La metteuse en scène et comédienne Catherine Dasté est décédée jeudi à 96 ans à Ivry-sur-Seine après avoir œuvré à ouvrir le théâtre aux jeunes amateurs et spectateurs, ont annoncé samedi ses enfants. Elle a dirigé le Théâtre des Quartiers d’Ivry de 1985 à 1992.
Catherine Dasté a été « une femme de théâtre reconnue », « une des premières femmes metteuses en scène » et « à l’origine, avec quelques autres, de la reconnaissance institutionnelle du théâtre jeune public », résument ses enfants dans un communiqué envoyé à l’AFP.
Née en octobre 1929, Catherine Dasté est la petite-fille de Jacques Copeau, et la fille du metteur en scène Jean Dasté (fondateur de la Comédie de Saint-Etienne) et de la comédienne Marie-Hélène Dasté. Elle grandit baignée dans le monde du spectacle : « Je suis née dans une famille de théâtre. Et puis il se trouve que quand ma mère était enceinte de moi, j’ai joué… dans son ventre ! ».
Après une enfance partagée entre Le Havre et la maison de son grand-père Jacques Copeau à Pernand-Vergelesses — où elle subit la fascination des lectures de Dickens et de L’Iliade et L’Odyssée — elle traverse une phase de rejet adolescent : « À partir de ce moment-là, j’ai décidé que je ne serais jamais comédienne et que j’aurais 10 enfants. J’étais imprégnée d’une famille de théâtre et je la rejetais », explique-t-elle dans une longue interview accordée à Sonia Pavlik en 2008.
Sa mère l’envoie finalement à Londres à l’Old Vic School , sous la direction de Michel Saint-Denis, elle y découvre une grande école rigoureuse, et y rencontre son futur mari, le chanteur Graeme Allwright. « À l’École du Vieux Colombier, on ne jouait pas de scènes avant au moins un an […] À l’École du Old Vic, ça n’était pas comme ça… Mais tous les matins, il y avait le cours de movement […] Michel Saint-Denis avait cette idée qu’il fallait avoir le style […] Il tenait beaucoup à ça. »
Devenue mère de famille jeune, elle entre au ministère de la Jeunesse et Sports, puis elle rencontre Ariane Mnouchkine en 1967. Celle-ci lui propose de lui prêter ses acteurs le matin pour monter un spectacle pour enfants. En 1968, elle fonde la compagnie La Pomme Verte : « Je faisais du théâtre pour enfants. J’aimais ça, mais ce n’était pas tellement un choix, c’était conciliable avec la vie de mère de famille… ». Catherine Dasté installe sa compagne à Sartrouville, et face aux critiques reprochant le manque de moral ou de résolutions traditionnelles dans ses pièces comme Jeanne l’ébouriffée, crée en 1973 (avec dans la distribution Ève Lo-Ré – Jeanne l’Ebouriffée, Josiane Balasko et Attica Guedj), elle trouve un précieux soutien auprès de Françoise Dolto : « Elle était très connue à l’époque. Elle m’a rassurée, elle m’a encouragée. Elle a conseillé à plusieurs de ses étudiants de faire des mémoires sur mon travail. »
Catherine Dasté dirige ensuite le théâtre de quartier d’Ivry de 1985 à 1992, succédant à Philippe Adrien. « J’ai quitté Sartrouville parce que je n’ai pas voulu être considérée comme spécialiste du théâtre pour enfants (au moment de la création des CDN pour l’enfance et la Jeunesse ), explique-t-elle. Je disposais d’une cave rue du Faubourg du Temple, où je travaillais avec une troupe à laquelle appartenait notamment Serge Maggiani… La Folie Méricourt. Mais le ministère m’a conseillé de trouver un lieu pour que je puisse recevoir des subventions. Or je ne voulais pas être directrice d’un Centre Dramatique. A Ivry, il y avait Philippe Adrien, qui avait repris la place de Vitez. La mairie d’Ivry a lancé un appel d’offres, on a fait un projet et j’ai été acceptée. »
Elle y présente de la poésie, trois ou quatre fois par an. « Des poètes venaient, on buvait du vin de Pernand. Il fallait jouer des classiques pour faire venir le public, il se déplaçait peu pour les créations. C’était difficile. » Elle se souvient de la complexité d’imposer des formes poétiques et novatrices à un public attaché aux repères traditionnels : « C’est la question qu’il faut toujours se poser. On ne sait pas. Chaque fois qu’on est devant la scène, qu’on travaille sur une mise en scène, on ne sait pas […] Il est formidable de s’aventurer, de se poser des questions, mais il faut être très rigoureux. » Elle monte alors Hamlet de William Shakespeare, ou L’école des femmes de Molière pour contenter le public d’Ivry.
Elle dirige ensuite la Maison Jacques-Copeau, qui appartenait à son grand-père, elle y créé les Rencontres Jacques Copeau jusqu’en 2004, un festival préfigurant un projet de Centre européen de création théâtrale, qui mêle causeries, spectacles et festivités, avant de passer la main à Jean-Louis Hourdin.
L’université Sorbonne Nouvelle lui avait consacré en novembre 2025 un colloque, destiné à « retracer le parcours minoré » de cette « comédienne, metteuse en scène, autrice, pédagogue, directrice de compagnie et de théâtre », pour « mettre en lumière son rôle majeur dans l’institution théâtrale ».




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