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Circa, sans forcer

Cirque, Décevant, Les critiques, Lyon, Montpellier, Paris
Revoir les étoiles de Circa
Revoir les étoiles de Circa

Photo Nick Mitmanski

Revoir les étoiles, la nouvelle création des Australiens de Circa, moins en force et plus doux que par le passé, s’avère inégale entre brio de leurs habituels portés et numéros maniérés.

Plus de trente ans que ça dure. Circa est l’incarnation du cirque en Australie depuis que Yaron Lifschitz a pris les rênes du Rock’n’Roll Circus en 1999 – fondé douze ans plus tôt et nommé Circa en 2004. La compagnie a conquis le monde avant de convaincre le public de son propre état-continent où, désormais, elle a même une école, à Brisbane. La force physique est son ADN quand la narration est celui du cirque nord-américain. Revoir les étoiles, créé aux Nuits de Fourvière, où Circa est accueillie pour la sixième fois, est d’ailleurs inspiré de l’un des derniers vers de L’Enfer de Dante, quand s’ouvre un horizon libérateur. Une grappe de lumières descendant des cintres l’incarne. Étonnement, et heureusement, ce spectacle prend son temps. Les quatre musiciens en live (violon, guitare, saxo, trombone, clarinette, table de mixage…) retranscrivent la partition de Jethro Woodward, calme après le solo de guitare inaugural. Les portés verticaux à trois se font lentement et se défont en roulades. Ce geste se répète d’ailleurs souvent, à deux ou en masse avec les douze acrobates de la distribution, bizarrement anonymisés dans l’ensemble des documents relatifs au spectacle.

Quand l’aérien se déploie, c’est avec le mât pendulaire, puis avec le mât chinois, pour un court passage qu’on dirait emprunté à un élément de street parkour. Ce qui permet à la troupe d’atteindre les étoiles, c’est bien la force physique de ses interprètes et leur seule complémentarité faite d’enlacements, de figures assez inventives pour créer une sorte de rampe à la sortie d’une acrobate ou à la prise d’élan d’un autre. Toutes et tous, porteurs comme porté·es, sont d’absolus gymnastes, mais, à une exception près, les Circa ont laissé de côté la récurrence de figures de contorsion dont, par exemple, ils avaient pu user et abuser dans Opus en 2013. Mieux, ils explorent l’inanité des corps dans une séquence où une circassienne est devenue pantin, sans force. Ses jambes et ses bras glissent sans adhérer au corps de son partenaire, permettant, là encore, d’inventer des figures et de souligner la puissance du lien. Et si Circa s’essayait à intégrer à leur troupe des athlètes/circassiens porteurs de handicaps physiques ? Il y a là comme une amorce de possibilités.

Pour autant, la troupe ne s’exonère pas de moments plus démonstratifs et maniérés, notamment quand certains interprètes enchainent des numéros de bol d’eau placé sur la tête ou un traditionnel, mais peu original, numéro de tissu aérien. Leur talent est de fabriquer des pyramides et des colonnes humaines, de se réceptionner sur les épaules d’un autre, d’effectuer des doubles vrilles et sauts périlleux grâce à la bascule qu’ils installent dans la partie finale pour « revoir les étoiles ». Et de voler à la manière des XY qui en ont fait la substance unique et puissante de leurs créations. En intégrant ces quelques numéros très codifiés, Circa s’égare quelque peu et casse la dynamique d’un spectacle d’une unité par ailleurs appréciable, grâce à un travail sur les costumes, clairs, quasi semblables et juste un peu différents les uns des autres. À l’image des flux et reflux des circassiens au sol selon le sens impulsé par celle retenue en l’air par un élastique. Il se dégage là une sensation de vague, puis de digue. Être ensemble est un rempart, y compris quand, sur le sol recouvert de loupiotes, il n’est plus possible que de faire de petits sauts pour ne pas risquer de se blesser les pieds. Ils en reviennent alors aux balbutiements de leur pratique.

Nadja Pobel – www.sceneweb.fr

Revoir les étoiles
Création Yaron Lifschitz avec Circa Ensemble
Conception, direction, scénographie Yaron Lifschitz
Compositeur et directeur musical Jethro Woodward
Création lumière Govin Ruben
Création costumes Libby McDonnell
Collaborateurs artistiques Yaron Lifschitz, Libby McDonnell, Govin Rueben

Production Circa
Coproduction Les Nuits de Fourvière

Durée : 1h25

Les Nuits de Fourvière, Lyon
du 28 au 30 mai 2026

Grand Palais, Paris
du 5 au 7 juin

Printemps des Comédiens, Montpellier
les 12 et 13 juin

29 mai 2026/par Nadja Pobel
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