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« Sans Ulysse », l’Odyssée de la mère de Liora Jaccottet

A voir, Dijon, Les critiques, Lyon, Montluçon, Théâtre
Sans Ulysse de Pascal Cesari et Liora Jaccottet
Sans Ulysse de Pascal Cesari et Liora Jaccottet

Photo Jean-Louis Fernandez

En poursuivant le legs de sa mère – un texte inachevé –, Liora Jaccottet ausculte l’attente d’une Pénélope, les états qu’elle traverse, jusqu’à peut-être mourir d’amour. Puisque la co-autrice (avec Pascal Cesari) et metteuse en en scène est si proche du sujet, elle s’en détache en passant par la loufoquerie, faisant de Sans Ulysse une pièce sans âge, loin des effets de mode.

Quand la mère de Liora Jaccottet décède, elle lui laisse un manuscrit à peine ébauché dont elle lui avait parlé, Sans Ulysse. De cet objet à peine lisible, la fille ne peut extraire que cette phrase : « Je m’absente un instant, un instant seulement. » La voici donc avec une matière aussi parcellaire que vertigineuse pour relier les fils de leurs histoires, celle d’une fille à sa mère, mais aussi celle de Shoshana Rappaport à son amoureux, le père de Liora – lui-même fils de l’illustre Philippe Jaccottet, dont Liora est de fait la petite-fille. 28 ans de vie de commune, et puis arrive le départ de cet homme auquel ne se résoudra pas la mère, jusqu’à ce que lui soit détecté un cancer, au moment même où il annonce son remariage. Si la jeune artiste cherche à savoir si sa mère « est morte d’amour », elle se lance aussi dans la gageure de représenter l’attente.

Mais encore faut-il savoir laquelle, car, en fin de pièce, le père, par l’intermédiaire d’un enregistrement audio, renverse la table : c’est lui qui a attendu Shoshana souvent en retard, parfois de plusieurs jours. « Mais elle ne partait jamais vraiment », corrige la fille, incarnée par d’autres. Car, pour porter cette charge, il faut créer de la distance avec ce sujet inflammable. Ainsi, l’autrice et co-metteuse en scène n’est présente sur le plateau que le temps de confier son récit aux trois autres comédiens qui vont endosser de nombreux rôles – ah, le médecin aveugle Tirésias ! –, à commencer par les principaux : ceux de laborantins membres de l’Agence Nationale de la Recherche Cathartique (ANRC) qui, à la faveur de son itinérance, s’installe parfois dans les théâtres. Leur mission ? « Proposer des fins aux histoires qui n’en ont pas » par une « cérémonie restitutionnelle ». Caroline Arrouas, Cécile Bournay et Pascal Cesari tiennent haut la barre de ce maelström.

En trois actes, entre la « Télémachie » et le « Retour des fantômes », les auteurs vont surtout développer celui-ci : « Où l’on va vous conter dix années de vie et d’attente héroïque depuis la séparation jusqu’à la mort de Shoshana et où l’on en finit avec l’image éculée de Pénélope tissant et détissant son linceul dans le plus sinistre ennui. » C’est bien là que se situe tout le travail de ce duo, associé au théâtre lyonnais du Point du Jour, formé à la Comédie de Saint-Étienne et fondateur du Collectif La Lenteur, une révolution en soi dans l’époque asphyxiée par l’ultra-connexion numérique. Après Oh Johnny, plongée un peu naïve (mais pièce de sortie d’école) dans l’univers des fans, et La nuit des temps, très convaincante et évaporée recherche d’un grand-oncle disparu qui donnait le pouvoir au théâtre sur la vidéo utilisée, Pascal Cesari et Liora Jaccottet disent signer là la troisième part d’un triptyque dont on définit mal les contours tant les pièces sont disparates. L’absence les relie, certes, mais Sans Ulysse ose flirter avec l’absurde, usant des mots d’Homère, jouant de leur concomitante désuétude et intemporalité. De même avec les costumes signés Jeanne Daniel-Nguyen, oscillant entre les apparats gréco-romains et les costards et tailleurs volontiers trop cintrés et trop gris d’une époque moderne sans fantaisie. Ce qui crée le déraillement est cette mère plus joyeusement dingue que sa supposée attente le laisserait entrevoir de prime abord – elle avait même falsifié son passeport suisse en se rajeunissant de deux ans, ce qui a rendu impossible l’établissement d’un certificat de décès.

Repoussant le pathos comme s’il s’agissait de la peste, Liora Jaccottet exclut toute forme de transfert du spectateur envers l’histoire d’amour déchirante de ses parents. C’était probablement sa seule solution pour qu’elle puisse réaliser ce spectacle, qu’elle tire vers un absurde qui ne l’est peut-être pas tant que ça. Arrivé par la sorte de passe-plat du décor qui sert les accessoires sur un plateau, un chien en peluche devient le médium pour dire que, tant que l’animal n’a pas vu le corps mort de son maitre décédé, il continue de croire à son retour dès qu’il entend le bruit d’une voiture. D’une histoire passionnelle tutoyant les héros de la tragédie grecque, Liora Jaccottet recherche les fondements basiques en fabriquant, in fine, un récit avantageusement démythifié.

Nadja Pobel – www.sceneweb.fr

Sans Ulysse
Texte et conception Pascal Cesari, Liora Jaccottet
Mise en scène Liora Jaccottet
Avec Caroline Arrouas, Cécile Bournay, Pascal Cesari, Liora Jaccottet
Dramaturgie Léa Romoli
Scénographie et lumière Manon Vergotte
Son Léa Bonhomme
Costumes Jeanne Daniel-Nguyen

Production déléguée Prémisses – Office de production artistique et solidaire pour la jeune création.
Coproduction Théâtre du Point du Jour (Lyon) ; Théâtre des Ilets – CDN de Montluçon ; MC2 : Maison de la culture de Grenoble, Scène nationale ; Théâtre Dijon-Bourgogne – CDN
Avec le soutien de L’École de la Comédie de Saint-Étienne / DIESE # Auvergne-Rhône-Alpes, du CENTQUATRE-PARIS, de La Machinerie – Théâtre de Vénissieux, de La Chartreuse – Centre National des Écritures du Spectacle (Villeneuve Lez Avignon) du Théâtre de la Bastille (Paris) et du Dispositif d’insertion professionnelle de l’ENSATT

Durée : 1h25

Théâtre du Point du Jour, Lyon
du 27 au 29 janvier 2026

Théâtre des Ilets, CDN de Montluçon
les 11 et 12 mars

Théâtre Dijon-Bourgogne – CDN, dans le cadre du festival Théâtre en mai
du 28 au 30 mai

28 janvier 2026/par Nadja Pobel
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