Présenté pour la première fois en France dans le cadre du Festival Everybody au Carreau du Temple, Sottobosco de l’artiste italienne Chiara Bersani esquisse un sous-bois fantasmé, un monde plus lointain que totalement convaincant.
Traduisible par « sous-bois », « broussailles », « taillis », le terme « sottobosco » charrie avec lui une sorte de diffus mystère, un monde dont on pourrait dire qu’il semble tout à la fois un peu lointain, un peu inaccessible, un peu fantasmatique. Cet univers, qui va déployer progressivement, avec patience et attention, ses atmosphères, fascinera autant qu’il laissera sur le seuil. Et, si l’on ne sait jusqu’à quel point ce caractère un brin éthéré et évanescent est revendiqué, il suscite à terme un sentiment d’inachevé. Pourtant, force est de reconnaître que cette nouvelle création de la danseuse, performeuse et chorégraphe Chiara Bersani saisit avec une réelle force lors de ses premières minutes.
Tandis que l’on observe le plateau – avec son sol blanc jonché d’une multitude de chamallows –, que l’on scrute la rangée de projecteurs (situés à jardin en bordure d’espace de jeu), qui vont raser le sol et dessiner dans leurs mouvements des ombres différentes, que l’on regarde Chiara Bersani, immobile dans son fauteuil roulant entre deux projecteurs, l’attention est alors à son climax. Silence total, écoute religieuse : rares sont les spectacles parvenant à susciter dès l’introduction une telle concentration ; puis, lentement, les choses vont s’animer. Et tandis que la création musicale composée et jouée par le musicien Lemmo dessine progressivement des paysages sonores, entre musique concrète et nappes sonores, Chiara Bersani descend de son fauteuil.
L’artiste, qui mesure 98 centimètres et souffre d’une ostéogenèse imparfaite (maladie génétique), ne peut se déplacer qu’à l’aide de ses bras, ses jambes ne la portant pas. Elle va évoluer avec douceur et délicatesse au sol, marquant des temps d’arrêt, tandis qu’Elena Sgarbossa, autre danseuse d’abord cachée derrière un voile de fond de scène – on ne voit ainsi initialement que ses pieds –, se met également en mouvement ; puis, elle rejoint l’espace de jeu et les deux artistes vont traverser chacune leur partition chorégraphique. Leurs mouvements sont simples, tantôt réalisés isolément, tantôt en commun et allant jusqu’à l’étreinte. Ils disent dans leur économie et leur douceur le soin de l’une pour l’autre, l’écoute et l’attention permanentes. Leurs vêtements à l’identique – soit une robe et un grand tablier noirs évoquant les tenues des femmes modestes d’un siècle passé – renvoient autant à une vision dédoublée d’une même personne – balançant entre un corps entravé et un corps valide – qu’à une petite communauté. Sans jamais trancher, ni vraiment affirmer plus une position qu’une autre. C’est bien, d’ailleurs, ce caractère très en retenue qui, progressivement, met à distance et laisse circonspect.
Si l’ensemble est, certes, maîtrisé, tenu par une même joliesse formelle, soutenu par une riche création musicale, porté avec conviction, le spectacle peine à déplier un propos consistant. Au-delà de l’évidente exposition d’un corps non normé – qui interroge notre regard validiste – et à rebours des canons chorégraphiques habituels, outre la beauté du lien unissant les deux femmes, la création pêche par son évanescence. Et la constitution finale d’une communauté plus vaste ne parvient pas à donner plus d’épaisseur à la proposition, qui demeure définitivement en suspens.
caroline châtelet – www.sceneweb.fr
Sottobosco
Création et texte Chiara Bersani
Avec Chiara Bersani, Elena Sgarbossa
Dramaturgie sonore Lemmo
Régie lumière, décor et direction technique Valeria Foti
Costumes Ettore Lombardi
Dramaturgie Chiara Bersani,Giulia Traversi
Conseil artistique Marco D’Agostin
Assistante et tournée Simone Chiacchiararelli
Soins et production atelier Chiara BoitaniProduction corpoceleste c.c.0.0#
Coproduction Stronger Peripheries: A Southern Coalition. Tandem « Connecting Dots » L’Arboreto Teatro Dimora – Mondaino, Sardegna Teatro, Bunker soutenu par Creative Europe ; Theaterfestival Boulevard ; Le Carreau du Temple ; Tanzhaus nrw ; Tanzt im August / HAU Hebbel am Ufer ; Rosendal Teater ; DansIT ; Le Gymnase CDCN Roubaix ; Kunstencentrum VIERNULVIER ; Snaporazverein ; SPIELART Theaterfestival ; Fuorimargine Centro di produzione della Danza. Apap – FEMINIST FUTURES, cofinancé par Creative Europe
Avec le soutien de MiC – Direzione Generale Spettacolo ; Centrale Fies ; Homo Novus Festival ; Santarcangelo Festival ; Skånes Dansteater ; IntercettAzioni
Projet lauréat : Toscana Terra Accogliente (R.A.T. Residenze Artistiche Toscane) en collaboration avec Teatro Metastasio, Fondazione Toscana Spettacolo, Virgilio Sieni Danza, Fabbrica Europa
Résidences Officine Papage, Teatro delle Commedie, Teatro Popolare d’ArteDurée : 55 minutes
Vu en février 2026 au Carreau du Temple, Paris, dans le cadre du Festival Everybody


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