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« Ressac », la tragédie migratoire de Gabriel Gozlan-Hagendorf

À la une, Nanterre, Théâtre
Gabriel Gozlan-Hagendorf crée Ressac au Théâtre Nanterre-Amandiers
Gabriel Gozlan-Hagendorf crée Ressac au Théâtre Nanterre-Amandiers

Photo Géraldine Aresteanu

Avec l’aide de son co-metteur en scène Pierre-Thomas Jourdan, l’auteur et comédien Gabriel Gozlan-Hagendorf utilise, non sans une certaine forme d’audace, le canevas de la tragédie classique pour traduire le drame ultra-contemporain des personnes exilées.

En ces temps toujours plus compliqués pour l’ensemble des acteurs du secteur culturel, et a fortiori théâtral, une telle initiative ne peut qu’être saluée, et suivie de près dans l’espoir d’y remarquer quelques nouvelles têtes. Sous l’impulsion de son directeur Christophe Rauck, le Théâtre Nanterre-Amandiers profite de la réouverture de ses portes après plusieurs années de travaux pour confier le plateau de sa petite salle flambant neuve à plusieurs compagnies émergentes au long d’un temps fort en soutien à la jeune création intitulé « L’Envolée ». Durant les cinq premiers mois de l’année 2026, quatre premières créations seront ainsi présentées sous la houlette de Pierre-Thomas Jourdan et Gabriel Gozlan-Hagendorf (Ressac), Antoine Heuillet (Mais où est donc passée Madeleine Tornade ?), Louis Albertosi (Veiller sur le sommeil des villes) et Myrthe Vermeulen (Une autre vie), toutes et tous anciennes et anciens de l’École du Théâtre du Nord – dirigé entre janvier 2014 et décembre 2020 par Christophe Rauck – ou de La Belle Troupe des Amandiers, mais aussi deux reprises : Random Access Memories d’Emmanuelle Destremau, mis en scène par Mégane Arnaud, et Sans faire de bruit de Louve Reiniche-Larroche et Tal Reuveny, qui avait remporté le prix du Jury du festival Impatience en 2024. Autant de prises de risques en matière de programmation et de belles promesses d’un point de vue strictement artistique et dramatique qui traduisent la juste et louable volonté du CDN nanterrois de « favoriser la rencontre entre artistes émergents, publics et professionnels du spectacle vivant ».

Et il revenait donc à Pierre-Thomas Jourdan et Gabriel Gozlan-Hagendorf d’ouvrir le bal de ce nouveau rendez-vous – et d’essuyer les plâtres de la petite salle des Amandiers. Passé par La Belle Troupe de 2021 à 2024, ce dernier avait profité des « Croquis de Voyage » organisés en octobre 2022 pour partir trois semaines à Calais. Au cours de ce court séjour, le jeune artiste s’était engagé aux côtés des bénévoles de l’association humanitaire Utopia 56 afin de venir en aide aux personnes exilées qui, pour l’immense majorité d’entre elles, veulent traverser la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni. De cette expérience qu’on imagine fondamentalement marquante, Gabriel Gozlan-Hagendorf a ramené un substrat documenté bien réel sur lequel il s’est appuyé pour tricoter une fiction. Sur la plage calaisienne, reproduite sur le plateau grâce à un immense tapis composé de plaques de mousse blanche, se rencontrent alors Camille, jeune bénévole et double de l’auteur, et Amna, une exilée qui veut à tout prix poursuivre son parcours en Grande-Bretagne. Entre eux, tout espoir de douceur semble avoir vécu, et si le jeune homme, qui a pris conscience du drame qui se joue à quelques centaines de kilomètres de Paris où il vivait de façon insouciante jusqu’ici, tente de dissuader Amna de sauter dans une embarcation de fortune de peur que celle-ci ne chavire, la jeune femme affiche sa détermination, marquée au fer rouge par un sacerdoce migratoire qui, à mots couverts, apparaît particulièrement lourd et violent. Une violence qui se trouve redoublée par l’irruption d’un agent de police aussi raide et inflexible que l’État froid qu’il représente. Moralement heurté par le jet d’un briquet au sol – parce qu’il peut, selon lui, « toujours exploser » –, l’homme s’en sert comme prétexte pour menacer Camille et surtout harceler Amna, dont il réclame le départ.

Tandis que, eu égard à sa genèse, Ressac aurait pu emprunter les voies du théâtre documentaire ultra-contemporain, Gabriel Gozlan-Hagendorf l’enrobe plutôt dans un style proche de la tragédie classique, voire antique. Davantage que des personnages dotés d’une psychologie que le théâtre aurait à passer au grill, Camille, Amna et le policier qui leur fait face apparaissent alors comme des figures, comme les représentants d’une catégorie – celle des aidants pour Camille, celles des exilés pour Amna et celle des agents de l’État répressif pour le policier –, que l’on devine nourris par les choses vues, entendues, vécues et ressenties par Gabriel Gozlan-Hagendorf lors de son séjour calaisien. Y compris dans le choix d’une langue  aux accents parfois teintés d’une forme de lyrisme, aussi percussive que complexe à manoeuvrer, l’auteur et metteur en scène assume la théâtralité de son geste d’écriture qui, s’il part du réel, ne s’en contente pas, et tente, à la manière de l’Antigone de Sophocle, de le relier à des enjeux fondamentaux qui, en même temps qu’ils le transpercent et l’animent, apparaissent plus grand que lui. Une volonté de théâtralisation que le jeune artiste prolonge, avec l’appui de son co-metteur en scène Pierre-Thomas Jourdan, dans son approche du plateau, fondée sur une forme de raideur calculée que les chefs-d’oeuvre raciniens ne renieraient pas. Dès lors, Flora Chéreau en Amna forte et déterminée, Axel Godard en policier plus raide que la Justice et l’auteur et metteur en scène lui-même, sans doute plus fragile dans la peau de son double, s’imposent comme des figures violemment et irrémédiablement solitaires, engluées dans des maux et des visions antagonistes qui les matricent autant qu’ils les dépassent, incapables de communiquer et d’entrer dans une quelconque forme de contact humain à cause du drame qui se joue.

Soutenu par la (trop) discrète création sonore de Guillaume Bachelé, par les lumières tout en clair-obscur de Coralie Pacreau et par la profondeur de jeu du trio qui l’anime, Ressac peut, malgré tout, apparaître comme la version préfiguratrice d’un futur spectacle qui oserait voir plus grand. Car des références trop allusives – pour éviter, sans doute, des parallèles trop abusifs – à l’Holocauste – la kippa jetée à terre, la personne exilée que le policier gaze pour la faire disparaître… – aux figures qui peinent parfois à dépasser le simple stade de ce que tout observateur un tantinet éclairé est en droit d’attendre au sujet de la « tragédie migratoire », dont il empoigne littéralement le concept, le texte de Gabriel Gozlan-Hagendorf mériterait d’être creusé et approfondi pour dépasser les attendus – et flirter avec le niveau d’acuité des leçons dispensées au Collège de France par François Héran dans le cadre de sa chaire « Migrations et sociétés » ou par Didier Fassin à l’occasion de son cours « Les épreuves de la frontière ». En cultivant l’art de la finesse dans sa dramaturgie et en osant prendre plus d’ampleur pour se payer le luxe de nuances toujours fécondes, ce premier spectacle pourrait aller bien au-delà de ce qu’il produit déjà : construire des ponts entre présent et passé, imbriquer l’intime et le politique, dépasser encore davantage les clichés du policier raciste, de l’exilée martyrisée et du bénévole ravi de la crèche, et s’imposer alors comme l’anti Passeport, où, à force d’angélisme, Alexis Michalik avait gommé, voire falsifié, l’extrême dureté du quotidien des exilés.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Ressac
Texte Gabriel Gozlan-Hagendorf
Mise en scène Pierre-Thomas Jourdan, Gabriel Gozlan-Hagendorf
Avec Flora Chéreau, Axel Godard, Gabriel Gozlan-Hagendorf
Dramaturgie Pierre-Thomas Jourdan
Création sonore Guillaume Bachelé
Création lumière Coralie Pacreau

Production Le Cercle des Amandiers
En partenariat avec le Théâtre Nanterre-Amandiers – CDN
Avec la participation des entreprises mécènes et fondations VusionGroup et la Fondation de France
Avec le soutien du Théâtre du Rond-Point

Durée : 50 minutes

Théâtre Nanterre-Amandiers – CDN
du 7 au 17 janvier 2026

9 janvier 2026/par Vincent Bouquet
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