(c) Marie Liebig
L’ex-directeur du CDN Toulouse-Occitanie, Galin Stoev, signe une pure ode au théâtre, initiée lors de son mandat écourté.
Il faut reconnaître à Galin Stoev un certain panache. Rappelons d’abord brièvement le contexte de la création de cette Nuit des Rois, afin d’en saisir la portée symbolique. En mars 2025, le metteur en scène annonce qu’il démissionne du CDN Toulouse-Occitanie (Théâtre de la Cité) en décembre de cette même année, douze mois avant la fin de son mandat. En effet, il juge que le budget en baisse ne lui permet pas d’exercer ses fonctions tel qu’il le souhaiterait. (Quasiment au même moment, Stéphane Braunschweig à l’Odéon et prend la même décision, pour la même raison.)
Quitter une telle maison, on l’imagine aisément, ne doit pas se faire sans une pointe de regret, voire d’amertume. Quoi qu’il en soit, et contre toute attente, l’artiste a choisi de mettre en scène La Nuit des Rois comme ultime création à sa tête ; c’est-à-dire sans aucun sous-texte politique. (« C’est peut-être la seule pièce de Shakespeare dans laquelle les épreuves qu’affrontent les personnages sont avant tout d’ordre affectif », explique-t-il dans la feuille de salle.)
L’intrigue se résume en deux phrases : une jeune femme, ayant survécu à un naufrage, se travestit pour servir un duc, dont elle tombe amoureuse. Mais celui-ci l’envoie courtiser une comtesse, en son nom, laquelle portera son dévolu sur la messagère.
Mais au fond, tout ceci n’a pas vraiment d’importance. Parce que tout, ici, n’est qu’un prétexte au rire, à l’ivresse et à la joie provoqués par des malentendus en cascade, le travestissement de ses protagonistes, et la pulsation du désir qui irrigue ce texte formidable traduit par Olivier Cadiot
Sur scène, autour d’un kiosque drôlement chapeauté, dix comédiens et comédiennes accueillent le public dans des tenues bigarrées ; iels qui danseront, joueront de la musique, échafauderont des plans pour nuire à un odieux bouc émissaire, Malvolio (l’excellent Sébastien Éveno), qui essaiera de faire respecter un semblant d’ordre et de hiérarchie, envers et contre tous, et finira au sol, roué de coups, dans ses bas jaunes et ses jarretières croisées. Pour le meilleur et pour le rire.
Parce qu’à la fin, c’est la jeunesse qui gagne, avec son humour, son désordre, sa subversion. Parce que l’adolescent qui sommeille en nous ne peut pas ne pas être sensible à cette insolence bravache. (Marlène Saldana, dans le rôle de Feste, avec ses incursions dans notre actualité avec Christophe Maé, Marc-Olivier Fogiel et Patrick Bruel, est toujours à hurler de rire.)
C’est donc ainsi que se termine la mandature Galin Stoev, avec cette superbe célébration signifiant que, par-delà les siècles et par-delà les aléas politiques, le théâtre demeure avant tout une fête. On s’en souviendra. Chapeau monsieur.
Igor Hansen-Løve — sceneweb.fr
La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez
Texte William Shakespeare
Traduction Olivier Cadiot
Mise en scène Galin Stoev
Avec Yoann Blanc, Sébastien Éveno, Véronique Gawedzki, Nicolas Gonzales, Cyril Gueï, Anna Cervinka, Vincent Pacaud, Eliot Piette, Nathan Prieur, Marlène Saldana, Zoé Van Herck
Collaboration artistique et assistanat à la mise en scène Virginie Ferrere
Scénographie Alban Ho Van
Lumières Elsa Revol
Costumes Marie La Rocca
Son Joan Cambon
Avec la participation de l’ensemble de l’équipe permanente et intermittente du ThéâtredelaCité
Durée : 2 h 30
Production SPUNK COMPAGNIE. Coproduction ThéâtredelaCité — CDN Toulouse Occitanie ; Comédie, Centre dramatique national de Reims ; Fonds de dotation du ThéâtredelaCité. Avec la participation artistique du JTN, Jeune Théâtre National, du Studio | ESCA et du Fonds d’Insertion pour Jeunes Artistes Dramatiques, DRAC et Région SUD Avec le soutien du dispositif d’insertion professionnelle de l’ENSATT
du 19 au 30 mai 2026
Théâtre de la Cité — CDN Toulouse Occitanie
du 24 au 26 novembre
La Comédie – CDN de Reims



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