Le temps fort du Quai, le CDN d’Angers, Écritures en Acte, se déroule du 1er au 10 avril 2026, en partenariat avec le THV de Saint-Barthélémy-d’Anjou et les T.MA (Théâtres Municipaux d’Angers). Un second rendez-vous autour des écritures contemporaines qui sera aussi le dernier, car Marcial Di Fonzo Bo n’aura pas les moyens en 2026/2027 de le financer en raison de la baisse des subventions régionales.
C’est la seconde édition d’Écritures en Acte. Ce sont des rencontres entre une actrice ou un acteur et l’écriture d’un auteur ou d’une autrice. Pourquoi avez-vous créé ce temps fort à votre arrivée ?
Premièrement, parce qu’il était important d’affirmer la place de l’écriture contemporaine dans un Centre Dramatique National. On le fait souvent avec des résidences ou des commandes de textes, ou en mettant en scène tout simplement les auteurs et les autrices d’aujourd’hui, mais, avec ce focus, cela devient un endroit où les auteurs et les autrices se croisent et se rencontrent. Très souvent, ils et elles ne connaissent pas. L’année dernière, Patricia Allio, Sandra Lucbert et Sonia Chiambretto se sont rencontrées physiquement pour la première fois à Angers. Il est donc capital de donner une place au statut de l’écriture dans la programmation. Étant moi-même interprète, je sais qu’il est important qu’une écriture rencontre un interprète.
Les artistes sur le plateau disent les mots écrits par d’autres dans une adresse directe au public. Vous l’avez expérimenté l’année dernière avec l’écriture de Davide Carnevali. Est-ce que cette forme permet d’aller plus en profondeur dans le jeu ?
Bien sûr, c’est un bonus. Je l’ai expérimenté aussi en mettant en scène Catherine Hiegel dans l’écriture de Jean-Luc Lagarce dans Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne. C’est comme trouver un bon habit pour son corps. L’écriture, c’est la même chose. C’est un travail en profondeur pour que le grain de la voix, le rythme, l’humeur et la personnalité de l’interprète fassent corps avec le texte. L’acteur devient sa caisse de résonance, la continuité de l’écrit.
Est-ce que cette forme d’écriture permet d’aller plus dans l’actualité, dans l’air du temps ?
Ce n’est pas une généralité, cela dépend des écrits. Mais oui, pour cette édition d’Écritures en Acte, quand, avec Jacques Peigné, le directeur délégué du Quai, nous avons fini la programmation, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait, sans le vouloir, une ligne éditoriale. Les écritures contemporaines sont formellement différentes, mais elles s’intéressent au monde et résonnent avec la société actuelle, tout le temps.
Certaines propositions sont très intimes, comme celle de Dylan Roncin, auteur et acteur. Est-ce que l’on peut dire que le monologue permet alors une sorte de mise à nu ?
Oui, complètement, d’autant plus pour Dylan, un très jeune acteur rencontré au Conservatoire d’Angers qui fait ses premiers pas dans la professionnalisation. Et, dans ce premier geste théâtral, on retrouve tout ce qu’il n’a pas dit depuis l’enfance. Il a choisi de faire de son corps un manifeste. C’est très touchant et extrêmement sensible.
Dans ce face-à-face entre le jeu et le texte, il y a aussi le public qui entre dans cette intimité que seul le théâtre est capable d’offrir. Est-ce qu’il y a aussi chez vous l’envie de saisir le spectateur dans un rapport au théâtre qui n’est pas celui des grandes formes ?
C’est différent, et c’est sûr que c’est plus intime, mais les grandes formes contiennent aussi de l’intimité. C’est le mystère de l’expérience théâtrale qui est unique. Aucun autre moyen d’expression n’offre cette expérience du présent. Quand les formats sont plus intimes, la parole est plus précise, plus serrée. Les sujets sont plus délicats, dans un rapport de fragilité, parce qu’avec le monologue, l’interprète est seul devant l’espace total de l’écriture et dans la largeur de la salle. Ce n’est pas parce que c’est plus intime et plus petit que l’aventure n’est pas aussi titanesque ! Je sais de quoi je parle. Quand on est seul devant le public, c’est une sacrée responsabilité. Cela met l’interprète dans un état de veille, c’est comme du sport de haut niveau. Même si le format est plus petit, l’expérience pour les spectateurs est tout aussi impressionnante.
Ce rendez-vous a-t-il aussi été guidé par la nécessité pour un Centre Dramatique National, en temps de crise économique, de préserver cette vocation de création avec des moyens plus modestes, tout en conservant une parole dramaturgique forte ?
Oui, bien sûr, c’est la réalité. Je suis même extrêmement triste de vous dire qu’il n’y aura pas de troisième édition. Le CDN a subi de telles coupes budgétaires qu’il nous est impossible de conserver ce rendez-vous sous cette forme. On continuera ce travail autour de l’écriture et de l’interprète, aussi parce que « Écritures en Acte » est le nom de la revue du Quai, mais, pour l’année prochaine, le focus prendra des formes un peu différentes tout au long de l’année, et il n’y aura plus de temps fort.
Vous venez de boucler la saison 2026/2027. Est-ce que cela signifie qu’il y aura moins de propositions pour le public ?
Oui. En un an, on est passé d’une proposition de 50 000 places disponibles pour le public à 40 000. On a subi des coupes importantes. La Région Pays de la Loire s’est complètement retirée du financement du CDN. Et il en va de même pour le Centre national de danse contemporaine (Cndc) dirigé par Noé Soulier qui partage les murs avec nous. Cela représente à nous deux plus de 350 000 euros qui ne sont plus disponibles pour l’activité. On ne peut pas faire de miracles, mais on maintient toutes nos missions, parce que le public est là. C’est notre responsabilité, mais on est contraint de le faire avec moins de moyens. Alors, forcément, on réduit, on fait moins de choses.
Propos recueillis par Stéphane Capron – www.sceneweb.fr
Le Quai sera présent au Festival Off d’Avignon à La Manufacture avec le spectacle Au Bon Pasteur – Peines mineures (2) mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo, du 4 au 12 juillet.
Au programme de ce temps fort :
01 – 02 avril 2026
INTRO
Dylan Roncin
07 – 08 avril 2026
HOLDEN
Guillaume Lavenant / Marilyn Leray
07 – 08 avril 2026
ANNA-FATIMA
Sophie Lebrun et Martin Legros
08 avril 2026
KiLLT
Oiseau [Guide de survie]
08 – 09 avril 2026
DAINAS (PRON. DAÏNAS)
Jonathan Capdevielle / Dimitri Doré
08 – 09 avril 2026
FAIRE TROUPEAU
Marion Thomas
10 avril 2026
I’M DERANGED
Mina Kavani
10 avril 2026
BARBARA (PAR BARBARA)
Clémentine Deroudille / Arnaud Cathrine / Emmanuel Noblet



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