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Avec Rabelais, Malte Schwind résiste par la joie

A voir, Aix en provence, Bagnolet, Les critiques, Théâtre
Malte Schwind crée Rien plus qu'un peu de moelle d'après Rabelais
Malte Schwind crée Rien plus qu'un peu de moelle d'après Rabelais

Photo Compagnie En Devenir 2

Avec Rien plus qu’un peu de moelle, Malte Schwind et sa compagnie En Devenir 2 se plongent avec une gourmandise et une joie communicatives dans la langue de Rabelais. Autour du géant Pantagruel, ils forment un singulier collectif pour qui le politique émane du poétique.

Rares sont les artistes sur nos scènes actuelles à revenir à des états de la langue française très éloignés de celle qui s’écrit et se parle aujourd’hui. Parmi les tentatives existantes, Rabelais tient une bonne place et cela bien avant que son œuvre gigantesque – quatre livres de mille pages lui sont attribués avec certitude, un cinquième avec davantage de doutes – fasse récemment l’objet d’amples démarches de publication : en 2017, avec une édition bilingue des livres de Pantagruel (Gallimard, « Quarto »), et, en 2022, avec Tout Rabelais (Bouquins Éditions) où les livres d’aventures sont accompagnés d’œuvres diverses – lettres, poèmes, dédicaces ou préfaces, almanachs et Sciomachie –, qui met lui aussi face à face les textes en français moyen et leur translation en français moderne. Les apparitions de Rabelais sur la scène théâtrale sont souvent associées à des moments de crise, qu’elles soient intimes ou sociales, parfois les deux. Par exemple, c’est après avoir été évincé de l’Odéon par Malraux en 1968 que Jean-Louis Barrault s’empare de l’œuvre du célèbre écrivain de la Renaissance : interprété par une trentaine de comédiens, ce spectacle qui se joue alors dans l’ancienne salle de catch qu’est l’Élysée Montmartre trouve certainement un écho dans le mouvement soixante-huitard. Car avec les péripéties de ses géants Pantagruel et Gargantua, c’est entre autres choses une quête de liberté que mène l’auteur en déployant un univers où le corps prend ses aises de toutes les manières possibles, dans un débordement qui loin de pétrifier la pensée la propulse aux hauteurs que requiert l’humanisme. Avec Rien plus qu’un peu de moelle, Malte Schwind s’inscrit avec talent dans cette filiation rabelaisienne.

Pour ce metteur en scène et fondateur en 2017 de la compagnie En Devenir 2, s’engager dans une adaptation de l’œuvre de Rabelais en français moyen n’est pas une façon de se détourner du présent. Comme le pratique depuis ses débuts cet artiste encore peu connu au sein des réseaux des Scènes nationales et des Centres dramatiques nationaux, mais bien implanté dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur où sa compagnie est en cours de conventionnement, le théâtre est dans Rien plus qu’un peu de moelle un espace où la poétique, qui est centrale, est chose avant tout relationnelle. La recherche d’un lien fort et singulier avec le spectateur qui anime Malte Schwind, également à l’origine de l’aventure de La Déviation, lieu de vie et de création à L’Estaque, s’impose d’emblée à nous avec une simplicité désarmante. Et des armes, il y en a à foison dans l’introduction de la pièce, qui ne commence pas par Pantagruel, mais par un passage du Tiers Livre écrit quelques années plus tard par Rabelais pour ajouter de nouveaux épisodes à la vie de son géant et de ses compagnons. C’est en effet par les mots inaugurant ce livre que s’ouvre la pièce : « Bonnes gens, Beuveurs tresillustres, et vous Goutteux tresprescieux ». Prononcés en plein siège de Corinthe par le philosophe Diogène, qui, alors que chaque citoyen participe à la guerre, entreprend de rouler son tonneau, ces mots d’apparence banale disent beaucoup de la fine compréhension de l’œuvre rabelaisienne par l’équipe. L’hospitalité qu’elle affirme est celle que propose le roman, moderne pour cette ouverture à l’interprétation du lecteur.

Commencer par la description d’une scène de guerre est aussi sans nul doute pour les artistes une manière d’exposer la proximité qui les a frappés entre le contexte dans lequel Rabelais compose son œuvre et notre époque. Le chaos d’hier, avec la Réforme et les guerres multiples dans lesquelles François Ier jette la France, évoque celui d’aujourd’hui. En témoigne la photo des dirigeants de notre monde, Trump au centre, que Sarah Cosset accroche sur un panneau de bois après y avoir fixé du Jérôme Bosch et autres œuvres et documents du passé. Cela tandis qu’Éloïse Guérineau et Mayeul Victor-Pujebet prennent en charge la narration, avec une maîtrise impressionnante de la si complexe langue inventée par Rabelais qui ouvre ainsi le champ de la prose littéraire. Grâce à un subtile compromis entre langage de signes et chorégraphie auquel ils auront régulièrement recours afin d’incorporer le verbe de Pantagruel et autres opus ultérieurs – essentiellement le Quart Livre –, les interprètes établissent une relation intime et ludique avec le français tel que brassé, tel que bousculé par François Rabelais. La grande réussite de l’équipe tient essentiellement à ce jeu aux formes mouvantes, à la fragilité qui leur donne l’air de s’inventer au fil de la représentation. L’arrivée dans ce théâtre du geste et du verbe enlacés de Pantagruel, en la personne du comédien Julien Geffroy, constitue l’une des multiples ruptures et discontinuités dont est faite la pièce. Prenant lui-même en charge le récit fameux de sa naissance, qui provoque la mort de sa mère Badebec, fille du roi des Amaurotes, de son enfance vorace en nourriture autant qu’en connaissances et de bon nombre de ses aventures, le géant du spectacle donne volontiers à voir ses failles et celles du théâtre. Incapable par nature d’abriter ne saurait-ce qu’une illusion convaincante de géant, la scène est ici le lieu d’un foisonnant bricolage dont l’une des grandes qualités est de se présenter comme tel et de s’amuser sans cesse de ses propres artifices.

L’aventure pantagruélique est donc ici grande d’être petite. Elle se fonde sur un paradoxe fondé sur l’activation de la langue, qui est, dans la première partie du spectacle de 3h30, la colonne vertébrale de la représentation. Les scènes de rencontres avec des protagonistes aux langages étranges, comme l’étudiant parisien baragouinant un faux latin, ou encore Panurge (formidable Julie Cardile), dont la première apparition dans le récit est celle d’un polyglotte assez fou, sont particulièrement délicieuses. On y sent avec force toute l’énergie que puisent les comédiens au contact d’une écriture qui ne s’installe jamais dans aucune forme. Ce mouvement perpétuel pousse aussi le public à une activité intense, mais jamais pesante. Grâce à leur maîtrise parfaite du Rabelaisien, les cinq interprètes nous rendent cette langue si proche – ce qui ne veut pas dire qu’elle nous est pleinement compréhensible, mais que même ce qui nous échappe nous touche et nous interroge – que l’on a presque la sensation de la malaxer nous-même. La cohabitation de motifs fameux de l’œuvre, avec d’autres qui sont davantage méconnus, forme un tout largement hétérogène, mais presque toujours joyeux, et donc en résistance contre le chaos ambiant. En Devenir 2 atteint donc son objectif. Il lui aura fallu pour cela pas moins de deux ans de fréquentation assidue du verbe de Rabelais, cela après avoir travaillé sur Les Métamorphoses d’Ovide et avant encore sur Artaud, Hölderlin et Robert Walser. Si l’on peut regretter que la brève deuxième partie du spectacle soit plus illustrative, et donc moins focalisée que la première sur la langue, Rien plus qu’un peu de moelle est un événement des plus enthousiasmants, en particulier au Théâtre de l’Echangeur menacé de fermeture du fait de sévères coupes budgétaires. En ces temps contrariés, Malte Schwind et sa belle équipée défendent la longue fréquentation des poètes comme un apaisement et une résistance possible.

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

Rien plus qu’un peu de moelle
D’après l’œuvre de François Rabelais
Mise en scène Malte Schwind
Avec Julie Cardile, Sarah Cosset, Julien Geffroy, Éloïse Guérineau, Mayeul Victor-Pujebet

Adaptation Malte Schwind, Émilie Hériteau
Assistanat et dramaturgie Émilie Hériteau
Scénographie Margaux Nessi
Costumes Axelle Terrier
Lumières Anne-Sophie Mage
Son Josef Amerveil
Régie générale Victoire Sébrier
Stagiaires Louise Bonnemaille, Juliette Galan-Nguyen, Myriam Del Puerto

Production En Devenir 2
Coréalisation et résidence de création Théâtre L’Échangeur – Cie Public Chéri
Co-production, accueils en résidence, soutiens et diffusion Les Salins – scène nationale de Martigues, Pôle Arts de la Scène de la Friche de la Belle de Mai (Marseille), La Criée, Théâtre National de Marseille, Théâtre Durance – scène nationale (Château-Arnoux-Saint-Auban), Théâtre Bois de l’Aune (Aix-en-Provence), La Commune – CDN d’Aubervilliers, La Fonderie (Le Mans), Le CUBE – Studio Théâtre de Hérisson, Théâtre L’Échangeur (Bagnolet), Théâtre Antoine Vitez (Aix-en-Provence)
Avec le soutien de la Ville de Marseille, du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhone, de la Région SUD, de la DRAC-PACA et du Fonds de coproduction DGCA

Durée : 3h30 (entracte compris)

L’Échangeur, Bagnolet
du 14 au 24 janvier 2026

Théâtre Antoine Vitez, Aix-en-Provence
le 28 janvier

Théâtre des Salins, Scène nationale de Martigues
le 31 janvier

Tournée dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur
à l’automne 2026

17 janvier 2026/par Anaïs Heluin
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