La sobriété élégante de Thierry Malandain rayonne dans cette soirée composée de L’Oiseau de feu, du Boléro et de Minuit et demi, ou le Cœur mystérieux. Ce programme acte la dernière édition du Temps d’aimer la danse pour le chorégraphe en tant que directeur du Malandain Ballet Biarritz.
C’est un as des compositions contemporaines, pensées pour la technique classique. Thierry Malandain a développé dès le milieu des années 1980 une danse dynamique, prenant pour base la technique classique, souvent résumée par le terme « néo-classique » (cette catégorie recouvre en réalité une diversité de styles). En 1998, il devient directeur du premier Centre chorégraphique national de style classique et crée le Ballet Malandain Biarritz. Après trente ans à la tête de la maison basque, il s’apprête à raccrocher son tablier et dévoile un dernier programme à l’occasion du festival Le Temps d’aimer la danse. Cette soirée en trois temps, qui comprend L’Oiseau de feu, Le Boléro et Minuit et demi, ou le Cœur mystérieux, met à l’honneur le style du chorégraphe, ses lignes géométriques, son dynamisme et sa théâtralité minimaliste.
L’héritage des Ballets russes de Diaghilev, de Balanchine et de Béjart rayonne dans L’Oiseau de feu (2021). Sur la musique flamboyante de Stravinsky, les danseurs et danseuses en toges noires enchaînent grandes secondes et ports de bras toniques, horde brutale aux rangs bien alignés. De leurs rondes rituelles jaillit le volatile flamboyant, incarné par Hugo Layer, dont le justaucorps rouge et or tranche avec la sobriété de l’ensemble. Souple et gracieux, il virevolte entre obscurité et lumière, parmi les ensembles bien ordonnés, où le haut du buste des interprètes ondule vers l’avant. Projetant le conte russe dans l’imaginaire de la mystique chrétienne, l’oiseau, symbole de liberté, devient symbole de l’élévation de l’âme, « passeur de lumière », selon les mots de Thierry Malandain, et déploie des arabesques aux côtés des saints François et Claire d’Assise.
Minuit et demi, ou le Cœur mystérieux (2025) dévoile des atours romantiques sur les airs de Camille Saint-Saëns (dans leur version chantée, un choix esthétique plutôt surprenant). Sur la célèbre Danse macabre, Volière ou Le Coucou au fond des bois, les interprètes du ballet ondulent, tournoient, sautent et planent dans des ensembles bien léchés ou des pas de deux galants. En manteaux noirs, robes bleu ciel ou justaucorps chair, ils exécutent les géométries gracieuses dont ils sont les spécialistes. Cette succession de tableaux rappelant la sobriété de l’école française donne l’impression d’un grand bal baroque. Sauts de chat, grands développés et portés raffinés s’enchaînent avec un entrain déterminé et une expressivité pudique.
Ce programme d’adieu au Temps d’aimer la danse condense ferveur, dialogue et légèreté à travers trois pièces phares du chorégraphe. Et si cette soirée est nourrie par l’histoire de la danse — de l’École française classique à Béjart, en passant par les Ballets russes et Balanchine —, elle inscrit aussi le nom de Malandain dans cette lignée.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr
L’Oiseau de feu
Musique Igor Stravinski
Chorégraphie Thierry Malandain
Costumes Jorge Gallardo
Conception lumières François Menou
Réalisation costumes Véronique Murat, Charlotte MargnouxBolero
Musique Maurice Ravel
Chorégraphie Thierry Malandain
Décor et costumes Jorge Gallardo
Conception lumières Jean-Claude AsquiéMinuit et demi, ou le Cœur mystérieux
Musique Camille Saint-Saëns, Les Mélodies
Chorégraphie Thierry Malandain
Décor et Costumes Jorge Gallardo
Lumières François Menou
Réalisation Costumes Véronique Murat, Charlotte Margnoux
Teinture Costumes Léa MuratDurée : 2h
Vu au Festival Temps d’Aimer, Biarritz en septembre 2026
Théâtre des Champs-Elysées, dans le cadre de la saison de Chaillot, Paris
du 22 au 25 septembre 2026



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