À l’ombre du Palais des Papes, la chorégraphe et performeuse Myla Al Messa rend hommage à Einstein on the Beach de Philip Glass et Bob Wilson, créé il y a 50 ans au Festival d’Avignon. Elle a adapté l’opéra pour un solo aérien, dans les branches d’un micocoulier vieux de plus de 300 ans.
E=MC2, le spectacle de Myla Al Messa ne figure ni dans la programmation du Off, ni dans celle du Festival d’Avignon. Tous les jours à 17h30, au pied du Palais des Papes, à côté du cinéma Utopia, elle livre cette performance singulière. Depuis cinq ans, la directrice artistique des compagnies Entre Ciel et Terre et Berofly Team investit ce lieu avec l’accord des services de la ville d’Avignon pour y proposer une danse verticale d’une rare intensité. Ancienne journaliste spécialisée dans les sports de montagne et grande connaisseuse des sommets, Myla Al Messa a su conjuguer ses passions pour créer ce langage artistique unique. « J’ai commencé la danse classique à cinq ans », confie-t-elle, avant d’expliquer comment sa rencontre avec des alpinistes de renom, comme Patrick Edlinger et Patrick Berhault, l’a initiée à l’art de la grimpe.
Derrière l’apparente légèreté de la performance se cache une préparation technique d’une extrême rigueur. Suspendue à huit cordes, dont une tyrolienne, l’artiste évolue dans un système complexe où « tout doit être au millimètre près ». Le déploiement du dispositif nécessite une heure et demie d’installation et autant pour le démontage, encadrant les quarante minutes de spectacle. « Je veux voler, je veux danser, non plus au sol, mais dans cet arbre. Je lui demande son autorisation, je lui dis : ‘Est-ce que tu veux bien danser encore aujourd’hui ?’ On danse ensemble, réellement », explique la performeuse. Durant les deux mois précédant les représentations à Avignon, l’entraînement est quotidien et draconien. Myla Al Messa doit répéter le texte, maîtriser les accroches techniques, et surtout travailler la diction dans des positions acrobatiques. « Je suis perchée partout, dans la rue, la tête à l’envers, la tête sur les côtés », raconte l’artiste.
Au-delà de la prouesse physique, le titre du spectacle, E=MC2, est une profession de foi pour Myla Al Messa. Passionnée de mathématiques, d’astrophysique et de physique, elle a puisé dans l’équation célèbre d’Albert Einstein pour conceptualiser son travail aérien. « L’énergie se transforme en masse, la masse en énergie. La gravité, c’est exactement ce que je suis en train de faire », souligne-t-elle. En évoluant en hauteur, l’artiste travaille sur la notion d’espace-temps, cherchant à transcender les limites habituelles du mouvement. Lors de ses séquences de spinning — des rotations rapides suspendue dans les airs —, Myla Al Messa recherche volontairement une « perte totale de contrôle » de la notion d’espace et de temps. Dans ces moments de bascule, l’artiste perd tout repère géographique et temporel, une expérience qu’elle décrit comme « savoureuse » et profondément liée à sa démarche de recherche artistique.
Myla Al Messa a souhaité ancrer sa performance dans l’histoire du Festival d’Avignon en rendant hommage aux 50 ans de l’opéra Einstein on the Beach, œuvre majeure, fruit de la collaboration entre le compositeur Philip Glass et le metteur en scène Robert Wilson, créée au Festival d’Avignon le 25 juillet 1976. « Pour moi, c’était impératif de rendre hommage à ce grand pianiste, ce grand compositeur qu’est Philip Glass et à ce grand metteur en scène qu’est Robert Wilson », confie l’artiste. En faisant résonner cet héritage au pied du Palais des Papes, Myla Al Messa tisse un lien entre ce monument historique de l’opéra contemporain et sa propre recherche sur la physique et l’espace-temps.
Stéphane Capron – www.sceneweb.fr



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