La chorégraphe Marinette Dozeville et la bassiste Fanny Lasfargues éprouvent dans Études pour Chevalières – duo un répertoire de danses chevaleresques à la sobriété puissante.
Sa danse précise et engagée fait émerger des possibles féministes. La chorégraphe Marinette Dozeville incarnait dans le solo Là, se délasse Lilith… (2018) la libération d’un corps féminin, puis, avec l’ensemble AMAZONES (2021), livrait sa version dansée du poème-roman Les Guérillères de Monique Wittig, avant de déployer un geste sororal et militant avec C’est comme ça que don Quichotte décida de sauver le monde (2024). Études pour Chevalières – duo mise sur un dispositif dépouillé, où une danseuse et une musicienne font dialoguer leurs pratiques, entre combativité et tendresse.
À genoux, visage penché vers le sol, elle rebondit, fait claquer ses mains avec précision. Les gestes sont répétitifs, scandés, déterminés. À côté de Marinette Dozeville, Fanny Lasfargues fait sonner des riffs de sa guitare basse. Les grésillements se répandent dans l’espace en nappes, et s’entrechoquent à la persévérance des gestes, dont les itérations font écho à un mouvement de balancier. Les deux performeuses, côte à côte, ne se regardent pas. Leur écoute, et leur lien sororal, transparaissent pourtant.
Si le calme est de mise, les costumes – amples shorts de sport noirs, genouillères et protège-tibias – annoncent la proximité d’un combat. Cette tension, qui prépare à la lutte, cohabite avec une progression émancipatrice : des moulinets de bras, des variantes du pas de bourrée, des balancés subtils, où le genou se plie sur le côté, dans un mouvement de balancier qui rappelle la liberté rebondissante de l’Américaine Trisha Brown. Tandis que la danse redéfinit les contours de l’espace scénique, la musique, sinueuse, dialogue avec les gestes et se mêle à eux. Ils semblent constituer un répertoire de danses chevaleresques, déjà exploré dans C’est comme ça que don Quichotte décida de sauver le monde.
Loin de produire un sentiment de redite, la répétition de ces gestes, qui insistent comme s’ils voulaient laisser leur empreinte sur le sol, semble plutôt ancrer dans le corps de la danseuse, une force, un engagement, une détermination. Elle porte en elle la puissance des expérimentations collectives et du militantisme. Loin des danses grandiloquentes, qui galvanisent dans la brutalité tout en brandissant un étendard politique émancipateur, les danses de Marinette Dozeville déploient leur force avec sobriété. Ce qui les rend d’autant plus puissantes.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr
Études pour Chevalières – duo
Chorégraphie et interprétation Marinette Dozeville
Création musique et live Fanny Lasfargues
Regards extérieurs Julie Barbier, Laurence Langlois, Pauline Tremblay
Scénographie et costumes Dagmara Stephan
Création lumières Louise Rustan, Agathe GeffroyProduction Yapluka – Cie Marinette Dozeville
Coproduction Théâtre de Vanves ; Agence Culturelle du Grand Est ; Aide Résidences d’artistes en territoire rural de la DRAC Grand Est ; Festival C’est pas du luxe !
Soutiens Le Manège, Scène nationale de Reims ; Le Générateur – Gentilly ; Boom’Structur CDCN – Clermont-Ferrand Auvergne-Rhône-Alpes ; Le Cellier – Ville de Reims ; Pôle Danse des Ardennes – Sedan ; Conservatoire à Rayonnement Régional – Reims ; Studio D42 – VerpelLa Compagnie Marinette Dozeville est conventionnée par la Région Grand Est et par la DRAC Grand Est. Elle reçoit le soutien du Conseil Départemental de la Marne et de la Ville de Reims.
Durée : 50 minutes
La Scierie, dans le cadre du Festival Off d’Avignon
du 4 au 16 juillet 2026, à 14h30 (relâche les 7, 9, 11, 13 et 15)





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