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« Un Planchon peut en cacher un autre »

À la une, Théâtre, Villeurbanne
Roger Planchon dans Le Cochon noir en 2000 / Photo Jean-Pierre Muller / AFP
Roger Planchon dans Le Cochon noir en 2000 / Photo Jean-Pierre Muller / AFP

Roger Planchon dans Le Cochon noir en 2000 / Photo Jean-Pierre Muller / AFP

L’École normale supérieure de Lyon, en partenariat avec le TNP, consacre un colloque à Roger Planchon, figure majeure de la décentralisation théâtrale, du 1er au 3 avril 2026, à Villeurbanne. Metteur en scène, acteur, auteur, cinéaste, directeur du Théâtre municipal de Villeurbanne en 1957, qui deviendra Théâtre National Populaire en 1972, il le dirigera seul, puis avec Patrice Chéreau, puis avec Georges Lavaudant, avant de passer la main en 2002 à Christian Schiaretti.

Au moment où il est question de la succession de Jean Bellorini à la tête du TNP, et d’une possible fusion du TNP avec les studios Pixels, le dramaturge Michel Bataillon, fidèle collaborateur de Roger Planchon, mémoire du théâtre français, livre ses réflexions.

Quelle est la portée de ce colloque Roger Planchon, 17 ans après sa mort ?

Je pense que l’utilité de ce colloque est de lutter contre une fatalité normale : l’oubli dans le théâtre. Les choses disparaissent rapidement de l’esprit des gens. Et là, c’est l’occasion de réunir un certain nombre de personnes, des survivants de l’aventure Planchon, dont je suis, pour évoquer sa mémoire, et aussi rétablir quelques vérités.

Quel héritage Roger Planchon a-t-il laissé au théâtre français ?

Un Planchon peut en cacher un autre ! Il a agi dans de nombreux domaines. C’est l’un des aspects du caractère de Roger Planchon. C’était un homme qui aimait entreprendre. Il a commencé à trouver un local dans le tréfonds d’une cave au cœur de Lyon, en 1951, et l’a transformé en petit théâtre de poche, comme il y en avait à Paris. Il a fabriqué ce théâtre de ses propres mains. Et toute sa vie, il s’est lancé dans des entreprises de ce type. Comme dans le cinéma. C’est difficile d’aborder Planchon parce qu’il y a une succession de Planchon. Mais la chose absolument centrale, c’est le Planchon lecteur des poètes avec cette envie de faire passer leur écriture à la scène. Planchon, c’est avant tout, un metteur en scène. Il a commencé ce travail dès 1949 avec son petit groupe d’amis et il a continué jusqu’à la fin de sa vie.

Ses parents ne savaient pas lire. Est-ce que cela a forgé sa volonté de faire du théâtre pour tous les publics ?

Sa volonté de faire du théâtre pour tous les publics tient à deux choses. Elle tient d’abord à ses origines. C’est un autodidacte, issu d’un milieu rural, qui a fait des études, même s’il n’était pas très assidu, mais de là vient son envie de mettre en scène pour ceux qui n’avaient jamais entendu parler du théâtre. Et puis, il y a eu sa fréquentation très précoce du théâtre de Charles Dullin. Ses écrits l’ont poussé à se préoccuper du public. Il y a aussi eu une autre influence importante, celle de Jean Vilar et de ses collaborateurs quand ils ont créé le Festival d’Avignon, puis le Théâtre National Populaire à Chaillot. Il s’est assis sur le bord de scène devant cette salle de 2 400 places, et l’anecdote veut qu’il ait dit à Jean Rouvet, l’administrateur de Vilar, en lui montrant la scène : « Ici, c’est chez moi » ; et, en lui montrant les 2 400 places : « Ici, c’est chez toi ». Il a tout le temps conservé en tête qu’il fallait réussir la scène pour réussir la salle.

Il y avait dans la construction de ses saisons, le soin de faire vivre le répertoire, les classiques, les contemporains, mais aussi l’envie de divertir avec ce qu’il appelait dans sa terminologie les « pièces burlesques ». C’était ça, pour lui, le théâtre populaire, montrer toutes les formes théâtrales ?

Planchon s’est exercé au théâtre, au jeu et à la mise en scène dans le cadre de stages qui étaient organisés par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Il faisait ça sous la direction de personnes qui sont devenues des metteurs en scène connus, comme Hubert Gignoux ou Gabriel Monnet. On les appelait les Conseillers Techniques et Pédagogiques, les CTP. Et la première chose qu’il a faite dans l’un de ces stages, ça a été de jouer Aristophane. Roger a toujours été un lecteur assidu d’Aristophane, mais il ne l’a jamais monté ensuite. Il était porté par le plaisir aristophanesque d’écrire du burlesque pesant lourd dans la société. Et l’idée de divertir sur ce mode-là était quelque chose de très important pour lui. Sa trajectoire a été traversée par des spectacles populaires comme Les Trois Mousquetaires. Ensuite, après les événements de 1968, il a immédiatement écrit une farce à la façon d’Aristophane sur les événements et sur les conflits dans le milieu du théâtre, c’est très typique chez lui. Et puis, il y avait toujours l’idée de donner un coup de boutoir. Mettre en scène un texte contemporain difficile, puis faire un pas en arrière, pour retrouver un socle plus large et plus accessible.

C’était aussi un transmetteur, un passeur entre les générations, comme il l’a fait avec Patrice Chéreau…

Roger Planchon et Patrice Chéreau en 1972 / Photo Pinaud / AFP

Roger Planchon et Patrice Chéreau en 1972 / Photo Pinaud / AFP

La préoccupation de la jeune génération a toujours été présente chez lui. La chose qui a été absolument décisive dans la façon dont il s’est associé avec Patrice Chéreau, c’est que le Théâtre de la Cité, qu’il avait ouvert en 1957, avait dix ou onze ans. Or, il lui semblait qu’une aventure théâtrale s’essoufflait au bout de dix ans, qu’il fallait la repenser et la reconstruire. Le bâtiment théâtral de Villeurbanne, qui avait été inauguré en 1934, était à bout de souffle. Il a donc trouvé dans son travail de relation avec les forces politiques l’argent nécessaire pour se lancer dans une rénovation complète du bâtiment. Et il a profité des 30 mois de chantier pour imaginer comment il allait faire du théâtre autrement. Il connaissait Patrice Chéreau depuis l’adolescence car il était très lié d’amitié avec son père, le peintre, dont il fréquentait l’atelier. Il avait fait la connaissance de Patrice très tôt et avait suivi ses premiers spectacles au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Il était absolument convaincu que c’était le plus talentueux des jeunes loups et il voulait l’avoir avec lui. Il a fait un acte de rébellion par rapport à l’administration du ministère de la Culture, puisqu’il a décidé d’engager Patrice comme co-directeur de sa petite société théâtrale, avant même que ne soient engagées des négociations pour obtenir un nouveau statut. Il souhaitait offrir au public la présence de voix théâtrales qui, à la fois, convergeaient et divergeaient.

Aujourd’hui, le théâtre public fait face à une crise économique, mais, en lisant votre ouvrage, Un défi en province, on s’aperçoit que Roger Planchon a lui aussi dû batailler avec les pouvoirs publics locaux pour trouver de l’argent…

Les choses ont évidemment changé, mais, profondément, il faut ferrailler, ça, c’est certain. Lorsque l’on est à la direction d’un théâtre qui vit de fonds publics, on est amené à la fois à tenir tête et à dialoguer. Planchon a su le faire à sa façon. Vilar l’a fait avec un immense talent. À la fois s’opposer, tenir tête, être ferme et, en même temps, comprendre les problèmes municipaux. Il a eu de grosses difficultés avec les maires de Lyon, aussi bien avec Édouard Herriot qu’avec Louis Pradel. En revanche, avec le maire de Villeurbanne, Étienne Gagnaire, qui était quelqu’un de très roué en politique, extrêmement adroit, un grand résistant, il y avait beaucoup de respect mutuel. Étienne Gagnaire avait beaucoup d’admiration pour Planchon et son engagement précoce dans les combats citoyens. Et il y a eu une forme d’entente, ce qui lui a permis de se lancer dans les batailles et de construire ce théâtre comme il l’entendait.

Si c’est le Planchon « artiste de théâtre » qui est au cœur de ce colloque, impossible de ne pas penser à son activité de cinéaste à l’heure où l’on évoque un rapprochement du TNP et du Pôle Pixel. Quel rôle a joué le cinéma dans la dernière partie de sa carrière ?

Je pense que, actuellement, il y a une certaine confusion dans ce que j’entends sur la place publique. On déforme les actes et les réflexions de Planchon sur ce point. Le cinéma l’a toujours énormément intéressé. Il a toujours été cinéphile. Son compagnon de direction, Robert Gilbert, était lui aussi cinéphile, et il a pris la décision de créer un cinéma d’art et d’essai dans Lyon, maintenant repris par Thierry Frémaux, Les cinémas Lumière. Ils ont été très imprégnés de cinéma. J’ai retrouvé dans des publications de la cinématographie des articles qui annonçaient la sortie d’une version des Trois Mousquetaires, mais le tournage n’a jamais eu lieu. La volonté de se lancer dans le cinéma était déjà présente en 1960. Chéreau, à peine arrivé à Villeurbanne, a tourné son premier film. Et cela a beaucoup impressionné Roger. Il a été convaincu que le public qui arrivait allait consommer de l’image en quantité extrêmement importante. Il avait absolument pressenti la création de toutes ces plateformes et de tous ces canaux. Et il a pensé que c’était bien si, au niveau régional, on créait une institution. Et là, on retrouve son goût pour l’entreprise.

Il a convaincu les élus qu’il fallait créer une entreprise cinématographique, en y faisant entrer la région et le département comme partenaires, qui recevraient des tantièmes comme tout membre d’une association capitaliste. Et il a mené, avec un conseiller d’État, un travail de juriste pour faire modifier la loi, afin que les pouvoirs publics, régions et départements puissent devenir partenaires d’une société de production. Il a ainsi créé Rhône-Alpes Cinéma. Et comme nous n’avions pas de salle de répétition dans les bâtiments du théâtre, il a obtenu de la municipalité – c’était Charles Hernu à ce moment-là – que, sur des terrains municipaux, la ville construise un local qui serait à la fois une salle de répétition aux normes théâtrales et, en même temps, un studio de tournage. C’est ce qu’on a appelé le Studio 24, qui lui a permis de faire des petits spectacles de théâtre, de répéter et de commencer les tournages. Mais à aucun moment, Planchon n’a pensé fusionner les deux modèles de production. Je pense que, pour lui, le théâtre, c’était le théâtre, et le cinéma, c’était autre chose, des cousins lointains ou proches. Mais je pense que ce qu’on lui fait dire à l’heure actuelle, ce rapprochement entre le Pôle Pixel, qui a peut-être ces difficultés économiques, et le TNP qui, lui, a ses difficultés économiques, ne serait absolument pas dans son esprit.

Le TNP va changer de direction cette année. Quel serait à vos yeux le meilleur profil pour prolonger l’esprit Planchon ?

J’ai du mal à modifier la conception que j’ai trouvée en arrivant en 1972, c’est-à-dire une maison de théâtre ayant la possibilité de créer au moins deux spectacles par an. Si cette maison peut être dirigée par deux directeurs, c’est mieux que par un directeur. Mais en tout cas, il faut que ce soit un metteur en scène confirmé, ayant un accès aux scènes nationales et aux scènes internationales. Quelqu’un qui se préoccupe énormément du théâtre européen et du théâtre français ; quelqu’un qui n’ouvre sa scène, non pas à tout vent, mais à quelques jeunes créateurs choisis et qui trouvent l’équilibre entre la recherche contemporaine et les grands classiques revisités. J’ai du mal à sortir de ce schéma-là. J’aimerais évidemment que ce soit un homme de théâtre costaud qui me fasse rêver.

Propos recueillis par Stéphane Capron – www.sceneweb.fr

31 mars 2026/par Stéphane Capron
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