Sceneweb
  • À la une
  • Actu
  • Critiques
    • Coup de coeur
    • A voir
    • Moyen
    • Décevant
  • Interviews
  • Portraits
  • Disciplines
    • Théâtre
    • Danse
    • Opéra
    • Cirque
    • Jeune public
    • Théâtre musical
    • Marionnettes
    • Arts de la rue
    • Humour
  • Festivals
    • Tous les festivals
    • Festival d’Avignon
    • Notre Best OFF
  • Cliquez pour ouvrir le champ de recherche Cliquez pour ouvrir le champ de recherche Rechercher
  • Menu Menu

« Timber », la forêt bien tempérée de Still Life

A voir, Les critiques, Lyon, Périgueux, Théâtre
Timber de Still Life
Timber de Still Life

Photo Alice Piemme / AML

Pilotée par Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola, la compagnie belge Still Life est de retour en France avec sa dernière création sans paroles qui, à travers un dispositif scénique saisissant, croque autant qu’elle se désespère du rapport hommes-nature.

Parmi ces artistes qui – signe d’un temps où, intelligence artificielle n’aidant pas, le langage est de moins en moins signifiant et les images sont reines – pratiquent un théâtre sans paroles et ont, ces derniers jours, de Mario Banushi à Peeping Tom, essaimé, par un hasard du calendrier, sur les scènes franciliennes, Still Life occupe une place de choix. Il y a quatre ans, la compagnie belge emmenée par Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola s’était frayé un chemin jusqu’au Festival d’Avignon où elle avait présenté Flesh, sa dernière création en date. Dans une époque encore marquée par la déflagration causée par la Covid-19, les deux complices avaient imaginé une tentative de reconnexion de l’humanité à elle-même, par l’intermédiaire de cette chair qui, confinement et gestes barrière obligent, avait été jugée menaçante, puis occultée, avant d’être oubliée, jusqu’à manquer à celles et ceux qui avaient été privés de tout contact physique pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Culotté dans son maniement de l’humour noir autant que dans sa façon de croquer nos insuffisances et autres maux contemporains, de la chirurgie esthétique à la bataille entre monde numérique et monde réel, en passant par la question du corps après la mort, ce spectacle se scindait en quatre temps, comme autant de micro-histoires servies par un cadre scénique dont l’ultra-précision permettait à l’ensemble de baigner dans une atmosphère hyper-réaliste.

Ces deux leviers, dramaturgique et scénographique, Still Life les active une nouvelle fois dans Timber où l’humanité est, à nouveau, scrutée, moins dans son intériorité que dans ses rapports avec son environnement, avec cette nature, matérialisée par une forêt, que, par ses actions et ses inactions, elle consume, littéralement, à petit feu. Pourtant, dans le premier micro-récit imaginé par Sophie Linsmaux, Aurelio Mergola et Thomas van Zuylen, l’entente et la sollicitude envers le monde animal semblent a priori de rigueur. Dans cette jungle où la création sonore subtile – elle le sera de bout en bout – de Maxime Pichon diffuse d’entêtants bruissements et cris d’animaux, trois scientifiques, à la manière de la célèbre primatologue Jane Goodall, veulent relâcher un orang-outan, mais le singe ne l’entend pas franchement de cette oreille, et préfère le confort de sa cage à l’inconnu d’une liberté retrouvée – si tant est qu’il l’ait déjà expérimentée. Au lieu de renoncer, d’entendre les craintes et de comprendre les peurs de leur lointain cousin, les trois individus vont alors tout faire pour l’appâter – avec des morceaux de fruit et… une banane – et, finalement, le berner, avant de prendre la fuite une fois l’animal dupé, sans demander leur reste. Pétri, au départ, de bonnes intentions, mais terrible, en définitive, dans son exécution, ce premier mouvement, qui n’est pas exempt de symboles, dont celui de l’orang-outan qui fait partie des singes les plus menacés en raison de la déforestation, pose les bases du système relationnel entre les hommes et la nature que Still Life entend dénoncer, celui d’un lien foncièrement dégradé, fondé, au mieux, sur du désintérêt destructeur et, au pire, sur de l’instrumentalisation dominatrice.

Car du stage de reconnexion avec la nature organisée au pied du seul arbre encore existant – quoi qu’assez largement moribond – à l’attention de trois sangsues humaines venues exorciser leurs addictions – aux médicaments, au numérique, à la malbouffe, à la drogue, aux fausses apparences, à l’amour… –, encouragées et stimulées par la société de consommation, à l’enterrement d’un petit chien exécuté par la fille sans coeur de sa maîtresse subclaquante et essorée par le chagrin, en passant par l’insupportable duo d’influenceurs qui, pendant qu’un incendie ravage la forêt autour d’eux et fait (littéralement) pleuvoir des oiseaux, jouent à s’aimer en singeant tous les codes du (faux) romantisme contemporain, c’est bien l’humain qui, à chaque fois, dans un élan aveugle à force d’être narcissique, se place au-dessus de la mêlée, quand bien même celle-ci serait devenue un champ de ruines. Et c’est là, à cet endroit de jonction précise entre les actions des micro-récits et leur cadre scénique, qui, parti jungle luxuriante, se dégrade chaque fois un peu plus pour atteindre le stade de pauvre monticule pollué, que la création de Still Life peut faire mouche. Dans la façon qu’elle a de montrer, sur un mode cousin du film Don’t Look Up, que l’humanité est à tel point centrée sur elle-même, et obsédée par son mal-être narcissique, qu’elle ne cherche même plus à tenter de sauver la nature, ou à faire semblant de, mais souhaite simplement tantôt être exonérée de toute responsabilité morale pour avoir la conscience tranquille, tantôt ne pas être confrontée aux conséquences de ses actes, et tantôt encore ne plus avoir à se préoccuper que de ses égoïstes turpitudes, à l’image du décès de ce chien pleuré à chaudes larmes alors que, tout autour, la désolation manifeste ne provoque aucune réaction – mise à part celle de la nature elle-même.

Pour activer cet attelage aussi cruel que lucide, Still Life peut compter sur la maestria scénographique déployée par Aurélie Deloche, Nicolas Olivier et Noémie Vanheste, et sur le jeu particulièrement précis de Muriel Legrand, Sophie Leso, Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola. Face à cette réussite esthétique, on peut alors simplement regretter que les micro-récits, pris isolément, ne soient pas toujours suffisamment à la hauteur du geste dramaturgique global, qu’ils peinent parfois, et malgré leur sens du détail, à se déployer pleinement pour gagner en profondeur, en férocité et donc en (im)pertinence. D’aucuns, et nous en sommes, pourront y voir un symbole, celui d’un théâtre politique écologiste qui, à force d’hurler « timber » – à la manière des bûcherons qui alertent lorsqu’un arbre tombe – pour mettre en garde ses contemporains sur les grands périls qui les menacent, s’est limé les crocs, avant de s’épuiser presque totalement ; d’un théâtre politique écologiste qui, aujourd’hui, change de braquet et prend, au moins partiellement, le parti d’adopter un regard sévère et désabusé sur la situation dramatique d’incurie que nous vivons ; d’un théâtre politique écologiste qui, en paraissant lui-même entonner le petit refrain du « foutu pour foutu » et en regardant les hommes creuser leur propre tombe, ou se prendre un arbre sur le coin du nez, tout en se moquant d’eux, cherche, en réalité, de nouvelles armes, de nouveaux vecteurs, de nouvelles images, pour provoquer un sursaut. Si elle est fragile et, sans doute, largement vaine, l’intention n’en est pas moins louable.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

Timber
Conception et mise en scène Sophie Linsmaux, Aurelio Mergola
Avec Muriel Legrand, Sophie Leso, Sophie Linsmaux, Aurelio Mergola
Assistanat général Sophie Jallet
Scénographie Aurélie Deloche, Nicolas Olivier, Noémie Vanheste
Accessoires Noémie Vanheste
Costumes Camille Collin, Cinzia Derom
Mise en espace et en mouvement Sophie Leso
Scénario Sophie Linsmaux, Aurelio Mergola, Thomas van Zuylen
Création sonore Maxime Pichon
Création lumières Guillaume Toussaint-Fromentin
Prothèses, masques et objets manipulés Joachim Jannin, Jean-Raymond Brassine, Juliette Tracewski
Régie générale Nicolas Olivier Régie
Régie plateau Charlotte Persoons, en alternance avec Ondine Delaunois

Régie son Hubert Monroy
Régie lumière Margaux Fontaine
Constructions Rudi Bovy, Charlotte Persoons, Manon Vanheste, Noémie Vanheste
Maquillage et coiffures Gaëtan d’Agostino

Production Compagnie Still Life
Coproduction Théâtre Les Tanneurs, Centre Culturel de Huy, Les Célestins – Théâtre de Lyon, la COOP asbl, Shelter Prod
Production déléguée Théâtre Les Tanneurs
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles – Service du Théâtre

La compagnie Still Life est artiste associée au Théâtre Les Tanneurs.

Durée : 1h20

Vu en avril 2026 au Théâtre Victor Hugo, Bagneux, dans le cadre du festival Avis de Temps Fort

Les Célestins, Théâtre de Lyon, avec le Théâtre de la Croix-Rousse
du 19 au 23 mai

Festival Mimos, Périgueux
le 1er juillet

14 avril 2026/par Vincent Bouquet
Partager cette publication
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur X
  • Partager sur WhatsApp
  • Partager sur LinkedIn
  • Partager par Mail
  • Lien vers Instagram
Vous aimerez peut-être aussi
Flesh de Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola au Festival d'Avignon 2022 Flesh, la chair triste
Muriel Legrand et Léonard Berthet-Rivière dans Le mystère du gant
0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N’hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Dans le moteur de recherche, plus de 22 000 spectacles référencés

Search Search
© Sceneweb | Limbus Studio – création et maintenance de site WordPress
  • L’actualité du spectacle vivant
  • Qui sommes-nous ?
  • Newsletter
  • Politique de confidentialité
  • Signaler un abus
  • Contact
  • Politique de cookies (UE)
Faire défiler vers le haut Faire défiler vers le haut Faire défiler vers le haut