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Olivia Corsini se promène chez Carver

Les critiques, Lyon, Moyen, Paris, Théâtre
Olivia Corsini met en scène Toutes les petites choses que j'ai pu voir d'après Raymond Carver
Olivia Corsini met en scène Toutes les petites choses que j'ai pu voir d'après Raymond Carver

Photo Christophe Hagneré

Avec Toutes les petites choses que j’ai pu voir, la comédienne et metteuse en scène Olivia Corsini propose une traversée de l’œuvre de Raymond Carver, mais son spectacle reste à la lisière de la profondeur des nouvelles de l’Américain.

Pour les artistes de théâtre comme de cinéma, l’univers de Raymond Carver (1938-1988) est aussi attirant, voire aguicheur, de prime abord qu’il se révèle à l’épreuve compliqué d’accès. Le style épuré, la retenue de l’Américain considéré comme un maître de la nouvelle fait en effet de l’exercice de la transposition dans un autre medium une gageure à laquelle peu parviennent à donner une forme convaincante. Le film Short Cuts (1993) de Robert Altman, sorti en France sous le titre Neuf histoires et un poème, permet de mesurer les questions et difficultés qui se posent à l’adaptateur. Consacré à sa sortie par le Lion d’or à la Mostra de Venise, ce long métrage qui contribua largement à faire connaître l’écriture de Carver hors des frontières américaines entremêle différentes nouvelles – souvent très transformées – sous une forme chorale qui donne consistance à une société au détriment des histoires individuelles, des solitudes que dépeint chaque texte. L’ancrage du film dans les années 1970 nous met de plus à distance de ses personnages englués, comme le sont tous ceux de Carver, dans des quotidiens mornes qu’ils pimentent d’alcool, de tromperies et autres trompe-l’ennui plus ou moins inventifs. Au théâtre ces dernières années, rares furent les tentatives à avoir su nous rapprocher du monde désenchanté, mais non sans humour de Carver.

Des mises en scène de l’auteur américain que nous avons pu découvrir, celle de Sylvain Maurice avec Short stories (2021) est la plus concluante : en rassemblant plusieurs nouvelles sous la forme d’un cabaret minimaliste, il parvenait à faire vivre l’espace qui sépare les histoires autant que les silences qui habitent chacune, sans renoncer à l’étrange séduction qui émane du paysage fragmenté de Carver. Plus récemment, Armel Roussel proposait avec Soleil un parcours immersif et déambulatoire composé au total de douze nouvelles, dont six visibles en une soirée. Le résultat ne fut hélas pas à la hauteur de l’ambition, qui dit beaucoup de la complexité d’approche d’une écriture qui ne se laisse pas aisément cerner ni définir. Avec Toutes les petites choses que j’ai pu voir, la comédienne et metteuse en scène Olivia Corsini rejoint la constellation des artistes qui voient dans les existences ordinaires de Carver un appel à la chair et au souffle des comédiens. Après un premier spectacle sur Ingmar Bergman, A Bergman Affair, dont elle signait la mise en scène avec son complice Serge Nicolaï, co-fondateur de sa compagnie The Wild Donkeys – il est ici collaborateur artistique, avec Leïla Adham –, elle peine à se frayer un chemin jusqu’au cœur triste, mais toujours finement rieur du nouvelliste américain.

Plutôt que de nous faire entrer d’emblée parmi les paumés qui peuplent les recueils de Carver, Olivia Corsini choisit de nous faire entendre en voix off les mots de ce dernier, issus d’un entretien. Surtitrées en français, les phrases qui s’égrènent sur un plateau encore plongé dans l’obscurité auraient presque pu être celles de l’un des personnages qui seront ensuite incarnés par la metteuse en scène elle-même, Erwan Daouphars, Fanny Decoust, Arno Feffer, Nathalie Gautier et Tom Menanteau. La précarité que Carver dit avoir longtemps vécue avec sa famille, et sa détermination à continuer malgré tout, c’est-à-dire à écrire tout en enchaînant les petits boulots et en buvant beaucoup, nous met sur la piste d’une réflexion sur la porosité entre vie et œuvre littéraire. Mais l’auteur disparaît pour laisser place à l’entrée en scène, sous les feux allumés d’une voiture garée sur le plateau, de Tom Menanteau, que l’on voit simuler un shoot d’héroïne, depuis sa préparation jusqu’à l’injection. L’homme Carver ne reviendra pas et, si l’on peut d’abord voir dans les gestes précis que réalise le comédien sans dire un mot la poursuite sous un autre mode du réalisme initial, la danse type derviche tourneur que déclenche la drogue nous mène vers un onirisme et un déploiement d’énergie comme il en existe peu dans l’œuvre de Carver, où les paradis artificiels font tellement partie du réel qu’ils n’occasionnent guère de changements.

Cette hésitation entre différents registres de jeu et divers types de théâtralité se prolonge tout au long de la pièce, qui témoigne de la fascination d’Olivia Corsini pour l’univers de Carver, mais aussi de sa peine à extérioriser celle-ci, à en tirer un ou plusieurs fils pour en faire un objet cohérent et partageable. Le choix des six nouvelles – plus une poésie – repose davantage sur des impératifs de scénographie que sur la logique d’un parcours que la metteuse en scène voudrait nous faire faire dans le dédale des tranches de vie taillées autour de micro-événements. Tirés des recueils Trois roses jaunes, Parlez-moi d’amour ou encore Débutants, les récits que font se succéder les interprètes se déroulent tous en intérieur. La semi-obscurité de la scène aidant, les comédiens n’ont alors qu’à déplacer un frigo, faire rouler une table, un meuble télé ou même un lit pour suggérer le changement de foyer et donc de nouvelle. Si l’on sent parfois le désir d’amener le théâtre par l’objet, de faire naître la situation humaine par l’installation d’un symbole quelconque de la société de consommation, cet intéressant parti-pris est globalement écrasé par des codes de jeu plutôt conventionnels. Certaines histoires prennent davantage corps que les autres, telle celle d’Arnold Breit (excellent Arno Feffer), qui répond à l’invitation d’une inconnue disant avoir trouvé son numéro dans sa cuisine. Mais la plupart participent à une atmosphère générale, globalement dépressive avec des décrochages bizarrement festifs, sans exprimer de forte personnalité propre.

Proche de celui que l’on peut observer dans le film de Robert Altman, le décor conçu par Kristelle Paré nous fait faire un saut dans le temps qui séduit sans véritablement produire de sens ou d’interrogation. Le charme seventies de Toutes les petites choses que j’ai pu voir fait même davantage écran à la relation que cherche à établir Olivia Corsini entre spectateurs d’aujourd’hui et personnages venus d’hier. L’effet de saturation que produit l’enchaînement des récits toujours inachevés limite en effet les possibles en matière d’imaginaire et d’interprétation. La rapidité de l’ensemble empêche aussi d’avoir accès à ce qui, dans l’écriture de Carver, résiste formidablement au temps : sa façon de donner à sentir la profondeur de l’instant, quel qu’il soit, surtout le plus banal. La vendeuse de vitamines désabusée, l’homme fraîchement quitté par son épouse, la femme qui n’arrive pas à dormir et ressasse ses vieux rêves et tous les autres caractères dont le spectacle dessine tour à tour les traits cessent alors d’exister dès que leur successeur prend la place. Toutes les petites choses ainsi s’évaporent.

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

Toutes les petites choses que j’ai pu voir
d’après les nouvelles de Raymond Carver
Mise en scène et adaptation Olivia Corsini
Avec Olivia Corsini, Erwan Daouphars, Fanny Decoust, Arno Feffer, Nathalie Gautier, Tom Menanteau
Collaboration artistique Leïla Adham, Serge Nicolaï
Assistanat à la mise en scène Christophe Hagneré
Scénographie et costumes Kristelle Paré
Création sonore Benoist Bouvot
Création lumière Anne Vaglio
Chorégraphie Vito Giotta
Régie générale et lumière Julie Bardin
Régie son Samuel Mazzotti, en alternance avec Rémi Base
Régie plateau Charlotte Fégélé
Construction décor Ateliers de la maisondelaculture de Bourges – Scène nationale

Production Wild are the Donkeys, Espace des Arts – Scène nationale Chalon-sur-Saône
Coproduction MC2 : Maison de la Culture de Grenoble, Châteauvallon–Liberté – Scène nationale de Toulon, Le Manège Maubeuge – Scène nationale transfrontalière, Maison de la Culture de Nevers, Théâtre Molière Sète – Scène nationale archipel de Thau, Théâtre Sénart – Scène nationale, maisondelaculture de Bourges – Scène nationale
Soutiens La vie brève – Théâtre de l’Aquarium, Mi-Scène de Poligny
Projet soutenu par le ministère de la Culture – Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France : aide à la création et fonds de production
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

Raymond Carver est représenté par la Wylie Agency – Londres.

Durée : 1h25

Théâtre du Rond-Point, Paris
du 7 au 17 janvier 2026

Les Célestins, Théâtre de Lyon
du 5 au 16 mai

9 janvier 2026/par Anaïs Heluin
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