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« Le Chaînon manquant », le festival qui lutte pour une meilleure diffusion du spectacle vivant

À la une, Théâtre
Antoine Thibaud photo Kevin Rouschausse

Antoine Thibaud photo Kevin Rouschausse

Le festival « Le Chaînon manquant » s’apprête à investir Laval du 15 au 20 septembre, confirmant son rôle incontournable de tremplin pour les compagnies, dans un contexte économique difficile. Rencontre avec Antoine Thibaud, directeur artistique qui co-dirige l’association avec Florence Gnesutta. 

Fondé en 1987, Le Chaînon manquant est avant tout un vaste réseau de 381 salles de spectacle en France, structuré par des fédérations régionales. L’objectif de cette organisation pluridisciplinaire tient en trois mots, selon son directeur artistique Antoine Thibaud : « repérer, exposer, diffuser ».

Le processus de sélection débute dans les territoires grâce aux sélections régionales, baptisées « Régions en scène ». Celles-ci permettent à des dizaines de compagnies de se produire devant 50 à 80 professionnels locaux, amorçant ainsi une première visibilité essentielle. Sur les quelque 120 projets ainsi mis en lumière en région, une quarantaine intègrent la programmation finale du Chaînon manquant, qui rassemble 70 spectacles, 120 représentations, six jours de festivités et près de 700 professionnels accrédités.

« La programmation de ce festival-là vient des régions. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, il y a à peu près 60 % des projets du Chaînon manquant qui sont issus du repérage des collègues en région. Le reste, les 40 % restants, on va dire qu’il y a 20 % qui viennent des projets internationaux : le Québec, la Belgique, le Luxembourg. Et les 20 % restants sont des repérages que j’ai pu faire à Avignon, dans le Off, ou dans d’autres festivals, comme à Aurillac, explique Antoine Thibaud. Dans les propositions en Régions en scène, on a beaucoup de propositions jeune public, théâtre, musique, un peu moins en humour ou en arts de la rue. Donc on rééquilibre les propositions pour être pluridisciplinaire. »

L’anti-Off d’Avignon

Alors que les coûts liés aux représentations dans le festival Off d’Avignon ne cessent de croître pour les équipes artistiques, Le Chaînon manquant se positionne comme un havre de sécurité économique et logistique.

« Les compagnies sont invitées, rémunérées, prises en charge. On leur garantit d’avoir entre 50 et 100 professionnels minimum dans la salle. C’est quand même assez énorme, sans avoir besoin de tracter, évidemment. »

Dans un contexte où la construction d’une saison culturelle devient de plus en plus complexe pour les structures et les artistes, le réseau joue un rôle essentiel pour ses adhérents.

« On n’est pas sur des grands lieux conventionnés, un peu oubliés des gros financeurs, mais sur des lieux de 300 places en milieu périurbain ou rural qui n’ont pas forcément de label et pas énormément de subventions. Pour eux, avoir des spectacles avec des tournées déjà créées, avec des tarifs déjà négociés, des spectacles de qualité, c’est essentiel. Et pour les compagnies, quand on les rappelle au mois de novembre pour leur dire : « Ben voilà, là, vous avez 20 options de dates pour la saison prochaine« , c’est énorme. »

Un festival préservé malgré les turbulences budgétaires

L’ancrage du festival à Laval, en Pays de la Loire, a pourtant failli être remis en question. En 2024, face à la suppression de l’ensemble des subventions régionales dédiées au spectacle vivant, l’hypothèse d’un déménagement a été sérieusement étudiée.

« Et puis, on a réussi à surmonter les choses avec différents leviers, notamment un soutien plus accru du ministère de la Culture qui, je pense, à un moment donné, a réaffirmé son soutien aux réseaux et aux festivals en se disant que nous étions un exemple quand on parle de mieux produire et mieux diffuser. En fait, le Chaînon, ça fait 40 ans qu’on fait la pratique ! » conclut Antoine Thibaud.

Au-delà de sa dimension de marché professionnel, le festival s’impose comme un rendez-vous culturel majeur pour les habitants de Laval et de sa région. Pendant six jours, le théâtre, la musique et le cirque investiront l’espace public de manière transversale. S’il ne mise pas sur des têtes d’affiche, le festival a amplement fait ses preuves par le passé en révélant des artistes de premier plan tels qu’Alex Vizorek ou Gaël Faye.

Stéphane Capron – www.sceneweb.fr

10 septembre 2026/par Stéphane Capron
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