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« Quartet » : scroll et angoisse existentielle

A voir, Danse, Les critiques, Metz
Quartet d'Alban Richard
Quartet d'Alban Richard

Photo Agathe Poupeney

Avec Quartet, Alban Richard signe sa dernière pièce à la direction du Centre chorégraphique national de Caen, où quatre danseurs-chanteurs déploient une rhapsodie tourbillonnante. Gestes saccadés, paroles frénétiques et chants éthérés révèlent les dissonances de notre époque.

Un ballet pour Gen Z blasée et millennials au bord du burn-out ? Quatre interprètes en débardeur à motif léopard fluo ou en dentelle blanche s’avancent, pupitre noir à la main. Ils et elles commencent une conversation de sourds, où s’enchaînent frénétiquement quelques phrases : « How can it happen again and again », « What do you mean », « You know what I mean ». Du genre féru de musique, Alban Richard aime confronter sa danse à différents univers musicaux : les compositions minimalistes de Brian Eno et David Tudor dans 3 works for 12 (2021), des titres pop des années 1980 chantés par une soprano et un beat boxer dans Come kiss me now (2024). Avec Quartet, co-signé avec le musicien et DJ Simo Cell, le chorégraphe emprunte à la rhapsodie pour mettre en scène et en corps les dissonances du monde actuel.

On croirait des pantins, tant leurs gestes sont saccadés et leurs expressions figées, ou peut-être des personnages de jeux vidéo, aux attitudes étranges, flottant dans un paysage numérique. Leurs paroles et leurs gestes se répètent, en boucles, façon scrolling infernal sur les réseaux sociaux. Une rhapsodie numérique où les interprètes – Chihiro Araki, Anthony Barreri, Zoé Lecorgne et Aure Wachter – font surgir une succession de fragments hétéroclites. S’ils ne traduisent pas vraiment un discours ou un ensemble cohérent, ils donnent la température de notre époque.

Autant survitaminé que désespéré, Quartet semble mettre le doigt sur les maux de notre monde, au rythme frénétique, déstructuré, devenu hostile à la présence des humains et du vivant en général. Mais aussi sur des stratégies pour tenter d’y survivre, comme l’accélération, l’exagération et la mise en avant de soi. Traversant le plateau d’un pas déterminé ou s’avançant en se croisant les uns les autres façon danse baroque, les interprètes alternent les « Let’s get wet bitch » et les réflexions sur une courte durée de vie. Une manière de composer avec l’angoisse existentielle, à l’heure du capitalisme effréné, de la surconsommation et de la marchandisation de soi ? Cette course se suspend grâce au timbre éthéré de Zoé Lecorgne, sur une ballade mélancolique en anglais, accompagnée au synthé par Anthony Barreri. Simplicité, justesse et écoute ont remplacé la cacophonie. Une pause salvatrice pour calmer l’angoisse ? Quartet illustre le trop-plein sans jamais trop en faire. Cela grâce à un habile maillage chorégraphique, sans relâchements ni hésitations, où les interprètes sont parfaitement accordés.

Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr

Quar­tet
Conception, chorégraphie et composition Alban Richard
Création et interprétation en collaboration avec Chihiro Araki, Anthony Barreri, Zoé Lecorgne, Aure Wachter
Assistante chorégraphique Daphné Mauger
Musique Simo Cell
Design sonore Vanessa Court
Design lumières et régie générale Nicolas Bordes
Costumes Fanny Brouste
Coach vocal et anglais Deborah Lennie

Production déléguée OASES
Production Centre Chorégraphique National de Caen en Normandie
Coproduction Cité musicale-Metz

Durée : 1h

Vu en janvier 2026 au Théâtre de Vanves, dans le cadre du festival Faits d’Hiver

Cité musicale-Metz
le 17 juin

26 janvier 2026/par Belinda Mathieu
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