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Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna signent une « Lysistrata » en petite forme



Décevant, Les critiques, Saint-Denis, Théâtre
Roser Montlló Guberna et Brigitte Seth mettent en scène Qui a peur de Lysistrata ? de MarDi (Marie Dilasser)
Roser Montlló Guberna et Brigitte Seth mettent en scène Qui a peur de Lysistrata ? de MarDi (Marie Dilasser)

Photo Christophe Raynaud de Lage

L’iconique duo de chorégraphes, dramaturges et interprètes s’empare de la figure de Lysistrata, sous les mots merveilleux de MarDi (Marie Dilasser), mais n’atteint ni sa puissance comique ni son pouvoir de révolte.

Main dans la main comme deux vieilles amies qui fêteront bientôt trente ans de compagnonnage et autant de créations, Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna entrent en chœur de madres, divines et irrésistibles, avant d’entamer le récit : la terre gronde, c’est le bruit de la guerre qui couve. Car les humains ne cessent évidemment de se battre et la guerre est enfermée dans tous les corps, cherchant le moindre prétexte pour s’en extraire et tout détruire sur son passage. Ainsi, les deux chorégraphes, qui signent aussi la mise en scène, s’emparent du mythe de Lysistrata, du nom de cette comédie où le poète grec Aristophane raconte, en -411, la révolte des Athéniennes, qui organisèrent une grande grève du sexe pour protester contre la guerre que la cité a déclarée à Sparte. On retrouve, bien entendu, tous les ingrédients qui font le succès de la compagnie : le théâtre de corps, ou bien la danse mêlée de mots, c’est selon, le tout emprunté aux zapateados – ces danses traditionnelles andalouses –, avec le catalan qui n’est jamais loin. Le petit air décalé, surtout, signe le propre du duo formé par Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna, dont la savoureuse ironie émerge de leur complicité autant que de leur délicieux air pince-sans-rire.

Tous les éléments auraient donc dû être réunis pour réactualiser avec force le mythe si éloquent de Lysistrata. Malheureusement, la proposition ne dépasse jamais l’enchaînement de tableaux – déclamés ou dansés – sans consistance ni contraste assez marqué pour faire parvenir jusqu’à nous l’émotion nécessaire. Sur un plateau nu où gisent seulement divers vêtements abandonnés – évoquant de manière un peu facile des dépouilles de victimes au sol –, on voit ainsi défiler des spectres sans identité, prenant successivement en charge la propagande d’un patriotisme frénétique, le récit domestique de l’obsession qui confine au désir de la violence, la caricature d’un président fascisant très phallocentré… Si les mots de MarDi (Marie Dilasser) sont empreints d’une indéniable force poétique, aucune cohérence narrative n’émerge de cette succession de scènes, et, sans que l’on comprenne vraiment par quelle intervention divine cela intervient, les femmes se mettent à trouver la voie de l’émancipation, s’écartant peu à peu de l’emprise patriarcale de leurs maris, qui décrètent subitement qu’il serait plutôt malin de « défaire leur éducation ».

Sans nous donner à voir la lutte interne qui agite les femmes pour échapper à leur conditionnement, sans nous donner accès aux luttes nécessaires au changement de paradigme, la chute tombe à plat, et la scène finale, qui aurait pu être truculente – une assemblée de déesses toutes plus carnavalesques les unes que les autres qui se penchent sur le destin de ces humains bagarreurs –, manque définitivement sa cible. Le parallèle final entre la prière divine adressée aux Hommes et le pouvoir cathartique du théâtre ose à peine se frayer un chemin jusqu’à nous lorsque les déesses espèrent que nous ayons entendu leur chant pour « apprendre à tisser de nouveaux liens entre les choses afin de rendre la Terre habitable par toutes et tous ». Ainsi, ni le traitement du comique sur le registre tragique ni la malice d’un texte qui s’amuse à jongler entre grivoiserie et lyrisme ne suffisent à créer un décalage assez éloquent pour faire émerger la force revendicatrice du mythe, ce qui manque de faire parvenir jusqu’à nous le récit de la lutte pour leur propre survie des femmes de tout temps.

Fanny Imbert – www.sceneweb.fr

Qui a peur de Lysistrata ?
de MarDi (Marie Dilasser)
Mise en scène et chorégraphie Roser Montlló Guberna, Brigitte Seth
Avec Jim Couturier, Ariane Derain, Antoine Ferron, Francisco Gil, Lisa Martinez, Maud Meunissier, Roser Montlló Guberna, Alice Rahimi, Brigitte Seth
Collaboration artistique Emmanuelle Bischoff
Musique et vidéo Hugues Laniesse
Scénographie Roser Montlló Guberna, Brigitte Seth
Lumière Guillaume Tesson
Costumes Sylvette Dequest
Assistanat à la mise en scène Gwennina Cloarec, Aliénor Suet

Coproduction Compagnie Toujours Après Minuit ; Théâtre Gérard Philipe, CDN de Saint-Denis ; Château Rouge – Scène conventionnée d’intérêt national « Art et création », Annemasse
Avec le soutien du Théâtre des Bergeries, Noisy-le-Sec ; du Triangle – Cité de la danse, Rennes ; de La Briqueterie – CDCN du Val-de-Marne, Vitry-sur-Seine

Durée : 1h30

Théâtre Gérard-Philipe, CDN de Saint-Denis
du 12 au 22 février 2026

14 février 2026/par Fanny Imbert
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