C’est durant un atelier théâtre en maison d’arrêt pour femmes que la metteuse en scène rencontre Jeanne L. Au fil des mois les deux femmes se lient d’amitié. De rencontres en confidences, un dialogue se tisse entre elles qui se poursuivra au‑delà des murs de la prison après la libération de Jeanne. La pièce s’écrit à partir de ce témoignage au fil d’une enquête intime qui va remonter le cours des événements du drame qui a mené à la condamnation de Jeanne. Entre histoire vraie et récit personnel, Vanessa Larré mène une enquête sensible sur les évènements qui ont conduit une femme en prison après la mort de son enfant.
En 2017 après avoir joué un spectacle en prison, j’ai proposé un atelier de pratique théâtrale pour des femmes en détention. Pendant une année j’ai enregistré les histoires de plusieurs détenues dans la petite salle de travail dédiée à notre atelier où nous nous retrouvions chaque semaine. Parmi elles il y avait Jeanne L. La Justice l’avait condamnée pour l’homicide involontaire de son enfant, ce que j’ignorais au moment de notre rencontre. L’histoire de Jeanne n’est pas un fait isolé, il y a des milliers de femmes et d’enfants à qui ça arrive, il n’est pas rare que le père soit absent, qu’il travaille trop ou qu’il soit parti quand il a appris la grossesse, d’autres fois il disparait plus tard sans laisser d’adresse comme cela m’est arrivé avec mon père durant mon adolescence.
Quand je commence à écrire les premières lignes de ce projet j’avance chronologiquement : les portraits filmés, les discussions qui s’en suivent : on parle de la vie, d’amour, de nos familles. Puis l’atelier s’est achevé.
Trois ans plus tard sont venues les premières lettres, suivies des visites au parloir. Elle me raconte son quotidien en prison, sa vie d’avant aussi, sa famille, son père violent et sa mère avec qui elle a coupé les ponts, elle me parle de ses enfants qui ont été placés suite à sa condamnation. Le récit du drame elle le fera plus tard quand nous nous reverrons chez elle après sa sortie de prison.
Des mois plus tard quand je me mettrai à écrire cette histoire, des faits marquants de ma vie ont refait surface en lien avec la disparition volontaire de mon père et sa mort quelques années plus tard sans qu’aucun mot n’ait été posé sur l’évènement, comme si sa fuite n’avait jamais eu lieu. C’est à ces résonances que j’ai voulu faire place dans l’écriture, ou comment partant du réel on tente par glissement de faire cohabiter plusieurs réalités pour fabriquer une fiction. Ce travail part d’une écriture personnelle, mais en développe une autre, celle du plateau avec les interprètes. La première partition de ce texte rassemblait les récits retranscrits des témoins de l’histoire initiale. J’ai ensuite écrit des fragments inspirés de ces témoignages destinés à être réappropriés par les interprètes. À partir de là de nouveaux récits ont surgi avec différents points de vue de narration.
L’enquête intime que je relate dans cette pièce est trouble et restera forcément une énigme à l’image des personnages qui se dédoublent, se démultiplient et sèment le doute à mesure que le récit avance. Il s’agit évidemment d’une mise en abîme de ma recherche artistique dans laquelle je questionne la notion de « vérité » et les formes de sa transposition théâtrale.
Note d’intention de Vanessa Larré
Sublime(s)
Avec Julie Denisse, Florence Janas et Vanessa Larré
Écriture et mise en scène Vanessa Larré
Dramaturgie Adèle Chanioleau
Scénographie Lisa Porteix
Vidéo Lucie Pannetrat
Lumière et régie générale David Ménard
Son Stan Bruno Valette
Régie son et vidéo Adrien Hollocou
Développement et administration Dantès Pigeard
Production : Parcelle112
Coproduction : Les Célestins – Théâtre de Lyon, Malraux – Scène nationale Chambéry‑Savoie, Théâtre des Quartiers d’Ivry– CDN du Val‑de‑Marne
Soutien en résidence : La Chartreuse – Villeneuve lez Avignon, Les Maisons Mainou – Vandoeuvre, Suisse, CENTQUATRE‑Paris, Théâtre Ouvert, Théâtre de l’Odéon.
du 21 au 30 avril 2026
Les Célestins – Théâtre de Lyon




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