Tous coupables sauf Thermos Grönn évoque sous une forme farcesque l’évasion rocambolesque de Carlos Ghosn, l’ancien PDG de Renault-Nissan, du Japon. Un spectacle haut en couleur écrit par Romane Nicolas et mis en scène par Sacha Vilmar, qui, à force d’énergie, lisse sa créativité.
C’est vrai qu’on s’est bien marré lorsqu’on a appris l’évasion de Carlos Ghosn du Japon. C’était fin 2019 et l’ancien PDG de Renault-Nissan, qui avait fait l’expérience de la prison japonaise pour des accusations de malversations financières, quittait secrètement l’île pour rallier la Turquie, puis le Liban, dans une mallette de musicien. Retournement de situation pour le milliardaire qui avait privatisé rien de moins que le château de Versailles pour son anniversaire en 2014 et se retrouvait là, à devoir se faire aussi petit que possible pour échapper à la justice japonaise. Quand le tout-puissant devient minuscule, cela produit du rire, pas forcément sain, mais bien carnavalesque.
C’est d’ailleurs dans cette même tendance burlesque que Sacha Vilmar a commandé un texte à Romane Nicolas autour de cette histoire et qu’il a bâti une mise en scène aux allures de bande dessinée/dessin animé, couleurs pétantes, personnages grotesques et courses poursuites qui tournent en rond à l’appui. Il ne s’agit pas de verser dans le réalisme et, d’ailleurs, Carlos Ghosn s’appelle ici Thermos Grönn. Une maison pour commencer, avec chapeau pointu de cheminée brinquebalant, et on se croirait dans un policier direction la vieille Angleterre entre des murs tapissés de vert et un grand miroir ovale. Les éclairages découpent des ombres et un texte à la Jarry revisite allègrement le langage, où un passeport devient « pisseport », par exemple, déployant des échanges rythmés truffés de néologismes malicieux qu’on traduit aisément à l’image du fameux « Merdre » de l’auteur pré-dada.
Tout s’enchaîne ensuite à un rythme effréné qui tisse de loin ses échos avec la réalité. Le titre de la pièce, déjà, évoquait une mémorable bourde de l’inoubliable Nadine Morano ; puis des radis vengeurs, des juges rouges, un métalleux et l’archange Michel, entre autres, ponctuent une histoire absurde et rocambolesque menée par quatre interprètes survitaminés – Fanny Colnot, Étienne Guillot, Véronique Mangenot et Sacha Vilmar lui-même. Grâce à la grande tournette imaginée par Emmanuel Charles, nous voilà lancés dans le grand manège d’une évasion hautement improbable, dont le baroque est à l’image de celui d’une société à la morale qui fout le camp du côté des puissants.
Malheureusement, dans ce registre burlesque alimenté d’une énergie qui ne faiblit jamais, l’inventivité réelle du spectacle perd en relief et finit par devenir la norme. Peu de rires, donc, dans une action qui a tendance à tourner en rond et face à des effets qui misent tous sur le même cheval de l’exagération et du clin d’oeil. Si l’on ne se laisse pas prendre, on assiste cependant avec une bienveillance amusée à ce déferlement clownesque que le réel avait de lui-même initié. La créativité scénique et l’utilisation d’un artisanat théâtral façon baraque de foire mêlé à une scénographie somme toute léchée et au grand pouvoir évocateur restent séduisantes. La portée politique évidente dès le début ne parvenant pas vraiment à s’approfondir, le sentiment qui s’impose progressivement est celui d’une somme de talents qui ne demandent qu’à être mieux exploités.
Eric Demey – www.sceneweb.fr
Tous coupables sauf Thermos Grönn
Texte Romane Nicolas (esse:que Éditions)
Mise en scène Sacha Vilmar
Avec Fanny Colnot, Étienne Guillot, Véronique Mangenot, Sacha Vilmar
Voix Fabrice Drouelle
Assistanat et dramaturgie Mathilde Segonds
Décor, accessoires Emmanuel Charles
Costumes Amélie Waille
Prothèses Carole Allemand, Laurent Huet
Maquillage, perruques Catherine Saint-Sever
Lumières Chloé Agag
Son Manon Poirier
Régie générale Robin Mensch
Construction du décor Hannah Deutschle – Scénopolis, Strasbourg
Doublure répétitions Chad ColsonProduction Démostratif
Coproduction Théâtre de la Manufacture – CDN Nancy Lorraine ; La Filature – Scène nationale de Mulhouse ; TAPS – Théâtre Actuel et Public de Strasbourg ; Agence culturelle Grand Est ; La Pokop de Strasbourg ; Le Diapason de Vendenheim ; Espace Bernard-Marie Koltès – Metz – scène conventionnée d’intérêt national écritures contemporaines
Avec le soutien de la DRAC Grand Est, de la région Grand Est, de la ville de Strasbourg, de la Salle Europe de Colmar, de l’Adami et la Collectivité européenne d’Alsace
Avec la participation artistique du Jeune théâtre national
Coréalisation Théâtre de la TempêteDurée : 1h15
Théâtre de la Tempête, Paris
du 5 au 24 mai 2026






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