Élève à l’École et au Collège des Enfants du Spectacle, Servane Ducorps joue, enfant, au théâtre, au cinéma et à la télévision, et poursuit sa formation à l’Institut Lee Strasberg, à New York, à l’École Jacques Lecoq entre 1998 et 2000, puis au CNSAD entre 2000 et 2002. Au théâtre, elle a récemment joué dans Hamlet mis en scène par Christiane Jatahy et avec le collectif L’Avantage du doute dans Encore plus, partout, tout le temps. Elle a notamment collaboré avec Mikaël Serre, Sylvain Creuzevault, Simon Stone, Vincent Macaigne, Chloé Dabert ou Ariane Mnouchkine. En 2025, elle a joué dans Anatomie d’un suicide d’Alice Birch, mis en scène par Christophe Rauck, qu’elle retrouve, toujours aux Amandiers de Nanterre, pour la création de Presque égal, presque frère.
Avez-vous le trac lors des soirs de première ?
J’ai toujours une immense envie de dormir avant de jouer, je baille à m’en décrocher la mâchoire, jusqu’au moment où je commence à jouer. Là, heureusement, ça s’arrête. Je n’ai jamais pu rester assise comme à l’école avant de jouer, à attendre que ça commence. Alors, soit je m’allonge, soit je marche, et je trouve des choses à préparer jusqu’à la dernière seconde pour être déjà dans un mouvement en entrant sur scène. En tout cas, j’essaie d’avoir le moins de trac possible et de relativiser, car le stress et la pression sont contre-productifs pour moi. Et puis, la perfection ne m’intéresse pas dans le fond, ni comme spectatrice ni comme actrice. On cherche de l’humain au plateau, et l’humain, ça rate, non ? Alors, le plus important pour moi, c’est comment on va faire de nos « ratages » quelque chose, et, pour ça, mieux vaut être détendue et se sentir en confiance.
Première fois où vous vous êtes dit « Je veux faire ce métier » ?
J’étais sur scène, à 12 ans, au Paradis Latin, à la fête de fin d’année de l’École des Enfants du Spectacle, et je jouais un sketch de Zouc, Le téléphone. C’est ma mère qui m’avait fait découvrir et aimer Zouc, qu’elle adorait. Je jouais depuis toute petite, mais tout d’un coup, pour la première fois, j’ai pris du plaisir à jouer, à être là et à être entendue. Et c’était une sensation tellement puissante ! Un peu plus tard, c’est quand j’ai vu Claustrophobia avec les élèves du Théâtre Maly de Saint-Pétersbourg, mis en scène par Lev Dodine. J’ai vu leur spectacle je ne sais combien de fois. Je les suivais partout où je pouvais.
Premier bide ?
J’aime pouvoir jouer avec les bides au plateau, que ça frotte un peu et qu’on reste en éveil. En clown, par exemple, quand on y arrive, c’est bon signe ! Il y en a tout de même un qui m’a marquée et m’a renforcée plus que d’autres. On jouait une adaptation de Médée, que j’aimais énormément, avec le théâtre des Petits Pieds. On avait eu très peu de temps, on avait monté et répété toute la journée, on était crevés, stressés, mais contents. Le spectacle se jouait avec la salle éclairée et on s’adressait beaucoup au public. Et, en plein milieu, un spectateur saoul s’en est pris à moi pendant que je jouais, en invectivant le spectacle et en hurlant. Ça a dégénéré dans le public. D’autres ont pris ma défense, ils en sont venus aux mains, et je me suis vraiment retrouvée au spectacle, mais de façon inversée ; puis une autre partie du public m’a encouragée et, après un long silence, j’ai repris: « Ô Zeus, ô justice de Zeus, je vais tuer mes enfants ». Au cas où on n’aurait pas été ensemble au plateau ce soir-là, ça nous a tous ressoudés en deux secondes !
Première ovation ?
Au Théâtre du Soleil. J’avais eu la chance de les rejoindre pour jouer avec eux dans Les Éphémères.
Premier fou rire ?
Avec Roland Bertin et Hervé Pierre. On jouait ensemble dans Oncle Vania, et il y avait un moment dans la pièce où on se retrouvait tous les trois face à face, derrière un voile. Je crois que ça partait du fait qu’on était juste heureux de se voir. Après, il suffisait d’une petite provocation de l’un de nous et c’était parti…
Premières larmes en tant que spectatrice ?
Les Atrides au Théâtre du Soleil. La puissance des choeurs, Agamemnon qui pleurait dans un coin du plateau la mort de Clytemnestre… J’avais l’impression, fausse évidemment, qu’on ne parlait qu’à moi, qu’ils ne jouaient que pour moi et que j’étais seule dans la salle. Et je suis à peu près sûre que tous les gens autour de moi ressentaient la même chose.
Première mise à nu ?
Métaphoriquement, c’est dans l’adaptation de La Mouette qu’a faite Mikaël Serre. J’ai pu mettre en jeu tellement de choses essentielles et intimes pour moi, en répétition et dans l’écriture même de ce spectacle. Chaque soir, j’avais l’impression d’une montagne à gravir, mais c’était tellement jubilatoire et salvateur à faire.
Première fois sur scène avec une idole ?
Avec Marijke Pinoy dans Les Enfants du soleil de Gorki. L’une de mes actrices préférées au monde, et une femme géniale. J’étais tellement heureuse et impressionnée de la voir travailler, et de pouvoir passer du temps avec elle ! Depuis, nous sommes restées amies et j’ai bien de la chance.
Première interview ?
J’étais allée interviewer quelqu’un dans un café pour le journal de l’école. Je n’arrive plus du tout à me souvenir qui c’était… J’étais timide, j’avais préparé mes questions pendant des heures, j’étais très stressée, et la personne n’est jamais venue. Sur le coup, j’étais soulagée.
Premier coup de coeur ?
Iets Op Bach d’Alain Platel. J’ai dû le voir une dizaine de fois. Ce spectacle a changé tellement de choses pour moi, il m’a ouvert un champ de possibles au plateau. Et Bloody Mess de Forced Entertainment. Un chef-d’oeuvre, pour moi, et une inspiration, encore aujourd’hui.



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