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Soir de Première avec Esther Armengol

À la une, Paris, Théâtre
Esther Armengol
Esther Armengol

Photo Lorriane Torlasco

Esther Armengol Touzi suit une formation de musicienne en violoncelle, puis en chant lyrique aux CRR de Tours et de Paris. En 2018, elle se tourne vers le théâtre et intègre l’École du Jeu, puis entre à l’École du Théâtre National de Bretagne (promotion 11) en 2021. Début 2024, elle se rend au Japon et croise Satoshi Miyagi, Oriza Hirata et la chorégraphe et danseuse Yu Okamoto. Elle joue cette semaine dans Après nous, les ruines de Pierre Koestel mis en scène par Lena Paugam à Théâtre Ouvert.

Avez-vous le trac lors des soirs de première ?

Terriblement. Personnellement, ça peut aller jusqu’à me picoter le bout des doigts, comme un genre d’hyperventilation. Mais ce qui est spécifique à la première, c’est que ce trac est toujours mêlé à une immense excitation. C’est la première délivrance au public, l’invitation et l’accueil de ce troisième, et tant attendu, point du triangle de jeu : les interprètes, le plateau et le spectateur. Ce mélange anime, il me semble, une source assez folle d’énergie. C’est, et la mort imminente, et le cœur qui s’embrase.

Comment passez-vous votre journée avant un soir de première ?

J’écris, je vais courir ou me défouler. J’essaie de faire circuler du corps à ma tête tout ce qui s’est amassé depuis tout ce temps de création. Je consacre un moment à une ou deux révisions des mots, puis j’essaie, il me semble, de me déconcentrer, de lire ou d’écouter des choses qui me font du bien, qui me touchent. J’essaie de garder l’intérieur en mouvement, éveillé et apaisé. J’essaie de sentir et de respecter mon rythme ; il est souvent beaucoup plus lent et contemplatif que je ne le lui permets d’être.

Avez-vous des habitudes avant d’entrer en scène ? Des superstitions ?

La superstition que, si je pense trop au bon déroulement du spectacle, il ne peut que se dérouler de la pire des manières. Je crois que les pratiques permettant une ré-écoute du moment présent tel qu’il s’offre à nous et non comme on l’espère, comme les pratiques méditatives type qi gong, ou la danse, aident infiniment à se connecter à soi pour mieux essayer de sentir les autres. C’est le challenge principal à mes yeux, et j’ai besoin jusqu’à la dernière seconde d’être en tentative d’y parvenir, sinon mes superstitions reprennent le dessus. J’écoute beaucoup de musique aussi. J’en imagine les formes et les couleurs…

Première fois où vous vous êtes dit « Je veux faire ce métier » ?

Quand j’avais 15 ans, j’ai vu Phia Ménard jouer Vortex au Théâtre Public de Montreuil. « Repoussement » et « élargissement » de toutes les parois de mon crâne.

Premier bide ?

Je ne me souviens pas d’un énorme bide, mais de beaucoup de petits bides. C’est plus drôle quand c’est d’un·e partenaire qu’il s’agit que lorsque l’on se retrouve seul face au néant. Ça peut être si dur, si interminable, mais j’ai toujours trouvé ça merveilleusement joli, puisque les bides rappellent que rien n’est acquis, que tout est présent, et que nous sommes tous irrémédiablement seuls face à la mort.

Première ovation ?

Un spectacle d’école, il y a quelques années. J’avais invité ma grand-mère Diana, princesse de ma vie, à venir me voir. C’est la première et dernière fois qu’elle est venue, puisqu’elle est partie avant de pouvoir voir la suite du parcours. Je suis très pudique quand il s’agit de laisser mes proches ou connaissances venir voir mon travail, mais elle était passée entre les mailles du filet, et je me souviens de son immense crinière blanche dans les gradins, au quatrième rang à cour. Je clôturais la représentation et elle s’est levée… C’était comme si le Stade de France se levait.

Premier fou rire ?

Nous travaillions sur un texte vraiment difficile : L’Instruction de Peter Weiss, mis en scène par Madeleine Louarn. Si vous connaissez ce texte et l’ampleur de son contenu, vous saurez qu’il nécessite beaucoup de sang-froid et d’avoir le cœur bien accroché. La création avait été un long processus, intense, et le marathon que représenta pour nous la période de représentations nous porta jusqu’à une certaine zone de fragilité, et notre seul cap était le texte. Mot pour mot, virgule pour virgule. Nous tous, et la metteuse en scène, étions d’une exigence folle, n’ayant d’égal que la simplicité et l’épure de la mise en scène.

Sauf qu’un soir, au cours de la représentation, un des acteurs s’avance au micro à l’avant-scène pour délivrer un témoignage, et là, le blanc… Seul, face au public, micro sur pied aux lèvres, bras ballants et surtout : aucun artifice scénique ou lumineux ou sonore pour lui tenir compagnie. Le voilà face au plus grand vide. Nous nous sommes tous glacés, et lui, face à l’enfer, a décidé de partir… en improvisation. Des petits mots de survie, lancés en désespoir. Nous étions tétanisés ; il vint à bout du périple – il s’agissait en fait de quelques mots seulement, mais qui nous parurent à tous une éternité. Ampleur : une phrase ; ressenti : un monologue. Il se retourna vers nous et quitta son micro. Il était tout blanc, la bouche et les yeux grand ouverts, abasourdi. Il est revenu s’asseoir lentement, très lentement, comme un zombie.

Je vous ai dit que nous étions arrivés à un endroit de fragilité. À ce moment-là, j’ai senti mon partenaire à ma droite baisser la tête pour se retenir de craquer de rire, et ça a suffi à achever ce qu’il me restait de sang-froid. J’ai fondu, les nerfs qui lâchent, je ne sais pas. On s’est étouffés dans l’irrépressibilité du rire, à vue, au pire moment, et au pire endroit. C’est le fou rire le plus douloureux que j’ai expérimenté.

Premières larmes en tant que spectatrice ?

C’était une mise en scène de mon père [Alexis Armengol, NDLR] : Platonov mais… – en 2011, j’avais 10 ans. Il se trouve que mes parents s’étaient séparés quelques années avant. Et, dans la mise en scène, la comédienne, que je connaissais depuis toujours, qui jouait Sacha, chantait et jouait au clavier Jolene de Dolly Parton, au désespoir pour Platonov. Une chanson qu’on écoutait souvent avec ma mère et ma sœur ! Le mélange du réel et du plateau, je ne sais pas… J’ai été prise d’une forte émotion, qui coula sans discontinuer de mes yeux d’enfant.

Première mise à nu ?

Nous étions en travail avec le performeur Steven Cohen, et devions individuellement présenter une performance de notre cru. J’ai travaillé une composition au violoncelle et au chant que j’interprétais dans des toilettes du sous-sol du théâtre, sur des échasses que j’avais fabriquées en vinyles, avec pour tenue une robe en tulle qui me laissait non pas nue, mais franchement à vue. Et ce fut ma première écriture mêlant ma musique live et mon écriture entre clown et théâtre. Au-delà de ce que mon corps laissait voir, il me semble avoir rencontré ma forme intime ce jour-là, et je l’ai vécu comme une naissance, la première mise à nu si complète de mon univers intérieur. Mon premier concert, deux ans plus tard, était le descendant de cette performance, et il me semble mourir de terreur et de bonheur à chaque fois.

Première fois sur scène avec une idole ?

Pas encore vécu, mais c’est drôle car j’y pense régulièrement ces derniers mois, à ce que doit être l’ouragan que produit une telle expérience.

Première interview ?

À la sortie d’un court-métrage produit par le CNC et l’INA, on nous avait interviewés. Nous étions trois jeunes comédien·nes, et pourtant, nous répondions à des questions comme si nous avions des décennies d’expérience. Notre prétendue assurance me tordait un peu le ventre et me faisait rire à la fois. Souvent, nous sommes pressé·es d’y être déjà.

Premier coup de cœur ?

Louison, à l’école primaire Planchat, rue Planchat.

30 mars 2026/par L'équipe de sceneweb
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