Édifié au 216 boulevard Raspail, à Paris, par Helena Rubinstein et son mari Edward Titus en 1930, ce théâtre de 245 places a été totalement rénové dans l’esprit Art Déco par Florence Méaux, une passionnée de spectacle vivant.
Dès que l’on passe la porte d’entrée, on est propulsé dans l’ambiance des Années folles, avec son bar Helena, teinté de bois clair et de lumières raffinées. On imagine le bouillonnement du lieu dans les années 1930. Helena Rubinstein et son mari Edward Titus quittent les États-Unis après la Première Guerre mondiale. En 1924, Edward installe une librairie anglo-saxonne à deux pas du futur Studio Raspail ; dans sa « maison de beauté » de la rue du Faubourg Saint-Honoré, Helena Rubinstein propose des massages. Le soir, ils se retrouvent dans les cafés de Montparnasse, au Dôme, au Sélect ou à la Rotonde. Ils partagent la vie nocturne de Picasso, Miró, Chagall, Cocteau, Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway ou encore John Dos Passos.
En 1927, Helena Rubinstein et Edward Titus acquièrent un terrain au 216 boulevard Raspail. Ils y font construire un immeuble, composé d’ateliers pour y recevoir des artistes, avec, au rez-de-chaussée, ce petit théâtre, inauguré en septembre 1932. Le Studio Raspail ferme ses portes au grand public dans les années 1980, avant d’être racheté par les PTT. Depuis 1986, la salle est inscrite au titre des Monuments historiques et sera de nouveau utilisée comme scène de spectacle vivant dans un cadre associatif jusqu’en 2022. Jusqu’au rachat par Florence Méaux.
Son nom ne vous dit rien, car Florence Méaux, même si elle baigne discrètement depuis toujours dans le spectacle vivant, a construit une carrière au plus haut niveau de l’État, de la Cour des comptes à la direction générale d’AFNOR Certification, tout en préservant son jardin secret : sa passion pour le théâtre. « Tout au long de ma carrière, l’art, la littérature, la culture ont mis des couleurs dans ma vie, qui aurait été sinon un film en noir et blanc », explique la nouvelle propriétaire du Studio Raspail, qui s’est endettée pour recréer ce théâtre, tout en bénéficiant du soutien du Loto du Patrimoine de Stéphane Bern en tant qu’unique lauréat 2026 pour Paris.
Elle a hérité d’un grand lieu vide, et il a fallu totalement le repenser. Le projet de Clé Millet Architectes, conduit par Perrine Millet et Gianluca Caputo, avec la scénographe Malika Chauveau, respecte le style Art Déco de type Paquebot de l’édifice, aux lignes très épurées. Les 187 places au parterre et les 59 places au balcon offrent une vue parfaite sur le plateau de 38 mètres-carrés. « Cet immeuble est l’emblème de futurisme », assure Florence Méaux, qui souhaite lui redonner son éclat, et prolonger la vision novatrice impulsée par Helena Rubinstein et Edward Titus. Le théâtre compte aussi en sous-sol, le Speakeasy, petit salon cosy pouvant recevoir une quarantaine de personnes.
Dès son ouverture, le Studio Raspail devient l’une des salles emblématiques du cinéma expérimental, dans un quartier investi par les Américains. « Dans ce quartier Raspail Vavin, on entendait parler anglais partout, les gens fuyaient la prohibition, détaille Florence Méaux. Il régnait un vent de liberté, de créativité, d’abondance, de partage entre les artistes. Jusqu’au début des années 1930, ils fuyaient un peu la même chose que certains Américains fuient aujourd’hui, c’est-à-dire une rigidité, une perte de liberté, une stérilisation de la créativité. Mon projet, c’est de restituer un peu de cette vie, de ce feu d’artifice de jazz, de littérature, de peinture, d’architecture. »
La programmation du Studio Raspail se veut éclectique, avec du théâtre, de l’humour, des concerts. « Quand j’étais dans le privé, on me disait que les gens du public, c’était des fainéants ; et quand j’étais dans le public, on me disait que les gens du privé étaient des voyous. Et bien moi, j’aime tisser des liens. Une salle de spectacle, c’est vraiment le lieu roi pour ça. » Florence Méaux souhaite ainsi ouvrir une nouvelle page de cette salle mythique fréquentée à l’époque par Ernest Hemingway, pour que « Paris reste une fête ».
Programmation de mai à juin 2026 au Studio Raspail :
HYPNOTIC – les 5, 12 et 19 mai, 2 et 9 juin, à 19h
Avec Benjamin Lubszynski, la chanteuse Joe Corcia et Kellian Camus au piano
Genre : Expérience
ZOLA LA RAGE À L’ENCRE – du 5 mai au 24 juin, tous les mardis et mercredis à 21h
De Cliff Paillé, avec Alexandre Cattez et Cliff Paillé
Genre : Théâtre
CONTRE – TEMPS – les 7 et 28 mai, et le 18 juin, à 19h
De Samuel Sené, avec Marion Préïté, Marion Rybaka et Julien Mouchel au piano
Genre : Théâtre musical
ROUKIATA – BLACK TAX – du 8 mai au 27 juin, tous les vendredis et samedis à 19h
De Roukiata Ouedraogo et Stéphane Eliard, avec Roukiata Ouedraogo
Genre : Humour
J’IRAI LE DIRE À TOUT LE MONDE – du 10 mai au 21 juin, tous les dimanches à 17h
De Pierre Jegou, avec Carole-Anne Junchat
Genre : Théâtre
ET SI C’ÉTAIT ELLE ? – du 15 mai au 20 juin, tous les vendredis et samedis à 21h
De Franck Buirod, avec Malou Gilbert et Adèle Bloch-Mazier
Genre : Théâtre
MOZART, MOI ? JAMAIS ! – du 24 mai au 28 juin, tous les dimanches à 15h
De et avec François Moschetta
Genre : Spectacle musical
TANT QU’IL Y AURA DES COQUELICOTS – le 27 mai, à 21h
De Cliff Paillé, avec Cliff Paillé et Lyne Lebreton
Genre : Théâtre
CONCERT DE LANCEMENT DE LA CHAMBRE MUSICALE DE PARIS – le 1er juin, à 20h
Avec Karine Deshayes et Trio Wanderer
Genre : Musique


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