Pour sa huitième édition, le festival « C’est pas du luxe » investit trente lieux d’Avignon avec soixante-dix œuvres et plus de six cents artistes. Placé sous le parrainage de Benjamin Lavernhe et porté par Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le Logement des Défavorisés, cet événement démontre par l’acte artistique que la culture demeure une arme essentielle d’émancipation et de fraternité face aux fractures de la société.
Dans une société traversée par les tensions, le repli sur soi et la morosité ambiante, la culture s’impose comme un espace de résistance. « On est là pour présenter des œuvres de grande qualité artistique — 70 œuvres, 600 artistes amateurs, professionnels dans 30 lieux avignonnais —, mais on est sur des personnes qui ont vécu des choses difficiles, une situation de fragilité », explique Christophe Robert. Pour le délégué général de la Fondation pour le Logement des Défavorisés, l’enjeu est de taille dans un climat social tendu : « Dans un moment où on a une société qui se tend, il faut le reconnaître, où le racisme est présent, où la division est alimentée par certains, on a là la preuve concrète de ce que c’est la mise en œuvre concrète de la fraternité. Soit ce sont des mots en l’air, soit on s’y colle. Et avec le festival C’est pas du luxe, on s’y colle ».
Une vision partagée avec ferveur par Benjamin Lavernhe. Le comédien, sociétaire de la Comédie-Française, n’a pas hésité une seconde à s’engager : « Ça faisait sens, je le vois aussi comme une chance. Une chance déjà parce que je suis très inspiré par l’action de la Fondation pour le logement, qu’ils aient cette révolte vissée au cœur et au corps et qu’ils soient dans l’action, ça me rassure, ça m’inspire et ça me grandit ». Face au sentiment d’impuissance généré par l’actualité, il insiste sur la nécessité de « ne jamais s’habituer à la misère et aux parcours d’exclusion ».
Briser l’invisibilité sociale
L’un des apports majeurs de ce festival est de briser la mécanique de l’invisibilisation qui frappe les plus démunis. « Aujourd’hui, le regard sur l’exclusion, il est beaucoup fait de : ce sont des gens qui profitent, ce sont des gens qui sont assistés », déplore Christophe Robert. « On a besoin de gens qui nous tirent vers le haut, qui sont des modèles, et de ne jamais s’habituer à la misère et aux parcours d’exclusion. C’est de notre devise républicaine, la fraternité », poursuit Benjamin Lavernhe, qui salue l’action de la Fondation.
Cette dynamique d’inclusion culturelle trouve dans la cité des Papes un écho tout particulier, en dépit des récentes mesures anti-mendicité du nouveau maire, Olivier Galzi. « Si j’étais le maire, j’adorerais avoir ce festival dans mes murs. C’est une action sociale essentielle », assure Benjamin Lavernhe, pour qui l’expression scénique possède une vertu thérapeutique et émancipatrice irremplaçable : « Le théâtre, la danse, l’expression scénique comme quelque chose qui peut aussi faire avancer, reconstruire et guérir, même pour les personnes handicapées ou des parcours de pauvreté ». « Avignon est une ville de culture, et notre festival est celui de la démocratisation de la culture », conclut Christophe Robert, qui espère que la ville d’Avignon continuera d’accueillir le festival dans deux ans.
Stéphane Capron – www.sceneweb.fr



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