Antoine Defoort fait de la futurologie artisanale, connecte des idées pour voir ce que ça donne et fabrique des spectacles depuis 2005 en espérant atteindre un excellent ratio fun / interesting. Il apprécie particulièrement la compagnie des métaphores, avec lesquelles il entretient des relations qui ne sont pas sans rappeler celles de Blanche-Neige avec les animaux de la forêt, vous savez, quand elle va étendre son linge en sifflotant et que les petits oiseaux et les petits lapins lui portent joyeusement assistance. Il présente à La Maison des Métallos, à Paris, Sauvez vos projets (et peut-être le monde) avec la méthode itérative.
Avez-vous le trac lors des soirs de première ?
Oui, bon sang, terriblement. C’est très désagréable, ça fait partie des moments où je regrette de faire ce métier. Heureusement, c’est compensé par d’autres carrément plus chouettes.
Comment passez-vous votre journée avant un soir de première ?
C’est très variable en fonction des projets. En général, on change plein de trucs jusqu’à la dernière minute, et après on est extrêmement confus·es parce qu’on sait plus à quelle version on s’est arrêté·es.
Avez-vous des habitudes avant d’entrer en scène ? Des superstitions ?
Je suis assez superstitieux à l’encontre des superstitions – je pense que ça porte malheur d’en avoir –, donc je me fais un devoir de répondre « merci » quand on me dit « merde », et ensuite d’essayer de faire la meilleure représentation possible pour prouver que c’est probablement du flan. Sinon, on a établi une petite tradition amusante avec l’équipe d’Elles Vivent avant d’entrer en scène pour exorciser l’état vaguement nauséeux lié au trac, c’est de se raconter des histoires de vomi qui nous sont vraiment arrivées dans la vie. J’en ai une super, ça se passe dans un bus, mais je ne peux pas la raconter ici, notamment pour des raisons de bienséance, mais aussi parce que j’ai besoin de faire des bruitages.
Première fois où vous vous êtes dit « Je veux faire ce métier » ?
Je crois que c’était au Phénix, à Valenciennes, et je crois bien que c’était pendant un spectacle de Philippe Genty – on parle des années 1990, genre. Je me souviens de m’être dit « Bon sang, mais qu’est-ce qui se passe ? », d’avoir perçu une sorte de radiance cheloue émanant de la scène, et de m’être dit qu’il allait falloir investiguer davantage sur les conditions d’émergence de cette radiance cheloue.
Premier bide ?
C’était à Dunkerque, pendant mes études. Nous avions formé un collectif avec une bande d’ami·es, et, après une première tentative plutôt réussie, on avait essayé de faire un deuxième spectacle, mais on n’était tellement pas prêt·es le soir de la première que c’était, genre, catastrophique. Je me souviens qu’un critique local avait écrit qu’en dépit de bonnes idées, cette fois-ci, « l’impréparation avait fini par faire des dégâts ». Et malheureusement, c’est une leçon que je n’ai pas encore bien bien retenue.
Première ovation ?
La première de Germinal aux Subsistances, à Lyon, s’est vraiment bien passée, et c’était un tel soulagement parce que la générale publique, la veille, fut un bide retentissant. J’avais passé la nuit avec la cuisante sensation de l’échec. C’était raté, c’était pas bien, c’était naze, tout ça pour ça, etc. Il aura fallu couper 20 minutes, réorganiser les séquences et améliorer la pirouette de fin pour arriver à un truc qui se tenait vraiment mieux, le lendemain, pour la première. Quel soulagement, purée.
Premier fou rire ?
Dans Elles Vivent, à un moment, on s’assoit sur des cubes en plexiglas, et Alex n’avait pas vu qu’il avait mis le sien à l’envers, donc la face ouverte vers le haut. Et quand il s’est assis, il est, pour ainsi dire, rentré dedans. Le fou rire qui s’en est suivi était de ceux qu’on essaye de contrôler au début, qui s’échappe multiplié par 10, et finit par se communiquer au public. Et ma foi, c’était finalement un vrai bon moment de théâtre, je pense.
Premières larmes en tant que spectateur ?
Je m’en souviens plus. Pourtant, je suis un brayou, j’ai la larme facile.
Première mise à nu ?
Aux Beaux-Arts, je pense, pour mon premier sujet dont l’intitulé était « 1m2 ». Je me sentais tellement vulnérable et pas à ma place. En plus, je crois que ce que j’avais fait n’était vraiment pas terrible, mais, miraculeusement, le prof a décidé que c’était bien. Je crois qu’il avait employé les mots « indigence » et « élégance » dans une même phrase. Du coup, j’ai appelé mon premier spectacle indigence = élégance. Si ça s’était moins bien passé, je pense que j’aurais fait autre chose dans la vie.
Première fois sur scène avec une idole ?
Ça ne m’est pas trop arrivé parce que je fais des spectacles avec mes copains et mes copines. Cela dit, je les idolâtre pas mal.
Première interview ?
Comme il n’est décidément pas très intéressant de répondre « Zut alors ! Je me souviens plus », je vous propose d’évoquer la dernière. Ah, mais, attendez, c’est celle-ci. Dingue !
Premier coup de cœur ?
Même stratégie que pour la réponse précédente, mais j’en mets plusieurs parce que je n’aime pas choisir : Rage d’Emilienne Flagothier, Collaborator de Daniel Kitson, Encore plus, partout, tout le temps de L’Avantage du doute, Décris-Ravage d’Adeline Rosenstein, Hidden Paradise d’Alix Dufresne et Marc Béland, One Song de Miet Warlop, Lullaby for Scavengers de Kim Noble, Bande originale des Old Masters et De la sexualité des orchidées de Sofia Teillet.



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