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« Au nom des arbres », sortir des théâtres

A voir, Les critiques, Lyon, Sceaux, Théâtre
Roland Auzet met en scène Au nom des arbres de Laurent Gaudé
Roland Auzet met en scène Au nom des arbres de Laurent Gaudé

Photo Jordi Lagoutte

Nouvelle création, mais surtout nouveau dispositif au cœur du centre commercial de La Part-Dieu, à Lyon. Roland Auzet, ses équipes et les comédiens Hervé Pierre, Thibaut Vinçon et Victoire Du Bois expérimentent, avec Au nom des arbres, le système THIS (pour « théâtre in situ ») au service d’un récit attendu de Laurent Gaudé sur la lutte armée en faveur de l’écologie.

Il y a onze ans, au même endroit – le centre commercial de La Part-Dieu –, Roland Auzet conviait déjà le public. C’était en collaboration avec Les Célestins et, assis, chacun regardait son adaptation de Dans la solitude des champs de coton, casque vissé sur les oreilles pour pouvoir entendre les actrices Anne Alvaro et Audrey Bonnet qui allaient et venaient, parfois au très loin, dans ce vaste temple de la consommation. Désormais, le centre, qui s’est agrandi et fait plus de place à la culture – en accueillant, par exemple, une exposition du peintre Jean Couty actuellement –, est le lieu de naissance de cette nouvelle collaboration entre Laurent Gaudé et Roland Auzet, qui tournera ensuite dans des théâtres et pourra surtout aller n’importe où, car le dispositif mis en place est beaucoup plus souple (et moins coûteux) que le précédent.

Fini le système d’ondes – tel celui des radios – et place au wifi. Grâce à une application à charger sur son téléphone – pour cette première série de représentations et pour assurer la stabilité du dispositif, les téléphones sont prêtés aux spectateurices – et équipé de casques, le public peut évoluer autant qu’il le souhaite à l’instar du trio d’interprètes. On entend ainsi les dialogues, les chuchotements en changeant d’angle de vue sur des personnages qu’il est parfois impossible d’embrasser visuellement simultanément, car ils utilisent l’espace à plein – quoiqu’ils ne disparaissent jamais vraiment et ne jouent pas avec cette étrangeté-là. Le cadre est mouvant, mais ne s’efface pas totalement. Nommé THIS, pour « théâtre in situ », ce dispositif sera ensuite mis à disposition de compagnies et de lieux (mairies…) qui ne disposent pas de salle de spectacles pour que, précisément, le théâtre aille partout et rencontre ce nouveau public que tous les directeurices chérissent.

Le récit est celui d’une série d’attaques contre les écocides menées en même temps dans différents endroits du monde : une tuerie de masse aux États-Unis, une destruction de pipelines au Nigéria et la contamination en Allemagne d’un réseau d’eau potable aux mains d’un géant de la chimie qui, par ailleurs, souille les sols et les rivières depuis des décennies. Et, en France, cela prend la forme d’une prise d’otage d’un grand patron d’une société d’eau (polluée aux pesticides et bactéries fécales) par deux jeunes activistes qui se disputent sur le mode opératoire – tuer ou pas leur proie, interprétée par Hervé Pierre très à son aise pour jouer ce monsieur fourbu, épuisé et étourdi qui fixe ses pieds, le dos courbé. Ces acolytes militants apparaissent sur l’écran immense du centre commercial, réceptacle de leur boucle de chat. Loin d’être coincés dans un FaceTime, les acteurs s’amusent à jouer des hauteurs du lieu, des escaliers et même de l’ascenseur.

Plus que le récit – finalement déjà souvent entendu, même si toujours nécessaire –, la mise en dialogue avec d’autres continents par le truchement de la vidéo ou le système de casques qui permet d’entendre des bruitages, des ambiances, des paroles – récemment très bien développé, par exemple, par Maxime Mansion dans L’Inhabitante de Leïla Cassar, qui se jouera bientôt en rue –, c’est bien le dispositif THIS qui est novateur en ce qu’il contient de promesses. Sa légèreté – pas de décor, pas de besoin technique particulier, la lumière étant assurée par un technicien qui douche les acteurs – est le vecteur de ce que Roland Auzet nomme un « manifeste pour une démocratie culturelle réelle », à condition de se départir des noms de marques des magasins qui ceinturent l’espace de jeu, mais sont fort heureusement fermés à l’heure de la représentation.

Nadja Pobel – www.sceneweb.fr

Au nom des arbres
Texte Laurent Gaudé
Mise en scène Roland Auzet
Avec Victoire Du Bois, Hervé Pierre, Thibault Vinçon, et, en vidéo, Antonia Bill, Blaise Pettebone, Rose Martine

Production ACT Opus
Coproduction MA Scène nationale – Pays de Montbéliard, Théâtre de l’Archipel – Perpignan, Les Gémeaux – Scène nationale de Sceaux
Avec le soutien de Westfield La Part-Dieu pour la création à Lyon

Durée : 1h15

Westfield – Centre commercial de La Part-Dieu, Lyon
du 21 au 25 avril 2026

Les Gémeaux, Scène nationale de Sceaux
du 10 au 12 octobre 2026

23 avril 2026/par Nadja Pobel
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