a été un immense choc. Je pleurais, j’étais bouleversée et je ne comprenais pas exactement ce que ça me faisait. Mais aujourd’hui, je sais que ça a ouvert quelque chose en moi.
Première mise à nu ?
J’essaie toujours de me mettre à nu quand je joue, mais certains rôles ou spectacles le permettent plus que d’autres. Je pense au Passé, mais aussi au seul en scène que j’ai fait avec Hugues Jourdain, Nom, adaptation du roman de Constance Debré.
Premier coup de cœur ?
Un grand coup de coeur reste pour moi mon premier spectacle dans la Cour d’honneur : Inferno de Romeo Castellucci. Jouer dans cet endroit cet été est un rêve absolu, que je vais réaliser, dix-huit ans plus tard.
Première fois sur scène avec une idole ?
J’ai la chance de travailler avec des gens que j’admire énormément. Je me sens très flattée et chanceuse de faire partie de toutes ces équipes. En ce moment, je joue avec Audrey Bonnet [dans Soeurs de Pascal Rambert, NDLR], qui est une actrice extraordinaire qui m’a toujours éblouie. Je dirais que c’est l’idole avec laquelle je joue aujourd’hui.
Première interview ?
Je crois que c’était dans l’émission Affaires culturelles avec Arnaud Laporte. J’avais peur d’être en direct à la radio, mais c’était un exercice intéressant.






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