À Bordeaux, le FAB continue de penser le monde de demain en invitant les artistes à se confronter aux bouleversements écologiques, urbains et politiques de notre temps. L’édition qui se tient du 26 septembre au 10 octobre n’a jamais été autant d’actualité.
Il y a onze ans, le FAB (Festival international des arts de Bordeaux métropole) a dû naître sous une bonne étoile. C’est, en tout cas, ce que l’on serait tenté de dire au regard des événements récents.
La première raison tient aux aléas du changement climatique. Les feux monstres de l’été 2026 qui ont ravagé la Gironde – véritable « traumatisme », selon la directrice du FAB, Sylvie Violan – ont épargné Saint-Médard, où se tient une partie de ses spectacles et performances (la commune a tout de même dû être évacuée). La seconde est liée à la temporalité de la manifestation. En se déroulant à l’automne (du 26 septembre au 10 octobre, en l’occurrence), artistes et festivaliers ne souffriront pas des canicules insupportables, malheureusement devenues habituelles, qui condamnent peut-être les grands raouts de l’été, comme le Festival d’Avignon, à se réinventer – ailleurs ou à un autre moment ?
On peut aussi penser que la chance ne fait pas tout et que, dans ce cas précis, la clairvoyance de ses équipes a joué un rôle. Au-delà du calendrier, voulu par Sylvie Violan, le FAB a toujours programmé des artistes travaillant autour des notions d’habitabilité et de résilience. « La philosophie est bâtie autour de trois grands axes, détaille celle-ci. Suivre le fleuve, habiter la ville et s’enforester. Ce qui pousse les artistes à imaginer des spectacles en rapport avec l’évolution du territoire. »
Premier exemple cette année avec Sylvain Gouraud qui, avec La nature des équilibres, propose une exposition de photos et une conférence conçues comme une immersion dans les paysages façonnés par les pratiques agricoles. Citons aussi l’atelier Imaginaires de la ville-forêt, conçu par Lionel Paillard ainsi que par les collectifs Le 106 et Les Issues, visant à imaginer la ville en 2040-2050. L’ensemble forme une espèce d’écologie artistique, souvent féconde. Toujours singulière.
« Je suis convaincue qu’avec les scientifiques et les politiques engagés sur la question, les artistes sont indispensables pour penser le monde de demain. Très concrètement, ils et elles trouvent toujours des solutions pour épouser le monde tel qu’il est et le transcender, explique la directrice. »
À Bordeaux, les artistes composent avec le réel. Comme une invitation à décaler le regard. À découvrir des lieux familiers sous un autre prisme. Ravel en ville, monté par l’Opéra Pagaï et l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, en est un exemple. L’idée est simple : jouer le fameux Boléro de Ravel au détour d’une place, sur un balcon ou en terrasse pour créer une complicité avec le public, inenvisageable en salle. Le duo de circassiens de la compagnie Be Flat enchantera, avec les acrobaties de son dernier spectacle Follow Me, le paysage urbain, en s’invitant dans les interstices de l’architecture de la ville que l’on surnommait jadis le port de la Lune.
Une chose est sûre : impossible de reprocher au FAB de surfer sur les tendances. Lorsque surviennent les attentats du 7 octobre, perpétrés par le Hamas en Israël, la venue d’artistes palestiniens programmés au même moment n’avait rien d’une évidence, tant le discours ambiant consistait à faire bloc derrière Israël, quitte à assimiler tous les Palestiniens à des terroristes en puissance. Cet automne-là, entendre Samaa Wakim, Samar Haddad King et Ahmed Tobasi invitait à appréhender l’histoire et la complexité d’un conflit qui n’a pas débuté le 7 octobre. Cette fidélité aux artistes palestiniens, amplifiée par la Saison Méditerranée, sera à nouveau visible avec Marah Haj Hussein, Hend Jouda et Shareef Sarhan. Ce dernier, justement, propose cette année une création qui devrait rester dans les annales. Constitué à partir de débris de guerre, d’abord dressé sur le port de Gaza avant d’être détruit par un char israélien, le phare qu’il avait bâti et désormais remonté devrait illuminer la métropole bordelaise, comme un symbole de paix et de mémoire.
Igor Hansen-Løve – www. sceneweb.fr



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