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« Ostinato » décroche la lune

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Ostinato d'Akoreacro
Ostinato d'Akoreacro

Photo Kalimba

Faut-il se mettre en quête de la lune ? Dans un spectacle où l’excellence acrobatique de la compagnie Akoreacro se conjugue à une narration et une mise en scène aux multiples échos, Ostinato raconte avec brio et poésie une humanité qui en veut toujours plus.

Après la collaboration avec Pierre Guillois, qui avait donné naissance à Dans ton coeur, la compagnie Akoreacro a demandé à Alexandre Markoff, dramaturge et metteur en scène fondateur du Grand Colossal Théâtre, d’accompagner ses treize acrobates et musiciens dans la création d’Ostinato. D’un spectacle à l’autre, la volonté demeure de concilier l’art de l’acrobatie, cœur battant de la compagnie, avec une théâtralité du propos. Un équilibre difficile à trouver qui trouve cependant ici un parfait centre de gravité, le propos rendant à l’acrobatie ce que l’acrobatie tire du propos. Dans Ostinato, en effet, la narration s’estompe légèrement sans pour autant s’absenter. Le fil rouge du spectacle suit les efforts répétés, obstinés incline à penser le titre, d’une cohorte d’humains pour décrocher le pompon, une sorte de luminaire qui s’envole au tout début dans les hauteurs du chapiteau, et comme dans un manège pour enfants, échappe de peu à chaque tentative aux mains qui se tendent vers lui. Volonté folle, presque irrationnelle, et potentiellement destructive, pulsion humaine, trop humaine, à vouloir décrocher la lune, à en vouloir toujours plus, ou tout simplement à désirer, tendant ainsi tout son être vers l’accomplissement de ses objectifs, ce mouvement de l’humanité donne au spectacle son rythme rapide et entraînant.

Si Alexandre Markoff a pensé sa dramaturgie comme une fresque chronologique, cela ne saute pas aux yeux non avertis du spectateur. Et c’est loin d’être un problème. Au début, défilent effectivement des animaux, des insectes et un redoutable cor-cheval qui hennit au son de l’instrument, comme les prémices de notre humanité. La piste déroule ensuite son film sur une sorte de tapis roulant que dessinent les traversées rapides des acrobates au son de la musique dont la production est partagée entre la régie son et les musiciens. Tourelles de bois moyenâgeuses et paysage industriel à base de poutrelles boulonnées marquent les deux temps principaux d’un spectacle qui emporte dans un mouvement incessant cette quête en forme de ritournelle. La chorégraphie millimétrée est ébouriffante, un tourbillon qui surprend sans cesse où les variations autour du même thème – « ostinato » est également un terme musical désignant une reprise rythmique ou mélodique – produisent toujours du nouveau. Un époustouflant intermède au cerceau, des planches épatantes, des transitions où les personnages marchent sur place tandis que le décor glisse, décuplant le plaisir d’acrobaties où les bras servent d’agrès, où l’excellence de la performance saute aux yeux en même temps qu’elle se fait humble et presque naturelle.

La compagnie Akoreacro fête ses vingt ans et exerce désormais sous chapiteau. Ici, deux cuisiniers accompagnent la tournée et une maîtresse volante prend en charge les jeunes enfants des membres de la compagnie. Et c’est sans doute ce qui ressort de cette course au pompon : l’entraide, la solidarité, la confiance. Si des conflits s’esquissent, si des corps tombent dans des chutes vertigineuses accompagnées de cris, la volonté d’aller toujours plus haut s’appuie ici sur la complémentarité entre ces porteurs aux allures de colosses et une brindille voltigeuse, entre des hommes aux démarches mal assurées et un moustachu version brigade du tigre. Un propos politique s’esquisse : quelques allusions aux luttes syndicales, un tract au poing levé, ce pompon apparaît ainsi comme la quête moderne de la croissance qui nous conduit à l’épuisement. Mais c’est surtout sa dimension poétique qui restera en mémoire. Avec son effet de groupe, ses rôles interchangeables, ses prises de risques et le sentiment intense de vulnérabilité qui en résulte, il émane de cette chorégraphie un mouvement concerté d’œuvre collective que seule la forme d’une humanité solidaire pourrait produire. Cette dernière image d’un cosmonaute capable de décrocher la lune porte dans cette perspective toute son ambiguïté.

Eric Demey – www.sceneweb.fr

Ostinato
Mise en scène Alexandre Markoff
Avec Manon Rouillard, Ugo Dario, Romain Vigier, Maxime Solé, Washington Basile Narcy, Maxime La Sala, Antonio Segura Lizan, Tom Bruyas, Sam Lebon, Kayou, Martin Brass, Louane Chériaux, Ania Berezina
Mise en musique Guilhem Fontès
Assistante à la mise en scène Rébecca Sitbon-Bacry
Regard acrobatique Maxime Bourdon
Création costumes Clarisse Baudiniere, assistée d’Armelle Chenu
Création scénographie Natacha Markoff
Construction scénographie Les Ateliers de construction, Maison de la Culture de Bourges
Régie générale / chef monteur Idéal Buschhoff
Création lumière / régie lumière Manu Jarousse
Création sonore / régie son Pierre Maheu

Production Association Akoreacro
Coproduction et résidences Théâtre-Sénart, Scène nationale ; Le PÔLE, PNC La Seyne sur Mer ; Maison de la culture de Bourges ; AGORA, PNC Boulazac ; Festival Zomer Van Antwerpen

Durée : 1h15

Vu en mai 2026 au Théâtre-Sénart, Scène nationale, Lieusaint

Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, Scène nationale
du 5 au 9 juin

Festival Villeneuve en Scène, Villeneuve-lès-Avignon
du 8 au 21 juillet

Le Forum, Fréjus
du 24 au 27 septembre

Scène nationale d’Orléans
du 2 au 10 octobre

Halle aux grains, Scène nationale de Blois
du 15 au 18 octobre

L’Azimut, Espace Cirque d’Antony
du 27 novembre au 6 décembre

Festival de Monchique, Algarve (Portugal)
du 22 décembre au 3 janvier 2027

Théâtre Brétigny
du 31 mars au 4 avril

Maison des Arts du Léman, Thonon-les-Bains
du 22 au 25 avril

Agora, PNC Boulazac
du 20 au 23 mai

Théâtre Le Vilar, Louvain-la-Neuve (Belgique)
du 29 mai au 3 juin

Festival des 7 Collines, Saint-Étienne
du 26 juin au 3 juillet

3 juin 2026/par Eric Demey
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