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« Transfiguration », la matrice de terre et de chair d’Olivier de Sagazan

A voir, Les critiques, Paris, Périgueux, Théâtre
Transfiguration d'Olivier de Sagazan



Transfiguration d'Olivier de Sagazan

Photo Didier Carluccio



Avec Transfiguration qu’il crée en 1998, Olivier de Sagazan ne cesse de réactiver son geste artistique premier, un corps-à-corps avec l’argile qui fait de lui une créature aux mille visages. Très singulier dans le paysage théâtral, ce formidable rituel est toujours pleinement vivant.

Transfiguration a beau avoir l’âge très honorable de 28 ans lorsque nous le découvrons au Théâtre Silvia Monfort, à Paris, début février 2026 dans le cadre du Festival Faits d’hiver, le qualifier d’œuvre de « répertoire » serait très inapproprié. Ce serait là figer par les mots une chose qu’Olivier de Sagazan s’emploie à garder mouvante. Ce serait aussi inscrire ce travail dans un cadre théâtral qu’il dépasse largement, ce qui explique d’ailleurs sa très tardive venue en France, alors que, dès 2009, il est invité à faire le tour du monde. Nous ne sommes d’ailleurs guère étonnés d’apprendre, après avoir enfin vérifié l’excellente réputation qui précède le spectacle, que c’est non pas sur une scène, mais dans son atelier, puis dans une galerie que Transfiguration a pris son envol, pour ensuite faire l’objet d’une vidéo qui rencontre sur YouTube un succès phénoménal. Dans ce film qui ouvre pour lui une activité de youtubeur, qu’il conçoit comme un prolongement de ses recherches solitaires, le peintre et performeur se présente d’abord comme dans sa performance publique, à visage découvert. L’écart qui sépare ce visage immortalisé par l’image – sauf lorsqu’en mars 2025, la chaîne de l’artiste est supprimée de la plateforme, sous prétexte de « nudité et contenus à caractère sexuel » – et celui dont nous faisons la rencontre au Monfort est la première des multiples métamorphoses annoncées dès son titre par Transfiguration.

L’homme aux traits juvéniles et aux cheveux bruns a aujourd’hui la tignasse plus claire et les rides plus profondes, et cette transformation de la chair est, parce qu’Internet nous y donne accès, une matière centrale de cette performance dont le visage est le sujet principal. Ce désir d’explorer la figure humaine est d’ailleurs exposé d’emblée par des mots qui seront pratiquement les seuls de toute l’heure que dure Transfiguration – avec quelques autres de Samuel Beckett. Après une course effrénée autour du carré qui lui servira d’espace de jeu, le reste de la scène étant laissée à un vide qui ne cessera de se faire sentir, le très svelte Olivier de Sagazan, vêtu d’un costume-cravate dont on devine qu’il ne fera pas long feu, prononce une phrase d’Antonin Artaud, l’un de ses maîtres à penser et à faire : « Le visage humain n’a pas encore trouvé sa face et c’est au peintre à la lui donner ». Le rituel, car c’en est un même s’il prend place ici dans le cadre d’une représentation – il peut s’en extraire selon les invitations faites à l’artiste, et retrouver des contextes plus proches de celui dans lequel il est né –, peut commencer. Il démarre dès lors que tous les mots de la citation sont dits et que costume et cravate sont déchirés et jetés aux oubliettes. Place alors à ce que l’on sait être la matière de prédilection d’Olivier de Sagazan, celle grâce à laquelle il fait à chaque Transfiguration disparaître l’œuvre du temps sur son corps : l’argile.

La première couche de terre dont l’artiste recouvre sa tête n’est en vérité pas la première et le peintre-sculpteur-performeur met tout son art à le faire sentir. Dans la façon dont il dissimule sa bouche, son nez et ses yeux sous la glaise pour dessiner sur sa surface lisse deux yeux à la peinture noire et une bouche rouge sang, Olivier de Sagazan exprime l’ancienneté de son acte. Il dit le grand âge de sa singulière et très personnelle manière de sculpter en se faisant lui-même sculpture, qui naît au carrefour d’inspirations multiples qu’il évoque avec enthousiasme en entretien – dans l’émission Mauvais genres sur France Culture en mai 2025, par exemple, il parle des sculptures congolaises Téké comme d’objets qui le touchent profondément et avec lesquelles il reconnaît une filiation de même qu’avec Rembrandt ou Francis Bacon. La grande réussite de l’artiste est de ne pas laisser ce poids du temps et de la répétition figer sa cérémonie de terre et de chair. L’allure archaïque, bien qu’impossible à situer dans l’histoire des représentations du fait de ses ascendances multiples, n’est non seulement pas ici incompatible avec une intense qualité de présent, mais en est la condition principale. Dans la suite de fabrication et de destruction par le plasticien-performeur de ses masques sur-mesure demeure un tremblement caractéristique des premières fois. La cécité que s’impose l’artiste en se faisant œuvre lui-même est pour beaucoup dans la préservation de la jeunesse de Transfiguration, autant que l’argile dont les vertus pour la peau sont bien connues.

D’un soir à l’autre, on devine que les contours des créatures que dessine sur lui-même Olivier de Sagazan varient. Envisageant sa performance comme un instrument de connaissance de l’humain et surtout d’interrogation de sa raison d’être, l’artiste se met face à un infini que même la reproduction des années durant de mouvements, de sons indéchiffrables et de protocoles semblables ne saurait épuiser. De ses barbouillages maintes fois répétés, mais jamais identiques, Sagazan tire tout un défilé de gueules dont les déformations de plus en plus impressionnantes agissent sur le spectateur tels des dessins rupestres : en donnant accès au voyage intérieur du plasticien, Transfiguration invite à l’exploration car tout n’y est pas donné. Le documentaire L’homme de boue (2024) que lui consacre Alexandre Degardin atteste de cette place que donne la performance à celui qui la regarde : on y voit Olivier de Sagazan aller performer pour la première fois en Afrique, où il est né et a grandi, et y donner Transfiguration dans une configuration plus rituelle encore qu’en salle, se laissant guider par la musique que lui jouent ses hôtes, qui ne sont alors plus des spectateurs, mais des participants. La Transfiguration à laquelle nous assistons est riche de cette expérience du pur rituel. Elle est pleine aussi de tous les croisements osés par Olivier de Sagazan avec l’univers d’autres artistes, comme récemment avec David Wahl dans le passionnant Nos cœurs en terre, et reste ouverte aussi à tout autre déplacement, à toute tentative.

Les masques monstrueux, éphémères et dégoulinants dont l’artiste se fait le porteur dans cette pièce sont l’évidente matrice de toutes les créations qui suivent : La Messe de l’âne (2021), Il nous est arrivé quelque chose (2022), aussi au programme du Festival Faits d’hiver, ou encore Toujours, Jamais ! (2025). Il est alors précieux de pouvoir aller à la source de ce geste unique en son genre, afin de mieux appréhender ses prolongements qui peuvent prendre des formes collectives, faire appel aux mots ou encore à la musique. Garder Transfiguration vivant, poursuivre son mouvement est certainement pour son créateur la condition même de sa poétique dans laquelle l’ouverture n’est pas seulement une métaphore, mais une béance concrète : celle d’une bouche, d’un œil ou d’un sexe qui n’en finissent pas de naître et de mourir dans une surprise sans cesse renouvelée.

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

Transfiguration
Direction artistique, conception et interprétation Olivier de Sagazan

Production Olivier De Sagazan
Production déléguée Wart

Durée : 50 minutes

Vu en février 2026 au Théâtre Silvia Monfort, Paris, dans le cadre du Festival Faits d’hiver

L’Odyssée, Scène conventionnée de Périgueux
le 19 mars

Buthopolis, Varsovie (Pologne)
du 24 au 26 avril

Ginesio Fest (Italie)
le 26 août

11 février 2026/par Anaïs Heluin
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