Avec les nouvelles pièces ajoutées à sa Collection, le Collectif BPM continue de scruter des objets du XXe siècle. Au risque de s’enliser dans un travail plus léger que réflexif.
Porté par les artistes du Collectif BPM, un trio suisse composé des comédiens Catherine Büchi, Lea Pohlhammer et Pierre Mifsud, La Collection est un projet aussi long que bref, étonnant qu’aux fortunes diverses, ludique que parfois déceptif. Long que bref car, si chaque spectacle en tant que tel est court, et fort modeste formellement, il s’inscrit dans le cadre d’un programme plus vaste et au long cours. La Collection dédie chacun de ses épisodes à un objet, ou à une pratique autour d’objets emblématiques de la seconde moitié du XXe siècle. Soit de notre modernité, en somme. Après le téléphone à cadran rotatif, le service à asperges, le téléviseur à tube cathodique ou le vélomoteur, les deux nouveaux objets rejoignant La Collection sont la soirée diapo et le roman photo. Et il y a nécessairement quelque chose de charmant, a minima pour une partie du public, à l’idée de se (re)plonger ainsi, à travers une forme travaillant le comique, dans l’usage d’objets aujourd’hui inusités, désuets, kitsch, voire ringards.
Il y a ici quelque chose de la mythologie de Roland Barthes qui aurait été déplacé : car là où le sémiologue, linguiste, critique et écrivain s’est attaché dans ses textes écrits entre 1954 et 1956, puis réunis sous le titre Mythologies, à analyser des stéréotypes sociaux présentés comme naturels, la démarche de La Collection décale cet enjeu. Tandis que Barthes a choisi des objets de son temps, les a scrutés scrupuleusement, y captant à chaque fois l’idéologie, le Collectif BPM se saisit de choses que l’on perçoit d’emblée comme datées et les expose. L’équipe les analyse moins qu’elle ne les réactive, les met en œuvre pour en révéler les traits saillants. C’est ainsi le cas pour la doublette que constitue La Soirée diapo & le Roman photo.
Le trio, vêtu comme pour une soirée – soit une robe verte pour l’une, un ensemble rose pour l’autre et un costume bleu pour le troisième –, arrive sur scène, chacun avec une chaise. S’installant d’abord dos au public, essayant diverses organisations des assises dans l’espace, toustes trois se lancent dans une soirée… diapo, donc. Nous allons ainsi tout au long du spectacle, qui ne recourra pas à d’autres éléments de mise en scène – exceptés quelques inserts musicaux et des projections de textes sur l’écran –, voir défiler des images et leurs commentaires. Du jeu initial d’une même image donnant lieu à des « légendes » différentes selon chacun des trois personnages – ou comment un paysage peut renvoyer à une multitude de lieux et de souvenirs afférents –, l’on bascule progressivement dans un récit plus complexe. Car, plutôt que de présenter d’abord la soirée diapo, puis le roman photo, l’équipe agrège les deux. C’est donc une narration morcelée et se voulant plus ludique qu’elle ne parvient forcément à l’être, que le spectacle déplie.
Si l’on retrouve bien dans les prises de parole à tour de rôle des trois personnages ce qui fonde la soirée diapo – soit le récit autour d’une image, l’exposé de son contexte, de son hors-champ, de ses enjeux et de ses imprévus –, lesdites prises de parole glissent vers l’absurde et l’incongruité. C’est un puzzle qui se constitue progressivement, des personnages revenant de la présentation d’une diapo à une autre. Le concept de soirée diapo s’agrège ainsi à l’univers du roman photo, genre qui excède bien largement l’univers du roman à l’eau de rose sur lequel on le rabat trop facilement. C’est une sorte de singulière enquête dans laquelle cette soirée d’exposés de photos souvenirs nous fait basculer : un récit partiel, éclaté, où les liens de famille cachés entre les personnages vont se révéler – plus vite pour nous que pour eux, d’ailleurs. Et c’est bien dans cette naïveté fondamentale des personnages que le bât blesse. Car en choisissant de faire du trio des stéréotypes caricaturaux et de travailler la naïveté potache, le spectacle s’engouffre dans certaines facilités d’écriture. Plutôt que de creuser les lignes de force du roman photo – son écriture sérielle et séquentielle, sa pratique du montage, sa mise en jeu de la narration traditionnelle –, les blagues foireuses et les jeux de mots premier degré sont égrenés. L’on touche à une limite ici du métathéâtre, mêlée à une forme de paresse d’écriture : s’en tenir aux clichés d’un genre, capitaliser sur ceux-ci, même en pleine conscience du second degré, ne permet pas pour autant d’éviter les écueils dudit genre. Et, en l’état de leur création, ces nouveaux éléments de La Collection sont plus proches du comique potache que de l’écriture subtile.
caroline châtelet – www.sceneweb.fr
La Soirée diapo & le Roman photo
Écriture, conception et interprétation Catherine Büchi, Léa Pohlhammer, Pierre Mifsud
Création sonore Andrès Garcìa
Création lumière Cédric Caradec
Costumes Aline Courvoisier
Regard extérieur François Gremaud, Adrien Barazzone
Traitement d’images Anouk Schneider
Projections graphiques et illustrations Tassilo Jüdt
Vidéo Yann Longchamp
Régie générale Julien FrenoisProduction Le Collectif BPM
Coproduction Théâtre Saint-Gervais, Genève ; Malraux, Scène nationale Chambéry Savoie ; Les 2 Scènes, Besançon
Soutiens Pro Helvetia – Fondation suisse pour la culture, la Loterie Romande, la Fondation Leenaards, SIS-Fondation suisse des artistes interprètes.Durée : 1h10
Théâtre de l’Atelier, Paris
du 26 mars au 2 mai 2026


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