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« Willy Protagoras » : Mouawad en boucle

Les critiques, Moyen, Paris, Théâtre
Willy Protagoras enfermé dans les toilettes de Wajdi Mouawad
Willy Protagoras enfermé dans les toilettes de Wajdi Mouawad

Photo Simon Gosselin

Ultime création de Wajdi Mouawad à la tête du Théâtre national de la Colline, et première pièce qu’il a achevée, à l’âge de 19 ans, il y a quarante ans, Willy Protagoras enfermé dans les toilettes boucle la boucle et, de manière inattendue, le mandat du metteur en scène. La prose échevelée, burlesque et pleine de liberté de ses débuts a cependant tendance à tourner en rond.

Quatre décennies après l’écriture de ce qui fut sa première pièce achevée, à l’âge de 19 ans, Wajdi Mouawad s’apprête à quitter la tête du Théâtre national de la Colline, qu’il dirige depuis 2016, et à retourner à la vie de troupe et d’auteur. Sa décision de monter pour ultime pièce en tant que directeur la première qu’il a écrite a évidemment une signification symbolique, plurielle. L’une est, arrivant à une certaine forme de maturité, de rendre hommage à la jeunesse, à cette jeunesse seule susceptible de renverser l’ordre établi et à cette jeunesse qu’il aura soutenue durant tout son passage à La Colline et dont, empiriquement, il nous semble qu’elle a souvent été séduite par ses propositions. Avec sa décision de s’enfermer dans les toilettes communes de son immeuble, et d’ainsi littéralement faire chier ses voisins, Willy Protagoras trouve en effet le moyen d’exprimer sa colère, son désir, un cri d’amour, son rejet d’un monde pourrissant et le sentiment de sa singularité, comme on a bien envie de le hurler à la face du corsetant monde des adultes quand on a 20 ans.

C’est aussi une aventure grand format comme le théâtre a de plus en plus de mal à s’en payer que Mouawad construit. Avec 19 interprètes, un musicien et un happening d’une association partenaire du théâtre – La Relève bariolée en ce soir de première – qui surgit en plein déménagement de Nelly Protagoras, le plateau vibre dans sa foultitude et tournoie dans le ballet d’une scénographie mobile figurant intérieur et extérieur de l’immeuble, toilettes côté recto et côté verso, tout comme dans le rythme tourbillonnant de son interprétation. Tous les personnages sont les voisins des familles Protagoras et Philisti-Ralestine, et d’un notaire qui s’impose pour régler leurs différends. Une mère ogresse, un fils dévoué, une fille dont est amoureux Willy et un père qui ne veut pas partir, la famille Philisti-Ralestine renvoie par son nom à l’épineuse question palestinienne, version accueil des réfugiés, qui a occupé le Liban des années 1980, plongé en pleine guerre civile ; la famille Protagoras, avec son nom de philosophe grec sophiste, voit, quant à elle, concomitamment sa fille Nelly, qui est si belle et qui joue si bien du piano, dixit les voisins, quitter les lieux, et son frère William s’enfermer, donc, dans les toilettes communes. Une désertion de la jeunesse face à un monde d’adultes racornis, envieux, névrosés que la première scène à la Hanokh Levin fait apparaître à leurs fenêtres, costumes et maquillages burlesques qu’ils ne quitteront pas, commentant le temps et la vie de l’immeuble dans un mélange de commérages et d’insultes qu’ils s’envoient à la figure les uns les autres.

Dans ce spectacle, tout le monde est en colère, ou au moins désespéré. Aujourd’hui, cette image résonne particulièrement dans un monde où le chaos se dessine de plus en plus comme l’unique perspective et où la violence circule, du moindre commentaire anonyme de tweet aux discours les plus officiels du plus haut dirigeant de l’encore plus puissant pays du monde. Écho lointain d’une société libanaise morcelée et déchirée par la guerre civile, l’immeuble des Protagoras reste, transformé, une métaphore politique parlante. Inutile cependant de la filer plus que ça, car l’impétuosité de la jeunesse ne cherche pas à construire un discours géopolitique ou psychologisant. C’est à la fois le mérite et une limite du spectacle. Elle cherche avant tout à faire entendre les espoirs et les désirs d’un âge dont l’énergie s’avère aussi vigoureuse que celle des travers des plus vieux. Le plateau, ainsi envahi de cette force éruptive, ne cesse de crier et, à force de survoltage, mélange, égalise, uniformise la diversité échevelée des revendications individuelles.

De ce Willy Protagoras enfermé aux toilettes, on sort donc un peu rincé. Du feu d’artifice attendu d’un ultime dispositif pléthorique et nourri d’une parole libre et fougueuse, avec ses excès et défauts d’avance pardonnés par la jeunesse de leur auteur, résulte un spectacle qui manque de ruptures et gêne ainsi le déploiement des émotions – du rire ou de la compassion. Figure double du dramaturge – il est artiste peintre –, Willy Protagoras met au défi toute la communauté par son entreprise grotesque et la langue de Mouawad se fait, à l’unisson de son héros, burlesque et parfois grossière, scatologique. Ça part dans tous les sens. Une humanité désinhibée s’y déploie, bonne et mauvaise à la fois. S’il ne l’avait confirmé depuis, on dirait simplement que de ce texte émanent également beaucoup d’audace et les promesses d’un brillant avenir.

Eric Demey – www.sceneweb.fr

Willy Protagoras enfermé dans les toilettes
Texte et mise en scène Wajdi Mouawad
Avec Lionel Abelanski, Éric Bernier, Pierre-Yves Chapalain, Gilles David de la Comédie-Française, Lucie Digout, Marceau Ebersolt, Jade Fortineau, Delphine Gilquin, Julie Julien, Nelly Lawson, Micha Lescot, Mireille Naggar, Johanna Nizard ;
la 4e promotion de la Jeune troupe de La Colline : Milena Arvois, Tristan Glasel, Swann Nymphar, Gabor Pinter, Tim Rousseau, Lola Sorel ; le musicien M’hamed El Menjra ; et l’aimable participation en alternance des associations L’Amicale du Bouffadou, Belleville citoyenne, Club House Paris, Jeunesse et Éducation (AJE-Paris), La Lucarne d’Ariane, Plus Loin, la Relève bariolée, Scarabée, Diplômes d’Université Passerelle FLAVIC et PEPS, les Jeunes reporters de La Colline et les groupes d’entraide mutuelle Art’ame Gallery et La Maison de la vague
Assistanat à la mise en scène Valérie Nègre
Dramaturgie Charlotte Farcet
Scénographie Emmanuel Clolus
Lumières Éric Champoux
Composition musicale Pascal Sangla
Son Sylvère Caton, Michel Maurer
Costumes Emmanuelle Thomas, assistée d’Anne-Emmanuelle Pradier
Maquillages et coiffures Cécile Kretschmar, assistée de Mélodie Ras
Suivi de texte Dena Pougnaud
Fabrication des masques Jean Ritz
Fabrication des accessoires et décor ateliers de La Colline
Régie générale Anton Feuillette
Régie son Aurélien Hamon, Kévin Cazuguel
Technicien son HF Alexandre Sares, Yasmine Bouchenak
Régie lumières Gilles Thomain, Jean-Philippe Viguié
Technicien lumières Olivier Mage
Régisseur principal machinerie Antoine Hordé
Machiniste-cintrier Alexis Flamme
Machiniste Martin Bellanger
Habilleuses Lucie Bernier, Noémie Reymond
Accessoiristes Griet De Vis, Philippa Butler
Maquilleuses coiffeuses Laure Barre, Mélodie Ras, Caroline Sant

Production La Colline – théâtre national

La première version du texte a été publiée en 2005 aux éditions Leméac / Actes Sud-Papiers.

Durée : 2h45

La Colline – théâtre national
du 21 janvier au 8 mars 2026

23 janvier 2026/par Eric Demey
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