Inconnue en France, la New-Yorkaise Abby Z fait jaillir une danse brute et sonore, où se glissent des influences hip-hop et ballroom. Dans un ensemble formel et radical, elle déploie avec son groupe une intensité brute et touchante. Radioactive Practice a été présenté en première française au festival Montpellier Danse.
Ils déboulent sur la scène, font exploser des gestes physiques, vifs, quasiment tonitruants. Assiste-t-on à un entraînement ? À une battle ? La danse d’Abby Z and the New Utility est pour sûr spectaculaire. En 2012, la chorégraphe américaine Abby Zbikowski créait cette compagnie avec les danseuses Fiona Lundie et Jennifer Meckley, forte de ses études aux États-Unis et de sa formation à l’École des Sables, à côté de Dakar, où est enseignée la technique de la légendaire Germaine Acogny. L’objectif d’Abby Z and the New Utility ? Croiser les pratiques, les systèmes de valeur et les cultures, en poussant le corps au-delà de ses limites. Cette esthétique de l’effort couplé à un syncrétisme gestuel rayonne dans Radioactive Practice, pour créer un spectacle à la puissance viscérale, qui frôle la brutalité.
Une musique électronique saturée envahit la salle. Quand le son se coupe, les performeurs s’emparent de la scène, tour à tour, puis par groupe de deux ou trois. Pas de place pour l’économie ici. Ils frappent bruyamment le sol avec la plante de leurs pieds – les stomp du krump ne sont pas loin –, balancent les bras en l’air, sautent sur place, chutent sur le sol façon dip – une figure emblématique du voguing – ou en ondulant comme un serpent. Les six interprètes virtuoses, en tenues sportives, baskets et genouillères noires avec des touches fluo, semblent tenir des danses hip-hop et de la culture ballroom, tant leur danse est percutante, assénée avec une détermination intarissable.
Derrière les gradins qui encadrent la scène comme une arène, les encouragements et les commentaires des autres danseurs fusent, autre clin d’oeil aux cultures underground, où les interactions avec le public font partie du show. Avec ces remarques, ce sont les soupirs, gémissements, frottements et claquements des corps qui accompagnent leur danse. Bien que combative, presque trop brusque parfois, tenant à distance, leur danse n’est pas dénuée de tendresse. Et c’est peut-être ce qui leur permet d’entrer en empathie avec la salle. Une fois attrapé, difficile de les lâcher.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr
Radioactive Practice
Chorégraphie, mise en scène Abby Zbikowski
de et avec Lucy Dillon, Kashia Kancey, Ishmael Konney, Jennifer Meckley, Benjamin Roach, Yukina Sato
Direction des répétitions Fiona Lundie, Jennifer Meckley, Benjamin Roach
Dramaturgie Momar Ndiaye
Création lumière Jon Harper
Musique Matthew Peyton DixonProduction Abby Z and the New Utility
Coproduction New York Live Arts ; National Performance Network / Visual Artist Network ; American Dance Festival
Avec le soutien de Joseph and Joan Cullman Foundation for the Arts, Mertz Gilmore Foundation, National Endowment for the Arts, New York City Department of Cultural Affairs, New York State Council on the Arts, Jerome Robbins Foundation, Fan Fox & Leslie R. Samuels Foundation, Scherman Foundation, Shubert Foundation, Doris Duke Charitable Foundation, Andrew W. Mellon Foundation, ainsi que d’autres programmes de soutien à la création et aux artistes (Caroline Hearst Choreographer-In-Residence Program, Dance Umbrella Four by Four, United States Artists Fellowship, Université de l’Illinois, Wexner Center for the Arts)Durée : 1h
Vu en juin 2026 au Domaine d’O – Théâtre Jean-Claude Carrière, dans le cadre du festival Montpellier Danse





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