Dans la petite salle de l’Artéphile, Sissi Von Vart hybride théâtre et cabaret avec un charme fou. Ce spectacle de la compagnie Mathilde, associé à D Muse, nous balade entre légèreté et gravité dans les rebondissements d’une fiction tendre nimbée de musique et de danse.
Jolie surprise du Festival Off d’Avignon que le bouche-à-oreille valorise – comme en témoigne la salle comble où l’on se serre sur les bancs pour faire entrer tout le monde –, ce spectacle mêlant théâtre et cabaret est de ces découvertes au charme fou qu’on se félicite d’avoir rajouté au dernier moment dans un emploi du temps déjà dense pour clôturer, par la légèreté du chant et de la danse, une journée chargée. De l’histoire de Sissi Von Vart, on ne sait rien, et c’est tant mieux, lorsque s’ouvre le rideau noir du fond de scène pour laisser s’avancer vers le micro la comédienne Manon Viel. « J’ai poussé cette porte un soir d’hiver. Une cavité recluse, minuscule, en dessous de la vie qui roule et qui s’en fout. » Voici les premiers mots de la pièce écrite par la comédienne, celle-là même qui mène le bal et, dans la scène d’après, pousse la porte de la loge de ce cabaret miteux de Pigalle, renversée par le show qu’elle vient d’y voir, bouleversée par la créature qu’elle vient d’admirer. Elle est avocate pénaliste, soucieuse et sérieuse ; il est Sissi Von Vart, drag queen sulfureuse et insolente. Leur face-à-face augure un duo scénique sous le signe de la rencontre des contraires, mais ce cliché narratif est très vite dépassé pour nous entraîner dans un huis clos délicieux qui ménage son twist dramatique avec un appétit de langue communicatif. Sous la direction précise et ciselée de Benoît Giros, les deux interprètes s’en donnent à cœur joie dans cette histoire d’ébranlement réciproque auréolée par les atours du music-hall.
Impossible de dévoiler l’horizon de l’intrigue dont la surprise est partie prenante du plaisir qu’on y prend, mais ce duo improbable, désaccordé à l’origine, trouve son harmonie au fur et à mesure que le lien se fait. Piquante, la joute verbale qui s’engage dévoile une écriture vive, espiègle et colorée, et la suite donne à cette entrée en matière une dimension émotionnelle nouvelle dans laquelle on se laisse glisser en confiance. Ponctué de quelques parenthèses chantées et dansées façon cabaret, ce petit bijou de spectacle parvient à hybrider les paillettes et les strass du music-hall avec une fiction inattendue et attendrissante. Le cabaret y agit comme un écrin qui adoucit la vie et ses failles, une bulle pour d’impossibles retrouvailles, le lieu d’une possible réconciliation, avec son passé, avec soi-même. Dans une scénographie de circonstance, entre un paravent, un porte-manteau et un miroir où la métamorphose de chacune, comme une seconde naissance, se réalise, les deux interprètes font le sel de cette création pepsy et sexy, nappée de la composition musicale pop et entraînante de Minouche Nihn Briot et de références à Sylvie Vartan. En bas résille, cuissardes noires et robe à frange, Laurent Viel est une drag queen de la plus belle espèce, magnétique et sublime, qui maîtrise à la perfection chant et danse, à qui sa nièce, Manon Viel, lumineuse dans sa partition de papillon qui déploie ses ailes, offre un rôle cousu main. Chacune évoluera en faisant un pas vers l’autre. Et tandis que l’une se dépouille au fur et à mesure des artifices de son travestissement pour offrir son visage à nu, l’autre fait le chemin inverse en devenant un oiseau de nuit au déhanché décomplexé, toute en plumes rouges et mini short en skaï brillant. Deux créatures de rêve fantasmatiques qui nous auront fait traverser le miroir d’une histoire aussi pétillante que touchante.
Marie Plantin – www.sceneweb.fr
Sissi Von Vart
Texte Manon Viel
Mise en scène Benoît Giros
Avec Laurent Viel, Manon Viel
Costumes Thelma Di Marco Bourgeon
Régie générale Coline Mattel
Création son Minouche Nihn Briot
Création lumière Eric SchoenzetterProduction D Muse, en collaboration avec la compagnie Mathilde
Coproduction Théâtre de l’Archipel – GranvilleDurée : 1h15
Artéphile, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 3 au 25 juillet 2026, à 20h55 (relâche les 5, 12 et 19)




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