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« Vive le sujet ! Tentatives – Série 3 » déplace la poésie comme la danse

Danse, Décevant, Festival d'Avignon, Les critiques, Théâtre
Vive le sujet ! Tentatives – Série 3 avec Laura Vazquez et MazelFreten
Vive le sujet ! Tentatives – Série 3 avec Laura Vazquez et MazelFreten

Photo Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Pour la dernière fournée de « Vive le sujet ! Tentatives », la poétesse et écrivaine Laura Vazquez propose une lecture performée de ses poèmes, tandis que le duo MazelFreten fait danser un philosophe. Deux propositions pleines de bonnes idées qui peinent cependant, toutes deux, à aller jusqu’au bout de leurs intentions.

Dans le Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph, la poésie de Laura Vazquez se déverse, implacable et vertigineuse. Baskets rose flashy aux pieds, casquette noire cachant ses yeux, la poétesse, prix Goncourt de la poésie en 2023 pour l’ensemble de son œuvre, traverse le plateau sans un regard pour le public. Composée de « choses », d’« insectes », de « phosphore » et autres « bêtes sans yeux », la poésie de Laura Vazquez est un tendre et puissant bestiaire plein de curiosité, de changements d’échelle, de questions triviales et existentielles. Une à une, ses feuilles tombent au sol et sont emportées par le vent.

La poésie de Laura Vazquez, c’est aussi un souffle. Celui de sa grammaire et de sa diction, qu’elle modèle du murmure liturgique aux hurlements aboyants. Souffle qu’elle nous invite à impulser en chœur avec elle, et bientôt, tout le public rythme ses vers de sa respiration unie. Seul nous interrompt le son du cajón, cette percussion cubique qui compose l’unique élément scénique qui l’accompagne. Un cajón, un micro et des feuilles, qui deviennent elles-mêmes agents de poésie lorsqu’elles frappent directement l’instrument de musique. C’est alors le texte qui produit finalement le son qui nous parvient ; il n’y a besoin de rien d’autre.

Là où les performances de Laura Vazquez sont habituellement composées d’une lecture statique, on remarque ici un travail sur l’occupation de l’espace scénique, sur la gestuelle, sur les postures, sur les jeux de regards et d’expression. On observe également une prise en compte de la présence du public, voire la recherche d’une interaction avec lui. Un déplacement fécond dans la trajectoire de la poétesse, qui tend à se rapprocher de plus en plus de la scène théâtrale, mais qui s’accompagne d’une certaine crispation de la part de l’artiste, qui sait déployer ses voiles bien davantage. On sent dans cette proposition un métabolisme en train d’assimiler un nouveau langage, celui de la scène, mais peinant encore à en saisir les idiomes avec fluidité. On voit enfin une autrice en prise avec un nouvel arc créatif, et c’est salutaire : c’est aussi à cela que servent les tremplins offerts par les cartes blanches de Vive le sujet !.

Déplacement et recherche d’innovation aussi du côté du duo MazelFreten pour la seconde proposition. Composé de Brandon Masele (alias Miel) et Laura Defretin (alias Nala), le duo de breakers invétérés est devenu la figure de proue de la défense de la danse électro et du hip-hop français. Alors qu’ils collaborent déjà avec des artistes de renom, tels Christine and the Queens, Stromae ou Angèle, c’est avec Rave Lucid (2022) que tout explose pour eux, jusqu’à les propulser sous les feux des projecteurs de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 pour laquelle ils chorégraphient le tableau Obscurité. Habitués aux grandes formes ultra-vitaminées, on les retrouve ici dans un geste beaucoup plus pudique, presque minimaliste. Surtout, ils sont accompagnés d’un étrange et inattendu partenaire : le philosophe et essayiste Emmanuel Leclercq, théoricien d’une pensée de la morale et de l’éthique.

Collerette blanche autour du cou et regard rieur, l’intellectuel discourt depuis les gradins dans un propos introductif traitant du savoir en commun que représente pour lui le mouvement et de la pensée en action que lui évoque la danse. Et puis, c’est décidé, il se lance et monte sur scène pour rejoindre le duo de danseurs qui enchaînent un gracieux et mélancolique pas de deux. Le philosophe s’applique alors à suivre, rigide et sincère, les amples diagonales qu’exécutent les deux interprètes. Évoluant ainsi au gré d’allers-retours entre passages dansés et commentaire philosophique, la proposition fait particulièrement mouche lorsque les deux danseurs aux corps superperformants se laissent emporter par les gestes tendres et naïfs proposés par le philosophe, et suivent finalement ses embardées appliquées et maladroites. Si la proposition aurait pu éviter d’épais lieux communs entre la vie et le mouvement, la fragilité et la possibilité du lien, elle n’en reste pas moins touchante, mais trop littérale pour produire un effet marquant. Elle déplace, malgré tout, des performeurs hors pair vers des chemins inattendus et alimente, à ce titre, le souffle de la création. En l’occurrence, celui du mouvement.

Fanny Imbert – www.sceneweb.fr

Vive le sujet ! Tentatives – Série 3

Premier millimètre
Texte Laura Vazquez
Avec Laura Vazquez

Production Captive
Coproduction SACD, Festival d’Avignon

La pensée continuera de danser
Chorégraphie et mise en scène Laura Defretin, Brandon Masele
Avec Laura Defretin, Emmanuel Leclercq, Brandon Masele
Texte Emmanuel Leclercq
Musique Composition originale de KCIV (Sylvain Bajgar)

Production MazelFreten
Coproduction SACD, Festival d’Avignon, Centre de la Danse Pierre-Doussaint – GPS&O
Soutien Théâtre de Corbeil-Essonnes, Collectif Essonne Danse, fondation BNP Paribas

Durée : 1h

Festival d’Avignon, Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph
du 22 au 25 juillet 2026, à 10h30 et 18h

23 juillet 2026/par Fanny Imbert
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