En route vers l’inconnu avec Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume et leur Madame l’Aventure qui se perd en chemin. On ne sait pas quoi dire de ces spectacles qui arpentent des zones inhabituelles même si elles ne sont pas complètement neuves, qui dribblent si bien les attendus qu’on ne sait plus où ils nous emmènent. L’aventure c’est l’aventure.
Ca commence un peu en mode Alice au pays des merveilles avec un grand échiquier dessiné au sol et Lionel Dray qui porte une carte sur le dos. Lui donnant des airs de statue primitive, une capuche pointue ouverte sur une bouche peinturlurée couvre tout le visage de Clémence Jeanguillaume juchée sur d’immenses talons rouges de dragqueen et chantonnant ce qu’on croit reconnaître comme étant une musique de western de Sergio Leone. On se dit que ça va être baroque barré. A cour, la carrosserie avant d’une vieille voiture type Ami 8 comme on en trouve parfois envahie par les hautes herbes dans les champs à la campagne. En fond de scène un grand rideau à lamelles plastique et à jardin quatre hauts lampadaires type stations service d’autoroute. Voilà le terrain de jeu d’un drôle de couple qui après Ainsi la bagarre propose sa deuxième création commune : Madame L’Aventure.
Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume travaillent à la croisée du théâtre et de la musique. Lui a pas mal bourlingué avec Jeanne Candel et Samuel Achache, artistes qui ont sacrément fait bouger les lignes entre les deux arts depuis Crocodile trompeur. Elle en est à son deuxième EP sous le pseudo de Katchakine ( RACAR puis La Brute). Tous deux jouent régulièrement avec Sylvain Creuzevault.
Ils commencent par s’embrasser. Comme s’il cherchait dans ces baisers l’énergie qui lui manque, sève qu’il recueille dans ces baisers à presque en défaillir, ce Don Quichotte que booste sa Dulcinée a l’air triste. C’est un conquérant fragile qui part à l’aventure dans un feu d’artifice fait maison. Ballons percés, peinture, farine, plâtre colorent petit à petit les personnages et ce plateau en noir et blanc. L’ami 8 se transforme en véritable malle aux trésors d’où surgissent les accessoires d’un spectacle foutraque qui ne mise pas particulièrement sur la fluidité. Fragments organisés autour de ce Jean-Pierre, preux chevalier qui s’abîme facilement, les tableaux qui se succèdent à coups de cymbales ne dessinent pas d’histoire ni de parcours thématique auquel se raccrocher. Résultat, le voyage dans l’intériorité de Jean-Pierre, l’exploration de sa folie qu’annonce les messages d’un panneau d’affichage numérique petit à petit se diluent.
Restent les idées qui font mouche, la folie, l’étrangeté, le courage d’une démarche hors les sentiers battus même si les voix déformées, les boucles samplées au synthé…, les chants de Clémence Jeanguillaume, Lionel Dray allongé mort dans son armure, sur le dos, comme une tortue. Tout aussi noir que fantaisiste, Madame l’Aventure donne l’impression que petit à petit le surréaliste hasard cède à l’arbitraire, l’effet de collage à un chemin solitaire. Il en est ainsi de l’aventure, nul ne sait où elle nous mène. Mais en art, elle reste le chemin le plus sûr de la créativité.
Eric Demey – www.sceneweb.fr
Madame l’aventure
Une création de et avec : Lionel Dray et Clémence JeanguillaumeCréation musicale : Clémence Jeanguillaume
Scénographie : Jean-Baptiste Bellon
Lumière et Vidéo : Gaëtan Veber
Son : Raphaël Joly
Dramaturgie : Julien Vella
Construction décor : Daniel Roussel
Peinture : Daniel Roussel et Jean-Baptiste Bellon
Masques : Loïc Nebreda
Costumes : Gwendoline Bouget
Illustration : Halim TalahariProduction : Théâtre Garonne – scène européenne, Toulouse
en collaboration avec OTTO Productions
Coproductions : Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine (TnBA) ; Théâtre des 13 vents CDN Montpellier ; Bonlieu Scène nationale Annecy ; Scène Nationale d’Albi-Tarn ; TANDEM, Scène nationale de Douai/Arras ; Malraux Scène nationale Chambéry Savoie, Cité européenne du théâtre – Domaine d’O – Montpellier / PCM2024, Célestins, Théâtre de Lyon
Soutien de La Fonderie au Mans, Les Abattoirs d’Eymoutiers
Remerciements au Théâtre du Préau, Centre Dramatique National de Normandie – Vire
Durée : 1h20
Vu au CDN Théâtre des Treize Vents en 2024
du 22 au 25 janvier 2026
dans le cadre du festival BRUIT
Théâtre de l’Aquarium, Parisdu 18 au 20 mars 2026
Bonlieu – Scène nationale d’Annecydu 24 mars au 3 avril 2026
Les Célestins – Théâtre de Lyon



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