Le Ballet de l’Opéra national du Capitole de Toulouse reprend le Casse-Noisette de Michel Rahn, et fait jaillir la magie du conte, malgré son esthétique surannée.
Il est au ballet ce que les téléfilms de Noël mal doublés sont à la télé française et ce que le titre All I want for Christmas is you (version Mariah Carey) est à la musique pop : Casse-Noisette est le marronnier par excellence des fêtes de fin d’année, aussi kitsch qu’une vitrine de grand magasin et rassurant qu’un feu de cheminée. Le Ballet du Capitole de Toulouse reprend, pour clore 2025, le célèbre ballet, dans la version du chorégraphe Michel Rahn montée pour la première fois en 2009. En deux actes, les interprètes nous plongent dans ce conte de Noël, grâce à leur expressivité bluffante et leur danse convaincante, en luttant néanmoins avec des costumes, décors et choix chorégraphiques poussiéreux.
Comme la plupart des ballets classiques encore interprétés aujourd’hui, Casse-Noisette s’est réinventé au fil des époques et des productions. Initialement créé en 1892 au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, il est chorégraphié par Lev Ivanov – assistant du maître du genre, Marius Petipa, qui a dû passer la main étant malade – sur la musique féérique et entraînante de Piotr Ilitch Tchaïkovski. L’intrigue reprend la nouvelle d’Alexandre Dumas, Casse-Noisette et le Roi des souris (1844), elle-même adaptée d’un conte d’Ernst Theodor Amadeus Hoffmann paru en 1816. Michel Rahn ajoute une nouvelle couche à cette histoire, comme Rudolf Noureev et Georges Balanchine avant lui, et bien d’autres après. Rappelons que Casse-Noisette est l’un des ballets les plus joués au monde.
L’intrigue commence dans une belle demeure bourgeoise qui réveillonne. Un immense sapin serti de guirlandes trône devant la fenêtre embuée. Les couples en robes à tournure et gabardine reluisantes s’embrassent, les enfants – interprétés par les élèves du Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse – jouent en enchaînant les pas de bourrée et révérences devant les grands-parents ravis, assis à côté d’un grand poêle – mention spéciale à Mia Li aux mimiques désopilantes. Tout bascule lorsque Drosselmeier (l’excellent Rouslan Savdenov), parrain des enfants de la maison, Clara (Tiphaine Prévost, en enfant joyeuse et naïve) et Fritz (Gwenaël Duffee Jous), apparaît comme par magie. L’horloger magicien fait le spectacle, en mettant en scène des automates, puis offre à la jeune Clara un casse-noisette. L’enfant s’endort sur le sofa avec, dans les bras, son nouveau jouet – qui a été brisé par son frère jaloux, mais aussitôt réparé par le parrain – et bascule dans un monde irréel, visiblement créé par la magie de Drosselmeier. Ce rêve pourrait-il être une porte de sortie pour extraire Clara de son destin tout tracé de future femme bourgeoise ?
Dans l’imaginaire, Clara n’échappe pas vraiment aux normes du monde des adultes, mais trouve tout de même une forme d’émancipation, au long d’un voyage initiatique merveilleux et un poil inquiétant. Elle est attaquée par le gang du roi des rats, avant d’être secourue par le Casse-Noisette – en pantin au visage figé terrifiant – et sa garde de soldats de plomb qui font une taille humaine. Le jouet de Clara se métamorphose en humain (Philippe Solano, à l’énergie puissante). Il l’entraîne dans le royaume de la Fée Dragée (superbe Natalia de Froberville), en traversant la valse des flocons de neige et ses ballerines tourbillonnantes en tutus blancs, dans un décor pailleté assez cheap. La musique aérienne est soutenue par des chœurs d’enfants, qui apparaissent, comme une chorale de spectres, sur les balcons à côté de la scène.
Malgré ce cadre daté, les interprètes donnent tout pour rendre la magie aussi crédible que possible. L’effet se dissipe un peu dans le deuxième acte, aux chorégraphies plus techniques, où les solistes rayonnent, mais où les ensembles manquent un peu de légèreté par moments. Difficile alors de faire abstraction du décor aux dorures grossières et de la fresque aux bulles de savon roses. Quant aux pas de deux (danses espagnoles, arabes, chinoises et russes), empreints d’orientalisme et de stéréotypes ethniques, ils mériteraient d’être actualisés, comme l’avaient fait le Royal Ballet de Londres et le Scottish Ballet de Glasgow en 2021. En bref, cette production aurait sûrement besoin d’un coup de jeune pour briller de mille feux.
Manèges de tours piqués et de grands jetés virtuoses, mais surtout la prestation de la Fée Dragée et du prince Bienfaisant (élégant Ramiro Gómez Samón) conclut sur une note plus réussie. Même si, dans cette version, Clara ne fera toujours pas exploser l’ordre patriarcal et bourgeois avec une Fée Dragée révolutionnaire, le Ballet du Capitole et ses solistes, convaincants chacun dans leurs rôles, nous font adhérer à cette féérie de Noël.
Belinda Mathieu – www.sceneweb.fr
Casse-Noisette
Chorégraphie Michel Rahn
Musique Piotr Ilitch Tchaïkovski
Direction musicale Marzena Diakun
Avec le Ballet de l’Opéra national du Capitole et les élèves du département Danse du Conservatoire à Rayonnement Régional de Toulouse
Orchestre national du Capitole
Maîtrise de l’Opéra national du Capitole
Assistant chorégraphe Minh Pham
Décors et costumes Charles Cusick-Smith, Phil R. Daniels
Lumières Jacopo PantaniDurée : 1h50 (entracte compris)
Opéra National du Capitole, Toulouse
du 19 au 31 décembre 2025



Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !