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Nîmes, capitale européenne du flamenco

À la une, Danse, Nîmes
Amélie Casasole, directrice du Théâtre de Nîmes
Amélie Casasole, directrice du Théâtre de Nîmes

Photo Sandy Korzekwa

La 36e édition du Festival Flamenco se déroulera du 13 au 18 janvier 2026 à Nîmes. Considérée comme « la capitale européenne du flamenco » par l’un des plus grands spécialistes du genre, José María Velázquez-Gaztelu, la ville rayonne grâce à cet événement piloté par le Théâtre de Nîmes dirigé par Amélie Casasole.

Comment avez-vous conçu cette 36e édition du Festival Flamenco ? Y a-t-il un fil rouge qui se dégage ?

La tradition est très présente dans le flamenco. J’essaie d’insuffler un vent de nouveauté et parfois un peu de déconstruction. Et je pense qu’on y arrive avec des artistes comme María del Mar Suárez « La Chachi » qui ne vient pas au départ du flamenco. Elle a d’abord étudié la dramaturgie, elle a été comédienne, puis elle a découvert la danse et le flamenco. Elle s’est emparée complètement de ce vocabulaire. C’est vraiment très intéressant de la proposer en regard d’autres artistes comme Rafaela Carrasco, qui a dirigé le ballet flamenco d’Andalousie et qui l’a vraiment modernisé. Elle tient une place très importante dans l’histoire contemporaine du flamenco parce qu’elle a amené une nouvelle génération sur le devant de la scène, comme Paula Comitre qui est aussi programmée. Rafaela Carrasco est une très grande pédagogue. Elle symbolise cette transmission. Avec elle, on est vraiment dans le Sud de l’Espagne et, avec « La Chachi », on est sur un flamenco plus métissé. C’est l’équilibre de la programmation.

Est-ce que l’on peut dire que María del Mar Suárez « La Chachi » est la punk du flamenco ?

Je pense qu’elle se revendique un petit peu comme ça. Elle est l’héritière de Rocío Molina et d’Israel Galván. Elle casse les codes du flamenco, mais avec un petit côté punk en plus. Il y a vraiment un côté punk dans son spectacle. Elle a beaucoup d’humour aussi, c’est très théâtralisé.

Rocío Molina, artiste associée au Théâtre de Nîmes, a présenté Calentamiento en novembre dernier et, pour le festival, c’est une autre icône du flamenco, Rafaela Carrasco, qui ouvre l’édition avec un avant-goût de sa future création, HUMO, qui rend hommage aux cigarières, ces femmes qui façonnent à la main les cigares. Le flamenco vit dans son époque, est-il aussi féministe ?

Oui, totalement. Rafaela Carrasco va prendre le contre-pied de l’histoire. Quand on pense à la cigarière, on pense évidemment à Carmen, c’est toujours la même vision de la femme. Mais Rafaela s’en empare pour évoquer la condition féminine et pas seulement la femme comme un objet de désir, comme ont pu l’être les représentations ancestrales. Elle sera en résidence chez nous et présentera une première ébauche de son futur spectacle, tout comme Ana Pérez, avec une petite forme au Musée de la Romanité, et on accueillera sa création la saison prochaine. C’est une danseuse française, originaire de Marseille, que l’on a envie d’accompagner. C’est la jeune génération qui a quelque chose à dire sur le flamenco. C’est une artiste qui est respectée des deux côtés de la frontière.

En recevant début 2025, la médaille de la ville de Nîmes, le poète et cinéaste espagnol José María Velázquez-Gaztelu a déclaré : « Nîmes est la capitale européenne du flamenco ». C’est une sacrée pression pour vous et votre équipe !

Oui, c’est vrai. Alors, il y a aussi d’autres grands festivals en France, comme la Biennale de Chaillot ou le Festival de Mont-de-Marsan début juillet, et il y en a d’autres en Europe. Mais pour les Espagnols, Nîmes est effectivement à part. Il y a eu énormément d’immigration du Sud de l’Espagne dans la ville. Le festival a été créé par un Espagnol, Pepe Linares, qui a débarqué à Nîmes en 1968 avec la culture flamenca dans sa valise. Il est à l’origine avec Eddie Pons et Bernard Souroque du premier festival de flamenco de Nîmes. Tous les grands sont passés ici. Camarón de la Isla a donné son avant-dernier concert avant de mourir aux Arènes de Nîmes en janvier 1992. Israël Galvan est venu au Festival de Nîmes avec ses parents lorsqu’il avait quinze ans, car son père était sur scène à ce moment-là. Rocío Molina a aussi commencé à Nîmes, elle avait à peine 18 ans. Tous ces grands interprètes ont donc une histoire avec ce théâtre et cette ville. Nîmes est une étape importante dans leur parcours, et le théâtre a beaucoup coproduit ces artistes en rupture avec leur tradition pour les accompagner dans leurs recherches. Ces artistes sont reconnus, mais le petit coup de pouce de la France pendant leur jeunesse leur a été bénéfique.

8 janvier 2026/par Stéphane Capron
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